Entretien avec Bernard Adamus

Edouard Guay

Après avoir fait le buzz en 2009 avec son album Brun, Bernard Adamus n’a jamais cessé de créer. Le pied sur l’accélérateur, le chanteur d’origine polonaise n’a pas l’intention de ralentir, lui qui parcourt les salles de spectacles du Québec depuis des mois à la suite de la parution de son troisième album Sorel Soviet So What (un clin d’œil à un album de Megadeth So Far, So Good… So What!). Ce disque, plus orchestré et sudiste, se veut une nouvelle expérimentation pour l’auteur-compositeur-interprète : « J’étais un peu tanné de ça, le côté chansonnier-folk et le country, lance-t-il d’entrée de jeu. J’avais d’autres riffs en tête. J’avais le goût que ça décolle plus. On a travaillé avec plus de monde que sur les albums précédents. On a fait le noyau de l’album à quatre, avec une contrebasse, une batterie et un piano. Par la suite, les cuivres se sont ajoutés. Au départ, on en voulait que sur une seule toune, mais on a tellement aimé le résultat que finalement, il y en a sur la moitié de l’album. »

Le chanteur, qui était à Sherbrooke le 17 mars dernier, aime beaucoup le rendu sur scène : « Côté live, c’est très similaire à l’album. Je dirais que c’est le spectacle qui colle le plus à l’enregistrement. Ce qui est intéressant, c’est que le band est plus gros. Maintenant, on a un piano qui nous accompagne. On joue toutes les nouvelles pièces et quelques-unes des albums précédents. »

Concernant l’enregistrement, le chanteur a voulu procéder autrement : « Il y a moins de triche sur cet album-là. Tout a été enregistré live avec les musiciens. » L’approche d’Adamus et de son équipe se veut donc plus festive que la noirceur de No 2 : « Ça correspond à ce que je ressens et où je suis rendu dans la vie. Le Bernard Adamus d’il y a 10 ans n’existe plus. Maintenant, je suis un PDG qui fait de la tournée. J’ai des employés et un drôle de business. C’est clair que je ne suis plus au stade de Rue Ontario. »

Il va falloir trouver de nouvelles manières de vivre de notre musique.

Justement, parlant de Rue Ontario, chanson très électronique et dansante, Adamus mentionne qu’il veut expérimenter davantage ce type de musique, plus actuelle : « Je veux collaborer encore avec Marie-Hélène (Delorme, alias Foxtrott, qui a réalisé Rue Ontario). Sinon, j’aimerais bien faire un truc avec la gang d’Alaclair Ensemble. Je veux faire un vrai rap un moment donné. Sur l’album, Cadeau de Grec est très rap, mais j’aimerais ça me prendre au jeu d’en faire un plus classique. » Le chanteur de 38 ans est un grand amateur de hip-hop. « J’en écoute beaucoup, dépendamment des saisons. Récemment, j’étais dans une grosse crise d’Eminem, j’en écoutais tout le temps, mon entourage était pas mal tanné! J’adore le rendu, le côté verbomoteur du rap, c’est très satisfaisant de livrer ça dans un micro. »

N’allez pas croire, par contre, qu’Adamus tourne le dos à ses racines musicales pour autant. Le chanteur a toujours de la musique américaine en lui : « C’est sûr que je vais refaire du country, du blues et du folk, c’est en moi. C’est une musique qui va toujours perdurer. Il y aura toujours un ou une smath avec une guitare qui va s’imposer avec quelque chose de bon et réinventer le style. Chaque 5-10 ans, il y a une nouvelle formule qui s’installe. »

Seulement, l’éclatement de la bulle musicale sur le web vient changer la donne pour la relève. À ce propos, Adamus est un peu inquiet : « Je déteste Spotify et les applications du genre. Personnellement, je ferais fermer ça! Oui, c’est bon pour se faire connaître, mais il n’y a pas de règles claires qui encadrent ça, c’est encore très flou. Avant, on pouvait composer avec le téléchargement gratuit. Maintenant, le problème c’est qu’on normalise une plateforme à 10 $ par mois, qui donne 25 cents à l’artiste pour 1000 écoutes! Dans cinq ans, je ne pense pas que je vais pouvoir continuer à vendre des albums. Il va falloir trouver de nouvelles manières de vivre de notre musique. »

Cependant, ce constat est bien loin de décourager Adamus qui va continuer de faire des shows avec ses amis. Il poursuit sa tournée partout dans la province avec un plaisir contagieux : « Je fais de la musique en fonction du feeling et le reste m’importe peu. C’est l’ensemble de l’œuvre et le plaisir que j’ai à le faire qui est important. »

Les dates de la tournée Sorel Soviet So What de Bernard Adamus sont disponibles sur son site web.


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