En adaptation quoi?

Par Morgane O’Gallagher

« T’étudies en quoi? »

« En enseignement! »

« Au primaire ou au secondaire? »

« En adapt. »

« En quoi ? »

J’ai souvent eu à expliquer à un oncle, à une caissière ou à une date que je veux enseigner aux élèves en difficulté. À ce moment-là, les gens répondent généralement : « Je sais pas comment tu fais », « T’es folle », « Ça doit être difficile », etc. Pourtant, à nos yeux, c’est le plus beau métier.

Quelque part dans le fond d’un corridor ou du sous-sol de ton école, il y avait les « classes spéciales ». À mon premier stage, j’étais jumelée à une enseignante d’adaptation scolaire de mon ancienne école secondaire. J’avais déjà entendu son nom, je n’avais jamais vu l’ampleur du travail qu’elle réalisait. J’ai eu l’impression de visiter une nouvelle école; des locaux, du personnel et des élèves qui m’étaient presque inconnus. Tout ça pour dire que je vous comprends quand vous ne savez pas ce qu’on fait en adaptation scolaire. J’ai déjà été à votre place.

J’ai commencé le baccalauréat en adaptation scolaire avec l’idée de faire aimer l’école à ceux qui l’aimaient moins. Je pense encore, à 23 ans, que je suis mieux dans une salle de classe que dans un spa. Je parais la personne tout indiquée pour ramener un décrocheur sur les bancs d’école. Je me disais que mon rôle d’enseignante serait de faire « aimer l’école ». Avec mes quatre ans de baccalauréat en poche, je comprends qu’une bonne partie de mon rôle consiste à devenir en quelque sorte un porte-voix pour nos élèves.

La communication pour ces élèves est très souvent ardue. On devient alors une forme de relais entre l’élève et son environnement. Quand le petit Hubert se met à crier du fond des poumons, on sait qu’il essaie de nous dire qu’il est fatigué ou que la tâche est trop difficile. On apprend vite à lire leurs regards et leurs gestes. C’est notre travail de leur faire comprendre avec des mots, des signes ou des images ce qu’ils vivent. C’est aussi à nous d’expliquer aux autres élèves ce que vit Hubert. On ne veut pas le marginaliser, on veut que les autres élèves comprennent ce qu’il essaie de dire.

La plupart du temps, on doit aussi lutter pour leurs droits et leur bien-être. D’une part, nous sommes des professionnels de l’enseignement qui connaissent les ressources disponibles pour l’élève. D’autre part, nous sommes quotidiennement confrontés aux difficultés de ces élèves. Nous sommes donc le point pivot entre les besoins des élèves et les ressources disponibles. Nous nous adressons aux directions, aux commissions scolaires et aux instances de pouvoir pour réclamer des services, des outils nécessaires au bien-être de nos cocos.

Dans un avenir rapproché, peut-être que la société prendra collectivement en main l’avenir de ces élèves. Peut-être qu’on arrêtera de voir leurs difficultés comme une dépense de l’État. Peut-être qu’éventuellement, ces dépenses seront perçues comme des investissements pour assurer la réussite d’un élève. Peut-être qu’alors, on arrêtera d’isoler ces élèves dans les sous-sols des polyvalentes…


Crédit photo © huffingtonpost

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