Éric Duhaime : un grain de sel de trop dans la mer

Par Guillaume Marcotte

Certes, le Québec est une province à grande ouverture d’esprit, où il fait bon vivre et où la diversité est au moins acceptée, sinon célébrée. Mais de là à dire que l’égalité homosexuelle a été atteinte, c’est de sauter du coq à l’âne. C’est pourtant ce que Éric Duhaime soutient dans sa tournée de presse pour son dernier essai La fin de l’homosexualité et le dernier gay.

Il est facile de perdre de vue la réalité des jeunes garçons et des jeunes filles plus le temps passe. La vie cégépienne précède celle universitaire, qui elle mène à celle professionnelle, et plus le temps passe, plus l’acceptation devient normale, plus être gai ne fait pas plus d’éclats qu’un coup d’épée dans l’eau. « Ah! t’es gai? Cool! » est souvent le genre de réponse qu’un homosexuel entend lorsqu’il discute avec ses homologues universitaires ou professionnels.

Ce n’est néanmoins pas la réponse par défaut lorsque l’un ou l’une fait son coming out.

Je me rappelle quand j’étais au primaire : je le savais au plus profond de moi-même que j’étais gai, même à cette époque-là, et je me souviens à quel point j’essayais de me forcer à aimer les filles. Le fait est que la peur de la différence était plus forte que la certitude de l’acceptation.

Une fois l’âge adulte atteint, être différent est une belle chose : il faut se démarquer, il faut être une personne à part entière. Et on finit par relativiser les commentaires reçus durant la jeunesse comme « Pleure pas, sinon t’es fif! » On finit même par les oublier, car on passe à autre chose, car on est admis aux éducations supérieures où l’homosexualité n’est plus stigmatisée.

Mais ce n’est pas donné à tout le monde.

Je crois que le problème du point de vue d’Éric Duhaime, c’est qu’il s’agit d’un point de vue élitiste : oui, je l’expérimente aussi, dans les entreprises d’aujourd’hui, la diversité se doit d’être mise en lumière. Mais pour les jeunes garçons et pour les jeunes filles, pour ceux qui viennent des régions plus éloignées où l’homosexualité est encore marginalisée ou tout simplement pour ceux qui vivent dans des foyers où l’homosexualité est « criminelle », le combat est loin d’être gagné.

Alors, oui, célébrons la beauté d’un Québec ouvert d’esprit, progressiste, où il fait bon vivre, mais n’abandonnons pas ceux qui n’ont pas cette chance d’en jouir tous les jours, car ce n’est pas parce que le gazon est plus vert de notre côté qu’il faut cesser de l’entretenir.


Crédit photo © Le Soleil

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