Par Simon RD

Depuis le 20 janvier dernier, une nouvelle édition du recueil de textes du défunt cinéaste Pierre Falardeau, Les bœufs sont lents mais la terre est patiente, est disponible dans tous les bons libraires. Rassemblant plusieurs textes d’opinions et de scénarios publiés dans plusieurs quotidiens et périodiques québécois, on entre alors dans le monde sans censure du pamphlétaire, pour le meilleur et… le meilleur.

À travers les textes du recueil, Pierre Falardeau frappe par son intégrité significative face à ses valeurs et par sa manière dont il voyait le monde. Dans l’œuvre, le cinéaste traite d’enjeu référendaire, de la condition amérindienne, du colonialisme, de la liberté d’expression et de la censure dans le cinéma canadien. À ce propos, il accuse les fédéralistes d’une censure délibérée sur les enjeux historiques du peuple québécois « conquis et annexé ».

Les réflexions que porte Falardeau sur le colonialisme et la condition des Premières Nations sont assez percutantes et toujours drôlement actuelles. On peut notamment penser à la situation des autochtones au Canada et de leurs territoires ancestraux pillés et volés : « Le problème indien n’existe pas. Il s’agit du problème blanc », écrit Falardeau.

On peut aussi, plus précisément, penser à la polémique actuelle concernant les barrages ferroviaires et tous les enjeux historiques que cela implique. Une lecture assez intéressante qui amène indéniablement le lecteur à se poser le questionnement suivant : « Où en sommes-nous, aujourd’hui, avec le colonialisme et la décolonisation ? »

L’émotion dans l’écriture

Pierre Falardeau ne mâchait pas ses mots ! Bien qu’on ressente parfois sa fatigue face à cette dure bataille idéologique qu’il a livrée afin de pouvoir partager sa vision de l’histoire du Québec et de son futur, ses écrits restent authentiques et argumentés. En effet, son argumentaire se base sur des faits historiques (parfois aussi sur de la mauvaise foi, mais bon !). Certains pourraient penser qu’en lisant le livre de Falardeau, on risque d’être accablé par la redondance, vu sa ligne éditoriale stricte, mais force est de constater à quel point l’écrivain avait une plume polyvalente. D’ailleurs, que tu aies été intellectuel ou bourgeois, que tu aies parlé le joual ou le français soutenu, l’écrivain s’arrangeait assurément pour faire comprendre son point de vue avec brio. L’ancien pamphlétaire avait une façon si harmonieuse et rythmée d’écrire, que même les fois où il y a trois « tabarnak » de suite, dans la même phrase, sourire en coin et plaisir se font sentir. C’est simple : Falardeau, c’est de la sensibilité et de la hargne bien placées à la virgule !

Un être sensible

Inspiré par des créateurs comme Pierre Perrault et Gaston Miron, Falardeau ne se gênait pas pour rendre hommage aux personnes qui ont marqué sa vie culturellement et socialement parlant. Par ses hommages, parfois ses excuses et sa perspective très collective de la notion de liberté, on se rend compte à quel point Falardeau était touchant, sensible, et un humaniste dans l’âme.

Pour finir, avec les écrits de Falardeau, bien que controversés, dans une ère où les politiciens ne veulent plus entendre les citoyens, il est agréable d’entendre parler de liberté en toute liberté. Pour ton œuvre, pour ta sensibilité, pour ta hargne… merci !

De la même façon dont tu as salué ton mentor Gaston Miron : à bientôt Falardeau, ici ou ailleurs.

On me reprochait encore une fois d’aller trop loin. « C’est inacceptable ! » Je découvre aujourd’hui que l’importance c’est peut-être justement ce trop loin, cet inacceptable. Et au milieu de gens qui ne vont nulle part, en mettant simplement un pied devant l’autre, on a l’air d’aller trop loin.

– Pierre Falardeau

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