En attendant les changements

La pratique du vélo, c’est l’avenir… peut-être pas. Néanmoins, elle gagne en popularité et doit être réglementée. La réforme du nouveau code de la route, contenue dans le projet de loi 71 à l’étude depuis 2010, doit viser tous les usagers de la route, automobilistes et cyclistes, afin d’arriver au but ultime : une cohabitation sécuritaire.

Marie-Claude Barrette

Un nouveau Code de la sécurité routière

Dès l’automne, un nouveau code de la route sera déposé par le ministère des Transports du Québec. Une réforme attendue par plusieurs puisqu’elle vise notamment la modification de certains articles dans l’optique de mettre à l’avant la sécurité des piétons et des cyclistes. L’objectif derrière cette réforme se résume à un mot utilisé depuis plusieurs mois dans les diverses publicités de la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) : cohabitation. En effet, les moyens de transport bipèdes – et sans moteur – gagnent en popularité, mais, en milieu urbain, le cafouillage persiste au détriment du partage.

Depuis mars dernier, le ministre des Transports, monsieur Robert Poëti, avait partagé cette idée de rendre obligatoire le port du casque. Les questionnements persistent depuis l’annonce de la réforme. Est-ce que le port obligatoire du casque est la solution au problème de sécurité des vélos? Avant tout, la problématique concerne davantage la cohabitation entre les deux et quatre roues. Comme je l’ai traité dans un éditorial précédant (mai 2015, Partager sans s’aimer), les lacunes se situent dans les infrastructures actuellement en place; si les règles de sécurité doivent être renforcées, les efforts doivent aussi redoubler dans les rues de façon concrète. Ainsi, la mise en place d’aménagements cyclistes adéquats reste une solution plus viable. De plus, il est utopique de penser qu’une réforme dans les papiers aura pour résultat de changer la mentalité de la population.

Les pour et les contre

C’est en lien avec ce dernier constat que diverses organisations de cyclistes s’opposent à ce type de réglementation en qualifiant le port obligatoire du casque de « faux débat ». La promotion et la sensibilisation de bonnes valeurs doivent prévaloir sur l’imposition de règles. L’optimisme versus l’utopisme. Lequel est le mieux? Les pessimistes répliqueront : « lequel est le moins pire ».

D’ailleurs, dans un mémoire déposé par Vélo Québec en 2010 concernant la loi modifiant le Code de la sécurité routière (le projet de loi no 71), l’organisme se prononçait sur la pertinence des modifications. Ceux-ci indiquaient que le projet « mis[ait] plutôt sur des modifications techniques qui, loin d’encourager et de faciliter la pratique du vélo, la contraignent davantage ». Ainsi, les mesures proposées par le mémoire visaient notamment l’aménagement d’infrastructures sécuritaires, l’éducation des différents usagers de la route et la promotion de ce moyen de transport bon pour l’environnement. Encore dernièrement, Suzanne Lareau, la PDG de Vélo Québec, affirmait qu’une promotion quant au port du casque serait plus efficace qu’une loi.

Aussi, le mémoire énumère les différents aspects négatifs d’une telle obligation : une baisse de la pratique du vélo, une image négative associée au vélo et un manque de ressources policières pour appliquer la loi.

D’abord, j’ai peine à croire que les deux premières justifications ont lieu d’être. Si mettre un casque t’empêche de faire du vélo, n’en fais pas : ta sécurité devrait prévaloir sur tout le reste. Quant au manque de ressources, la même « problématique » s’applique au port obligatoire de la ceinture de sécurité. Non il n’y aura jamais de policiers assignés à cette tâche précise, mais le ministre compte davantage sur le pouvoir de dissuasion qu’engendre une loi.

Somme toute, le ministre, avec son équipe de conseillers, appuie sa réforme sur des chiffres alarmants. Notamment, environ 50 % des cyclistes seulement portent le casque en milieu urbain au Québec. À Sherbrooke, un cycliste a tout dernièrement subi de graves blessures à la suite d’un accident à vélo. Sans se pencher sur la cause de cet incident, la conclusion reste la même : si cet homme n’avait pas porté un casque, il serait mort. C’est d’ailleurs un constat qui s’applique à tous les accidents impliquant un vélo, sans exception. Pourquoi alors les usagers prennent-ils un si grand risque? Au-delà du respect de la route et des notions de partage entre les automobilistes et les cyclistes, la sécurité et le gros bon sens doivent prévaloir.

L’optimisme versus l’utopisme. Lequel est le mieux? Les pessimistes répliqueront : « lequel est le moins pire ».

La réglementation ailleurs

Le ministre Poëti ne réinvente pas la roue : la loi imposant le port obligatoire du casque est déjà en vigueur dans sept autres provinces au Canada. Plus encore, en Ontario notamment, les automobilistes doivent respecter une distance de 1,5 mètre des cyclistes.

Néanmoins, même avec les infrastructures idéales et les corridors de sécurité, un accident à très basse vitesse peut coûter une vie sans port de casque. La réflexion à avoir est la suivante : avons-nous réellement besoin d’une loi pour imposer une telle mesure? Sachant que la moitié seulement des cyclistes portent un casque et que des centaines d’accidents arrivent chaque année, il semble que nous ne pouvons nous fier au bon sens de la population.

Ainsi, le port obligatoire du casque de vélo n’aura pas pour effet de rendre plus agréable la vie des cyclistes et ne favorisera pas la cohabitation entre les deux et quatre roues. Or, si la population n’est pas assez intelligente pour prendre les mesures nécessaires (et de base) pour assurer sa propre sécurité, quelqu’un doit sonner l’alarme pour les réveiller.

Avec ou sans loi, mettez un casque, svp. Si ce n’est pas pour vous, faites-le pour les autres.

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