Du Maroc au Québec, être femme différemment

Par Emanuelle Boutin

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L’accent de Bissane tinte comme des clochettes aux oreilles quand elle se met à parler. Présentement à la maîtrise en environnement à l’Université de Sherbrooke, la jeune diplômée en génie biotechnologique vit en alternance à Montréal et à Sherbrooke, menant de front sa carrière professionnelle et académique.

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Bissane fait le décompte. «Six ans déjà que je suis arrivée, ça passe vite hein!», s’exclame-t-elle, alors qu’elle réalise que ça fait un bon bout de temps qu’elle est là. «Je suis arrivée ici un dimanche après-midi avec mes valises. J’avais réservé une chambre dans les résidences G. Je débarque à Sherbrooke, je ne connais personne. Le soir, j’ai été dans la cuisine, et c’est là que j’ai commencé à socialiser avec les gens et c’est aussi à ce moment que je me suis rendu compte qu’il y avait une différence de langue», se souvient-elle comme si c’était hier.

Son intégration n’a donc pas été trop laborieuse et pourtant, à son entrée au Cégep, lorsqu’elle a été réellement immergée dans un milieu francophone québécois, la jeune ingénieure a «réalisé que c’était un nouveau départ» pour elle.

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Une communauté présente

Quand elle est arrivée, c’était la période du ramadan. Heureusement, il y avait d’autres Marocains qui ont pu lui donner des conseils et vivre avec elle cette période de jeûne pas toujours facile à traverser. Les amis qu’elle s’est faits au sein de la communauté maghrébine l’ont également aidé à mieux se retrouver à Sherbrooke et lui ont donné des conseils, comme où aller faire l’épicerie et où trouver les ressources dédiées aux nouveaux arrivants.

Aujourd’hui, avec un peu plus de recul vis-à-vis sa culture, Bissane a réalisé qu’au Maroc, les gens ont l’habitude de vivre en collectivité. Les parents, les enfants, les oncles, les tantes, les grands-parents et les voisins, tous s’entraident et vivent ensemble pour les autres. «Ici, [au Québec], de façon générale, les gens sont plus individualistes: les gens pensent à eux avant de poser un geste, avant de penser à l’autre», raconte Bissane, réalisant qu’il s’agit là d’une des plus grandes différences entre nos deux cultures.

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Les femmes d’ici et d’ailleurs

Et il y a la situation des femmes aussi…La mère de la jeune femme travaille dans ce domaine alors elle en sait quelque chose. «Il y a beaucoup de travail à faire de ce côté-là. Pour ne donner qu’un exemple, j’ai eu besoin d’une autorisation de mon père pour venir ici», explique-t-elle. Et si tu avais été un homme? «Je n’aurais sûrement pas eu besoin de ce document», répond-elle sans détour. «La femme n’est pas protégée par la loi là-bas, les hommes, eux, par contre, ils le sont», ajoute-t-elle. «La loi permet à un violeur de marier sa victime pour qu’il n’aille pas en prison», ajoute-t-elle, sans mots.

Il n’en demeure pas moins que le Maroc est un très beau pays dont Bissane n’a cessé de vanter les paysages et la gastronomie, bien qu’aujourd’hui elle s’y sente aussi étrangère qu’ici…

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