Entre fakes news et fils d’actualité continus : l’art de raconter des histoires

Par Laurence Poulin

Dans les dernières semaines, des occasions de réfléchir à l’avenir des médias se sont multipliées. Plusieurs journalistes issus du monde des médias provenant des médias étudiants du cégep ou de diverses universités, que ce soit depuis plusieurs années ou plus récemment, se questionnent. Repenser les médias par la couverture, l’angle d’approche, le format, le médium; tout y passe.

L’art de raconter

 La Fédération des journalistes du Québec division Estrie se rencontrait dernièrement à l’occasion d’une conférence donnée par Nicolas Langelier, rédacteur en chef du magazine Nouveau Projet. Le thème de cette conférence était « L’art et la technique de raconter des histoires ». À l’heure où l’on ressent toujours plus cette mouvance des médias et leur manière de faire, on s’est penchés sur ce qui pourrait être l’avenir du journalisme. On considère que ce qui fonctionne le mieux pour se démarquer passe par un processus qui permet de toucher les gens et leurs émotions. Cela permet davantage de capter l’attention dans cette foule d’information venant de toute part, notamment par l’importance toujours plus grande des médias sociaux.

Dernièrement, La Presse sortait un dossier spécial sur les fakes news, ayant comme titre « Le vrai danger des fausses nouvelles », accompagné d’un questionnaire et d’analyses sur le sujet et sur la manière de distinguer le vrai du faux. On dit qu’autant ces fausses nouvelles qu’une histoire racontée vont atteindre des zones cérébrales spécifiques et provoquer une émotion. Il s’agit donc de voir quelle émotion nous voulons réellement susciter. À titre d’exemple, les alternatives facts chez nos voisins du sud ou encore des idées comme Humans of New York suscitent toutes deux des réactions. Pas du même genre, mais il demeure qu’elles font toutes deux réagir, pour le meilleur et pour le pire.

Alors que l’on est témoins des divisions internes aux États-Unis exacerbées par les dernières élections, la polarisation des enjeux est toujours plus d’actualité. Les médias ont parfois stigmatisé le « mauvais côté ». L’humanisation des nouvelles et l’idée de ramener la notion de bien commun en nuance font peut-être partie des solutions.

Le Devoir de la presse étudiante

Dans un autre registre, mais véhiculant les mêmes questionnements, s’est rassemblée la communauté de la presse étudiante du Québec à l’occasion de la remise des prix du Devoir de la presse étudiante la semaine dernière. Cette soirée fut animée par le directeur du journal Le Devoir, Bryan Myles, et des conférences de Luce Julien (rédactrice en chef) et de Marie-Michèle Sioui (correspondante parlementaire à Québec) remplissaient l’horaire. Bien que cette soirée ait été l’occasion de féliciter et d’encourager la presse étudiante, plusieurs questionnements sur l’avenir des médias ont également été soulevés et discutés.

Les dérives de la communication font partie des préoccupations. Mme Julien mentionnait que le mot « post-vérité » a été déclaré mot de l’année 2016 par le dictionnaire Oxford. Ce mot a été choisi, comme mentionné plus haut, dans un contexte où les faits comptent moins que l’émotion en lien avec l’élection de Donald Trump ou encore le vote en faveur du Brexit.

Bien que l’on pointe du doigt les répercussions et conséquences négatives de la révolution technologique, Mme Julien mentionnait qu’elle choisirait par ailleurs l’époque d’aujourd’hui pour œuvrer dans le journalisme. L’accès au monde, aux informations partout et tout le temps, apporte tout de même son lot de positif. Il faut toutefois aider le citoyen ou la citoyenne à mieux comprendre le monde qui nous entoure, par les bons outils, les bons moyens.

Il s’agit donc de réfléchir sur quelle émotion précise nous voulons miser personnellement, mais aussi en tant que société. L’espoir semble résider dans l’émotion créée par les histoires vraies. Il ne suffit que de penser aux réactions suscitées dernièrement par l’histoire touchante d’un Sherbrookois et d’une Sherbrookoise adoptés à Macao, Jouhainna Lebel et Paul-André Brisette, découvrant qu’ils étaient frère et sœur sans le savoir.

Ce genre de forums de discussions sont essentiels dans l’époque actuelle de mouvance et de repositionnement des médias traditionnels. On caractérise souvent les médias comme le « 4e pouvoir ». Ce n’est pas pour rien que l’on s’inquiète souvent de la qualité de ces derniers. Ce n’est pas non plus une coïncidence que la soirée de remise des prix du Devoir de la presse étudiante ait eu lieu lors de la Journée mondiale de la liberté de presse.


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