Faire briller les jeunes par l’entrepreneuriat

Par Maria Camila Gallego

Nadia Proteau et Francis Hubert, deux étudiants de l’École de gestion de l’Université de Sherbrooke, travaillent sur un projet Enactus qui vise à amener l’entrepreneuriat dans les classes du primaire et du secondaire. Le 19 février passé, ils ont donné leur tout premier atelier à l’école du Boisé-Fabi, dans le secteur de Rock Forest.

En mai 2019, au Salon estrien de l’entrepreneuriat scolaire, Nadia Proteau présentait le projet Nourrir l’échange — une initiative Enactus visant à favoriser les échanges intergénérationnels entre les élèves et les aînés. Le projet arrivait toutefois à bout de souffle après cinq ans d’existence, notamment en raison de la difficulté posée par le déplacement des élèves entre l’école et les résidences pour personnes âgées. En faisant le tour des exposants ce jour-là, Nadia a été énormément touchée par la passion qui se dégageait autour de l’entrepreneuriat : « Les enfants avaient des étoiles dans les yeux », raconte-t-elle. La jeune femme a alors laissé de côté le projet Nourrir l’échange pour se concentrer sur une nouvelle initiative reliée à l’entrepreneuriat scolaire, puis a convaincu son collègue Francis Hubert d’embarquer dans l’aventure.

L’entrepreneuriat, grand négligé du système académique

La réforme de l’éducation de 2000 avait prévu d’inclure l’entrepreneuriat dans le parcours scolaire dès le primaire, mais les objectifs n’ont pas été atteints. « Les enseignants en ont déjà beaucoup dans leur assiette », explique Nadia. Alors, comment les aider à intégrer le volet entrepreneurial au curriculum ? Les deux universitaires ont rapidement réalisé qu’il n’existe pas de formule magique, car chaque enseignant éprouve des besoins particuliers. Pour développer le projet, ils devaient donc se mettre en action sur le terrain : « Une fois que les profs attrapent la piqûre de l’entrepreneuriat, ils vont continuer sur cette lancée. Le plus difficile est de commencer, et c’est là que notre projet arrive ». Grâce à un partenariat avec Maryse Plante du Carrefour jeunesse-emploi, Nadia et Francis sont entrés en contact avec Jérôme Gagnon de la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke, qui leur a ouvert plusieurs portes auprès de responsables de classes.

Un soutien personnalisé pour les enseignants

Le projet offre pour l’instant deux formes de soutien aux enseignants : les ateliers spontanés et l’accompagnement. D’une part, les ateliers spontanés servent à combler des besoins précis des enseignants. C’est ce que Nadia et Francis ont accompli le 19 février dernier à l’école du Boisé-Fabi avec une classe spécialisée, dans laquelle les jeunes travaillent sur un projet d’entrepreneuriat consistant à faire des sacs réutilisables. L’enseignante avait besoin d’aide pour montrer aux élèves comment faire un budget et comment communiquer efficacement pour vendre leur produit. Un atelier a donc été organisé pour leur expliquer les notions de coût unitaire, de coût de production et de profit. « Les jeunes ont tellement allumé, c’était fou. On a été étonnés par la facilité qu’ils avaient avec les calculs. », s’exclame Nadia.

D’autre part, l’accompagnement consiste à aider les enseignants dans chacune des étapes d’un projet. Au cours des prochaines semaines, Nadia et Francis offriront ce type de soutien à une « classe-entreprise » de maternelle axée sur la création de produits ménagers naturels. Les enfants seront amenés à faire des échantillons pour tester l’efficacité des produits, à préparer les coûts et les emballages, à faire une production de masse, et à gérer les bons de commande pour la vente. Les membres du projet Enactus réaliseront donc quatre ou cinq interventions entre la fin mars et la fin avril pour aider les enfants dans les démarches. Ils espèrent que la classe sera prête à participer au défi OSEentreprendre pour présenter le projet au Salon estrien de l’entrepreneuriat scolaire, qui aura lieu le 30 avril cette année.

La valorisation des jeunes, au cœur du projet

L’entrepreneuriat valorise les élèves en leur permettant de transposer ce qu’ils apprennent à l’école dans des projets concrets. « Faire des mathématiques n’est peut-être pas motivant sur une feuille blanche, mais dans un contexte où il faut calculer des coûts, tout prend son sens », indique Nadia. La jeune femme opine que le système scolaire n’est pas adapté aux élèves qui éprouvent des difficultés, ce qui entraîne beaucoup de problèmes de décrochage scolaire. « On sous-estime beaucoup les enfants. Ce sont des éponges à informations et à connaissances, il faut leur donner l’opportunité d’appliquer ces notions », enchaîne-t-elle. À travers l’entrepreneuriat, les jeunes voient l’éducation autrement et développent des compétences qu’ils n’auraient pas acquises autrement. Cela leur permet de grandir, mais aussi de découvrir leurs forces et leurs passions — un atout pour prendre des choix plus éclairés dans le futur. Plus encore, mettre les enfants en valeur leur permet de gagner de la confiance en eux-mêmes. « Ce n’est pas un problème que les enfants aient trop de confiance », ajoute Francis.

Une formation enrichissante pour tous

Le projet permettra non seulement de former de jeunes entrepreneurs, mais également d’offrir des expériences enrichissantes aux étudiants et étudiantes universitaires qui désirent s’impliquer. « Il faut commencer petit à petit. Si tu veux être entrepreneur, sortir de l’université avec un bagage concret est un grand atout », affirme Francis. Cette implication parascolaire n’est pas toujours facile, puisque les étudiants ont des horaires très chargés avec les cours universitaires et souvent des emplois en parallèle. « Mais j’aime tellement ça, que je trouve du temps pour le faire », conclut Nadia.

Enactus, une vraie famille

Les membres d’Enactus ont accès à une panoplie de ressources, mais ce regroupement d’étudiants représente beaucoup plus pour Nadia et Francis. « Enactus, c’est avant tout une famille », renchérit la jeune femme, en soulignant le grand support moral et émotionnel que ses collègues lui ont apporté au cours des derniers mois.

Le projet d’entrepreneuriat scolaire recherche activement des personnes motivées à s’impliquer, particulièrement des étudiants ou des étudiantes en éducation. Pour manifester votre intérêt, vous pouvez écrire à la page Facebook Enactus Université de Sherbrooke ou à l’adresse courriel.


Crédit Photo @ Maria Camila Gallego

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