Crédit: Pixabay 

Le scandale de la semaine passée : le gouvernement du Québec ose envisager d’interdire à la population d’appuyer sa bouche contre un appareil aussi stérile que le micro d’une soirée de karaoké. Après l’annonce de l’interdiction de collecter des bonbons taponnés par des propriétaires de bungalow et par une foule d’enfants, voilà la goutte qui fait déborder le vase : comment espérer vivre une année normale si personne ne peut s’époumoner librement sur My heart will go on en 2020? 

 Par Véronik Lamoureux 

 

 Le 2septembre dernier, Horacio Arruda, le directeur national de la Santé publique, plongeait le Québec dans une seconde Grande Noirceur simplement en réfléchissant à la possibilité d’interdire le karaoké. Même si, en termes d’épidémiologie, chanter du karaoké revient sensiblement à la même chose que de donner un bon coup de langue sur une poignée de porte de CPE, le citoyen demeure froissé. Effectivement, la crise pandémique instruit le gouvernement sur l’importance de l’hédonisme pour le Québécois : non, il n’apprécie guère de se faire couper ses petits plaisirs.   

 Dès le 3septembre au matin, il était possible de lire sur Facebook des commentaires empreints d’émotions et de détresse : «Jusqu’à ou allons nous abolir les activités qui nous font décompresser après le boulot», a écrit un internaute. «C’est çà mettez vous à genoux et sa n’arrêtera jamais», a renchéri une internaute si désemparée qu’elle en a oublié l’existence du «c cédille». De leur côté, certains internautes étaient en mode solution : «Que chacun apporte leurs micro personnel. Comme les restos apporte ton vin.». «Juste à pas les soigné si il l’attrape.», a évoqué un autre participant au panel Facebook.  

 D’autres, plus émotifs, ont choisi la méthode forte : «Mettez en prison ces criminels qui risquent de propager le virus…». Certains, comme la rédactrice de cet article, ont plutôt été étonnés que ce ne soit pas déjà interdit à ce moment-ci de la pandémie: «Crime, le karaoké est permis…». À noter que les commentaires cités plus haut ont tous été repêchés dans la section «Les plus pertinents» de la zone réservée aux commentaires.  

 Toutefois, il ne faut pas se méprendre. Les bars de karaoké offrent, dans un temps hors pandémie, un plaisir certain. Ces lieux sont témoins du commencement d’amitiés durables (et étranges) ou même d’histoires d’amour foudroyantes et addictives. Chanter, après avoir engouffré 6 ou 7«shooters» de chartreuse, demeure une activité à laquelle il serait impossible de ne pas s’attacher démesurément 

 Le Québec est irrité. Le Québec est tanné et aimerait passer l’Halloween. Le Québec n’est visiblement plus habitué à la misère noire, comme celle que ses ancêtres vivaient lorsqu’ils devaient mâcher de l’épinette pour prévenir un scorbut récidivant. Après tout, maintenant que nous ne faisons plus le train tôt le matin et que nous ne devons pas faire bouillir de l’eau 15fois pour remplir une baignoire, il nous reste amplement le temps, entre deux annonces de District31de nous offenser pour tout et pour rien sur Facebook.  

 En psychologie, il est dit qu’il est courant de passer d’un extrême à un autre avant d’obtenir un équilibre dans un processus de changement. Si cela est juste, à la lumière de ce qu’on peut lire sur les réseaux sociaux, il semblerait que le Québec soit sur le point de retrouver le sien après sept mois de changement  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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