Les États-Unis d’Amérique imaginés si Bernie Sanders était élu président

Par Dorian Paterne Mouketou

Les États-Unis d’Amérique, nos si proches voisins du sud, dirigés par le contesté et adulé Donald Trump, auraient été différents – cela va sans dire – si Bernie Sanders avait été élu. Malgré les divergences entre Trump et Bernie, les deux ont quelque chose en commun : ils mobilisent les « déçus du système ». Alors que Trump est anti-establishment, Sanders, lui, est anti-Wall Street.

Si Sanders avait été élu, on n’aurait probablement pas assisté aux nombreux décrets discriminant les réfugiés fuyant leurs pays en guerre, leur refusant l’accès au « rêve américain » à cause de leur religion. Ni la construction du mur à la frontière avec le Mexique. Ni à la nomination de milliardaires au sein du gouvernement. Ni au retrait des accords de Paris (COP21) sur les changements climatiques visant à baisser l’importance des gaz à effet de serre. On n’aurait pas non plus assisté au renvoi de la procureure générale en raison de son opposition à l’inconstitutionnalité des décrets de Donald Trump.

Qui est Bernie?

Journaliste de profession après des études en sciences politiques, il a également été maire de la ville de Burlington (Vermont). En 1991, il est élu à la Chambre des représentants. Il est réélu à six reprises jusqu’en 2007. La même année, il passe de Représentant des États-Unis pour le Vermont à Sénateur pour le même État. Certains politologues l’associent à la gauche politique, notamment au socialisme. Il s’est illustré pour son opposition à Wall Street. Lors des élections présidentielles, on disait de lui qu’il était un démocrate progressiste, contrairement à Hillary Clinton. Ses propositions ont beaucoup séduit les jeunes qui, tout comme lui, s’indignent des inégalités socioéconomiques et de l’accumulation des richesses par les plus riches (le 1 %). Bernie Sanders est en quelque sorte une transposition politique du mouvement « Occupy Wall Street ».

Les États-Unis d’Amérique… tel qu’envisagés par Bernie Sanders

La première source d’informations sur le programme électoral de Bernie Sanders est avant tout son site Web, où on trouve des dossiers consacrés à cette fin : berniesanders.com/issues/. Nous nous sommes également basés sur ses prises de position lors de la campagne pour comprendre l’entreprise de cet homme, le « socialiste », « social-démocrate » ou « démocrate progressiste » qu’est Bernie. Dans cet article, nous allons nous pencher sur l’économie, la politique étrangère, la santé, l’immigration, l’environnement, la sécurité nationale et la justice. L’Amérique de Bernie Sanders s’opposerait à Wall Street et tenterait de diminuer le pouvoir des spéculateurs. Elle garantirait la sécurité sociale et la gratuité des frais d’études universitaires pour tous. Elle offrirait douze semaines de congé médical ou familial et des crèches gratuites pour tous les parents.

Sur le plan économique…

Si Bernie Sanders avait été élu à la tête de l’État, il aurait appliqué un impôt progressif sur les héritages supérieurs à 3,5 millions de dollars. Cette mesure aurait touché 0,3 % des Américains. Il y aurait un déplafonnement des cotisations de retraites au-dessus de 250 000 dollars de revenus pour permettre aux plus modestes d’avoir une retraite décente. Pour contrer les effets négatifs du système d’éducation, Bernie Sanders proposait la création d’« emplois jeunes » pour réinsérer les laissés pour compte du système. Autre mesure que le candidat socialiste voulait mettre en place : la séparation des banques de dépôt des banques d’affaires. Il jugeait que celles-ci étaient « too big to fail » (trop importantes qu’elles fassent faillite). Les Américains touchant le salaire minimum auraient été contents de voir leurs revenus doubler. En effet, Bernie avait prévu de doubler le salaire minimum fédéral, qui est de 7,50 $ à 15 $ de l’heure. À la grande surprise des Européens, monsieur Sanders prévoyait le financement d’un programme de grands travaux d’infrastructures de 1 000 milliards de dollars sur dix ans. En Europe, ce programme s’évaluait à environ 230 millions de dollars. Enfin, le candidat à l’investiture démocrate était partisan du « produire américain », autrement dit d’un certain protectionnisme.

Comment Bernie voudrait-il financer ses ambitions?

D’après lui, taxer les spéculateurs de Wall Street rapporterait beaucoup de revenus. De même que l’augmentation massive des impôts des sociétés qui s’enrichissent grâce aux paradis fiscaux. Se montrant visiblement contre les grandes entreprises cumulant beaucoup de richesse, Bernie Sanders voulait également augmenter les cotisations patronales pour financer la sécurité sociale pour tous et éliminer les niches fiscales qui profitent aux plus riches. Cette section montrant les mesures qu’il aurait prises pendant sa présidence s’intitule « How Bernie pays for his proposals ».

Qu’en est-il des autres domaines clés de la politique américaine?

Politique étrangère et État islamique. Bernie condamnait déjà farouchement les deux guerres en Irak. Le principal problème ne figurait pas dans l’intervention, mais selon lui, celle-ci devrait se faire dans le cadre d’une coalition internationale, avec le soutien des pays musulmans. Quant à l’attitude à adopter pour lutter contre le groupe terroriste EI, il soutient : « Nous devons être aussi agressifs que possible pour combattre l’État islamique, mais nous devons retenir les leçons du passé et ne pas y aller seul. »

L’immigration et la question des réfugiés et clandestins au sud du pays, à la frontière avec le Mexique. Sa vision à lui est plus humaniste, voulant un accueil des immigrants clandestins avec un contrôle d’accès. Pour lui, les immigrés devraient être bien accueillis et intégrés.

La santé. Pour Bernie Sanders, l’Obamacare n’est qu’une étape. Le projet de son prédécesseur n’allait pas assez loin. Lui propose le « Medicare-for-all », qui est une couverture de santé publique et universelle. Celle-ci devrait être payée par de nouveaux impôts et exclurait les assurances privées. « L'assurance maladie devrait être un droit pour chaque homme, femme et enfant », avait-il déclaré.

Environnement. Bernie Sanders promettait de lutter contre les lobbys des entreprises pétrolières et de créer un grand plan national pour l’environnement et la justice climatique.

Sécurité nationale. Pour sa part, le socialiste souhaitait mettre fin à la collecte d’informations par la NSA (notamment après les révélations d’opérations d’espionnage). Il a également affirmé son opposition à la Patriot Act, qu’il aurait abolie en devenant président. « J’ai toujours voté contre le Patriot Act et je continue de penser qu’il doit être complètement réformé », disait-il.

Justice. Bernie Sanders n’a jamais arrêté de montrer son opposition à la peine de mort aux États-Unis. Contrairement à Trump, il voudrait l’abolition de cette loi. « Je crois qu’il est temps pour les États-Unis comme pour tout pays occidental et industrialisé de la planète de dire non à la peine de mort », avait-il décrié lors d’un discours devant le Sénat américain, ajoutant que « l'État, dans une société civilisée et démocratique, ne doit pas être impliqué dans l'assassinat d'autres Américains ».

Il est à noter que cet article n’a pas fait une liste exhaustive de toutes les propositions de Bernie Sanders dans l’éventualité où il serait devenu président. Nous avons surtout voulu présenter les différences fondamentales qui existent entre le candidat social-démocrate et l’actuel président américain. Nous voulions montrer ce qu’aurait été l’Amérique de Bernie Sanders.


Crédit photo © POLITICO

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