Fak ça veut dire quoi? Un premier contact avec le français québécois informel

Par Gabriel Martin

À l’occasion de la rentrée, plusieurs centaines d’étudiantes et étudiants internationaux arrivent à l’Université de Sherbrooke. Les francophones qui mettent les pieds au Québec pour la première fois le remarqueront rapidement : le français québécois, en plus de comporter des centaines de particularismes standards (beigne, registraire, soccer, tuque, etc.), comporte aussi son lot d’emplois informels (, pis, tsé, etc. ou encore les plus percutants fucké, crisser, tabarnak, etc.). Ces mots moins prestigieux, mais très fréquents peinent à se tailler une place dans les bons dictionnaires, où il serait pourtant utile de les y retrouver, car comprendre l’ensemble de leurs sens n’est pas toujours aisé.

L’étude du mot fak permet d’illustrer le caractère parfois complexe et nuancé du français québécois de registre familier. Les sens aujourd’hui donnés à fak s’expliquent bien par son origine : ce petit mot provient de la contraction de « (ça) fait que », littéralement « ce qui fait en sorte que ». L’encadré qui accompagne cet article présente plus précisément les principaux emplois du mot, en accompagnant chaque définition d’exemples.

fak ou faque[1]

1. Sert à lier une cause ou une raison à ce qui en découle.

Mon ami boit de la bière chaque semaine, fak il est devenu dodu.

Tu m’énerves, fak va-t’en d’ici!

2. Sert à lier un fait connu à une cause ou une raison déduite (dont on précise généralement le degré de certitude).

Ton amie m’a invité à sortir, fak probablement qu’elle m’aime bien.

Ton ado a les yeux rouges, fak peut-être qu’il a fumé du pot.

3. Sert à amorcer une réponse présumée relevée du bon sens, donnée en réaction à l’affirmation d’une personne avec qui on discute.

Alice : J’ai coulé mon examen.

Bob : Fak perd pas ton temps et commence à étudier pour le prochain dès maintenant.

4. Sert à laisser en suspens un énoncé dont la suite peut-être facilement déduite.

Alice : Bob, je suis végane, fak

Bob : Tu veux pas manger ce steak, c’est ça?

Alice : Ouais, c’est ça.

5. Sert à demander à une autre personne de dire explicitement soit ce qu’elle conclue d’une de ses propres affirmations, soit ce qu’il en est d’une situation.

Alice : Bob, le gars que tu m’as présenté est gentil, mais il est grand…

Bob : Fak?

Alice : Pour tout dire, je ne suis pas attirée par les gars trop grands.

6. Sert à établir un lien de continuité temporelle ou logique entre deux phrases.

C’était intense au bureau aujourd’hui! Il ne restait plus de café, alors ma collègue s’est endormie. Moi je travaillais. Fak, là, le patron est arrivé. Il l’a engueulée! La preuve est faite : le café c’est essentiel.

En contexte de communication plus formel, on a tendance à remplacer fak par des synonymes partiels et compris par tous les francophones, tels qu’en conséquence, alors et donc. En France, on utilise aussi du coup de manière similaire.

Et bien sûr, fak n’est qu’un des nombreux emplois informels propres au Québec qui présente une si riche variété de sens. Bien d’autres mots typiques de l’oral pourraient donner lieu à de longs développements. Les nouvelles venues et nouveaux venus au Québec ont donc bien des découvertes à faire!


[1] Le découpage sémantique de cet article, c’est-à-dire la manière dont les sens de fak y sont distingués les uns des autres, s’inspire très librement des travaux de la linguiste Gaétane Dostie, que les férus de rigueur découvriront avec plaisir dans les Cahiers de lexicologie (no 89, 2006-2, p. 75-96).

Crédit Photo @ Gabrielle Gauthier

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