Droit de grève étudiant et droit à l’éducation sont-ils conciliables?

Par Jeremy Proulx

Qu’on le qualifie de droit de grève ou de boycottage des cours, un fait demeure: cet acte dispose d’une légalité et d’une légitimité encore floues. Nous n’aurions d’ailleurs pas ce débat si les tribunaux ou les parlements avaient déjà légalisé ou interdit l’acte de perturber les salles de classe. Il faut donc s’intéresser à un droit autre qui lui, est pleinement reconnu: le droit à l’éducation.

 

Celui-ci bénéficie d’une pleine reconnaissance comme droit fondamental (voir le PIDESC notamment). Le cœur du débat est donc de savoir si l'on peut faire obstacle à ce droit. Les associations étudiantes répondront sûrement que les assemblées qu’elles tiennent sont souveraines et que, par le fait même, elles peuvent faire ce qu’elles veulent.

Toutefois, c’est précisément le propre d’un droit fondamental, celui de ne pouvoir être entravé sauf dans les cas où la loi le permet expressément. D’être si important que même une décision de la majorité ne peut leur porter ombrage. C’est parce que ces droits représentent les fondements mêmes de notre société qu’ils bénéficient d’une telle protection. Aussi souveraines que soient les assemblées, rien ne leur permet de forcer les gens à renoncer à leur droit ou encore de les empêcher de l’exercer. La majorité ne suffit pas pour retirer un droit, il faut pour ce faire obtenir une forme de consentement. Sans consentement de la part des membres à renoncer à leur droit à l’éducation, on attaque directement leur droit, ce qui impose réparation. Comment répare-t-on une atteinte au droit de s’instruire? Comment quantifier les réparations pour les heures de classe perdues? Les associations devraient donc agir avec prudence lorsqu’elles privent des étudiants de leur cours. Si au final rien ne leur permet de le faire, comment va-t-on réparer les dommages? Leur énergie devrait donc être consacrée à convaincre les étudiants de ne pas aller à leur cours de plein gré plutôt qu’à des moyens de les en empêcher. S’ils obtiennent le consentement de chacun à renoncer à leur droit, aucune réparation ne sera nécessaire.

Cliquez ici pour regarder un vidéo d'une Manifestation au rectorat de l'Université de Sherbrooke ayant eu lieu la semaine dernière.

Par ailleurs, est-ce le rôle d’une association étudiante que de poser de tels gestes? Son rôle est de représenter l’ensemble de ses membres, et c’est le seul mandat qui lui est donné. Le droit de grève, surtout s’il n’est pas utilisé dans le cadre de revendication en lien avec les droits des étudiants, s’éloigne de ce mandat initial. Qui plus est, ce mandat de représentation s’applique dans le cadre bien précis du milieu scolaire. La représentation externe au milieu scolaire est déjà assurée par plusieurs fonctions de représentant, que ce soit un député ou un conseiller municipal, par exemple. Alors, faire déborder cette représentation hors du cadre scolaire est malvenu. C’est d’ailleurs pour cette raison que les associations étudiantes devraient être le plus neutre possible pour tout ce qui est externe à leur milieu. Une telle neutralité permet une meilleure inclusion de tous les membres, et ce, loin de la confrontation. Si les assemblées générales peuvent être d’extraordinaires véhicules de débats, ce n’est pas leur rôle de forcer la contestation citoyenne. Les associations devraient plutôt s’en tenir à informer leurs membres de manière objective. Le tout en laissant à chacun d’eux le choix des actions qu’ils veulent poser. Voici ce qui me semble être le meilleur compromis.


© Cathie Lacasse Pelletier

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