Faudrait pas compter la planète pour du beurre

par Rodrigue Turgeon

Le Guide : La bible des activités d’intégration

« Rédigé suite à une consultation auprès des associations étudiantes et des facultés », le Guide pour les organisateurs des activités d’intégration à l’Université de Sherbrooke « constitue un cadre de référence pour les responsables de l’organisation de toutes les activités d’intégration ». Qu’on se le tienne pour dit, ses rédacteurs y ont érigé « cinq principes directeurs de l’Université de Sherbrooke pour l’organisation des activités d’intégration ».

« Les activités d’intégration […] doivent [a] en tout temps respecter les cinq principes directeurs et [b] avoir été autorisées. »

Principe premier : le sondage de Damoclès

Le premier principe directeur légitime la mise en place d’un sondage que devront remplir les initiés, communément appelés « les p’tits nouveaux », au crépuscule de leur expérience. Le sondage puise sa pertinence dans le puits des « résultats [qui] sont analysés (1) par les directions facultaires, (2) par la Division des services de sécurité et (3) par les Services à la vie étudiante. » De ces analyses se forgeront des outils qui, une fois dans les mains des responsables, pourront mettre un frein aux éventuels débordements de la part des organisateurs. « Des résultats insatisfaisants peuvent entraîner [a] une limitation du nombre d’activités autorisées ou [b] une interdiction complète d’organiser de telles activités. » Voyons voir quel sort réserve-t-on au « beurrage » par de la nourriture.

Principe quatrième : en toute timidité

«4. Des activités plus écoresponsables? Pourquoi pas! »

« Pour vous aider à réaliser un événement le plus écoresponsable possible, l’UdeS vous demande d’éviter d’organiser des activités de « beurrage », lesquelles comportent beaucoup de gaspillage de produits alimentaires et portent atteinte à l’environnement. »

Il est intéressant de souligner que ce principe est formulé sous la forme d’une simple « demande » aux organisateurs. À l’opposé et plus fermement, l’esprit qui se dégage des quatre autres principes directeurs accorde à ceux-ci le caractère de règles strictes et intransigeantes, ce que confirme leur rédaction à l’impératif. Il importe également de relever que la définition de l’« écoresponsabilité » des rédacteurs est inexistante dans les sept pages du Guide.

L’annexe : un résumé trompeur

En annexe du Guide se trouve un court résumé des cinq principes directeurs. Son but est d’alléger la définition des principes pour les étudiants participants aux activités d’intégration. Le résumé du quatrième principe prend une tout autre tournure. En effet, on n’y reprend aucunement la problématique du « beurrage » alimentaire que l’UdeS semblait pourtant vouloir proscrire dans le corps du document. Les rédacteurs y font plutôt mention d’un devoir de « pourvoir au nettoyage des lieux » et de préserver ceux-ci « propres et en bon état ».

Principe troisième : les autorités décisionnelles

Bien entendu, ce ne sont pas tous les projets des comités organisateurs qui obtiennent le feu vert des responsables. Mais qui sont ces figures d’autorité? Le troisième principe directeur nous indique que les organisateurs doivent recevoir une « double autorisation ». La première provient de Stéphane Frère, technicien au Service des immeubles. Il tranche en fonction des critères inscrits sur sa Feuille de contrôle (cf point suivant). La deuxième relève des responsables facultaires qui accordent ou refusent l’autorisation finale pour chaque activité proposée par les organisateurs.

La saugrenue Feuille de contrôle de M. Frère

De façon générale, cette fiche sert à assurer le suivi des organisateurs tout au long de leurs démarches. C’est également sur cette feuille qu’est authentifié l’engagement formel des organisateurs à respecter les cinq principes directeurs. Une seule référence au « beurrage » y est inscrite. L’avant-dernière case indique : « Pas d’alcool ni de beurrage en AM ». Oui oui, juste « en AM ».

Le Collectif a contacté M. Frère afin de trouver une justification raisonnable au fait que le gaspillage alimentaire puisse toujours être toléré en après-midi. Un retour de message automatisé nous informait que ce dernier serait « absent » et que son retour dépasserait notre date de tombée. La même question a alors été adressée aux 13 responsables facultaires. Aucune de leur réponse ne permet d’expliquer la situation tout en respectant le quatrième principe directeur.


(Ce texte est une série de Gaspillage de nourriture et beurrage aux intégrations. Lisez le premier ici, et la suite ici)

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