Extinction Rebellion : des actions controversées pour la lutte aux changements climatiques

Par Alexia LeBlanc

Au Québec, le mouvement social écologiste Extinction Rebellion se fait connaître de plus en plus. Après avoir pris d’assaut le pont Jacques Cartier à Montréal au début du mois d’octobre, les actions du groupe semblent se multiplier partout dans la province et plusieurs dénoncent leurs méthodes qualifiées de « radicales ».

Le groupe de manifestants a pris forme officiellement le 31 octobre 2018 au Royaume-Uni à la suite des discussions entre Roger Hallam, agriculteur biologique, et Gail Bradbrook, docteure en biophysique, tous les deux activistes environnementaux depuis leur adolescence. Un an plus tard, le mouvement a pris une ampleur importante puisque le groupe a des structures locales dans 49 pays, dont le Canada, et des actions dites non violentes sont entreprises partout à travers le monde.

Actions d’éclat au Québec

La première « semaine internationale de la rébellion », du 15 au 19 avril 2019, a été lancée au Royaume-Uni, mais des actions ailleurs dans le monde ont rapidement suivi. Les manifestations ont pris une ampleur spectaculaire à Londres, et en France, des militants ainsi que d’autres organisations, comme Greenpeace et les Amis de la Terre, ont entrepris des blocages autour de certaines multinationales, dont Total, une grande entreprise de gaz et pétrole.

Au Québec, le 17 avril, des militants du groupe se sont enchaînés aux portes principales de l’immeuble où se trouve le bureau du premier ministre François Legault. Des policiers du Service de police de la Ville de Montréal ont d’ailleurs dû couper leurs chaînes avant de les laisser manifester un peu plus longtemps. Depuis, d’autres manifestations de plus en plus mouvementées ont eu lieu, le but étant toujours de conscientiser la population à l’urgence climatique et de faire réagir le gouvernement afin que des actions immédiates soient entreprises.

Les rassemblements à Montréal durant le mois d’octobre ont d’ailleurs particulièrement attiré l’attention. Le 8 octobre dernier, trois manifestants ont décidé de grimper la structure du pont Jacques Cartier et de diffuser une vidéo en direct sur Facebook afin de dénoncer le « manque d’actions significatives » dans la lutte au réchauffement climatique. Les militants, un homme et deux femmes, ont dû se faire secourir par une équipe de spécialistes du sauvetage en hauteur. D’autres citoyens manifestaient également sur la piste cyclable du pont et cette action a rendu la circulation très difficile. Le ministre des Transports, François Bonnardel, a d’ailleurs affirmé lors d’une entrevue avec Radio-Canada qu’il y a « d’autres moyens de manifester » et qu’il « déplore fortement qu’on ait pris en otage les automobilistes ». D’autres militants du groupe avaient aussi bloqué le boulevard René-Lévesque le lendemain, causant des bouchons de circulation importants et 41 personnes ont été arrêtées pour entrave au travail des policiers.

Manifester, mais à quel prix ?

Selon le porte-parole d’Extinction Rebellion, François Léger-Boyer, lors d’une entrevue avec Radio-Canada, « notre plan d’action, c’est d’agir et de perturber l’ordre social pour que les autorités en place nous écoutent, car on se dirige vers une catastrophe climatique inimaginable. » Pour certains, les actions du mouvement sont la seule solution pour que de véritables changements soient entrepris, mais pour d’autres, Extinction Rebellion s’y prend de la mauvaise façon, puisque des gestes perturbateurs peuvent avoir l’effet contraire et dissuader certaines personnes de prendre part au groupe.

À cette critique, comme nous pouvons le lire sur leur site Web, le groupe d’écologistes souligne qu’il est possible que leurs démarches découragent des personnes de vouloir embarquer dans le mouvement. Comme ils l’expliquent, le public n’est simplement pas au courant de l’ampleur de la situation, qui est beaucoup plus grave qu’on le croit. Extinction Rebellion souligne tout de même que « l’objectif n’est pas d’aliéner les gens. L’objectif est de faire en sorte que ces problèmes, les plus critiques et les plus urgents de notre époque, soient enfin pris en compte par les décideurs. S’ils veulent moins de perturbations, ils doivent agir. Les mouvements sociaux sont souvent impopulaires […]. »

Néanmoins, certaines méthodes utilisées par le mouvement suscitent de vives contestations. Par exemple, le 14 octobre dernier, le cofondateur d’Extinction Rebellion, Roger Hallam, comparaissait devant le juge en vidéoconférence pour faire face aux accusations portées contre lui le mois d’avant. En effet, Hallam a été arrêté en septembre près de Heathrow, un aéroport londonien, puisqu’il était soupçonné par les autorités d’avoir utilisé un drone afin de perturber le trafic aérien. Ce geste dangereux aurait été élaboré par Extinction Rebellion avec le groupe Heathrow Pause, un groupe de militants qui s’oppose notamment à la construction d’une troisième piste à l’aéroport. Par contre, selon Hallam, personne n’avait réussi à faire voler le drone, donc les accusations auxquelles il fait face seraient fausses.

Et à Sherbrooke ?

Récemment, nous avons pu observer les premières activités d’Extinction Rebellion à Sherbrooke. Lors d’une manifestation plutôt calme, le 12 octobre dernier, les militants écologistes ont traversé les intersections des rues King Ouest et Jacques-Cartier à plusieurs reprises. Les activités du groupe devraient d’ailleurs se multiplier au cours des prochains mois dans cette région de l’Estrie.

Comme l’a expliqué la porte-parole du mouvement à Sherbrooke, Charlotte Crevier, lors d’une entrevue avec La Tribune, les citoyens ici accueillent généralement très bien les membres du mouvement. « Il y a une belle réception. On est heureux, on danse, il y a de la musique, c’est une fête. On apporte notre message de façon festive, dans l’amour. Les gens sont au courant qu’il y a une urgence climatique et qu’il faut faire quelque chose. »

Bien que le mouvement tienne à promouvoir des actions non violentes, reste que certains de leurs rassemblements ont créé des perturbations ne faisant pas le bonheur de tous. Comme les événements à Montréal au cours du dernier mois l’ont démontré, certaines activités peuvent être très critiquées en raison de leur caractère parfois dangereux. Reste à se demander si d’autres moyens moins provocateurs pourraient être entrepris ou si, face à l’urgence climatique, il s’agit de la seule façon de se faire réellement entendre.


Crédit Photo @ We Demain

Partager cette publication

Laisser une réponse