Fred Dubé : irrévérencieux

Par Jordan Ouellet

Depuis quelques années, le Québec voit surgir plusieurs nouveaux visages dans le paysage humoristique québécois. Parmi ceux-ci, il y a Fred Dubé, Rimouskois d’origine, au début de la trentaine.

Dubé ne semble pas vouloir prendre les routes traditionnelles pour atteindre les sommets de la notoriété. De type gauchiste engagé, il a un humour incisif, dérangeant, qui s’en prend de tous les bords au capitalisme, à la culture de masse, à la politique internationale et à l’identité québécoise. C’est ce qu’a pu constater une brochette d’étudiants de Sherbrooke le 29 mars dernier dans la Petite Salle du Centre culturel. Dans une ambiance intimiste à la « Comédie Club », l’humoriste a frappé fort en insultant nul autre que son public pour ouvrir son spectacle. Pour ceux présents qui ne le connaissaient pas encore, la glace était officiellement brisée. Ça allait être violent. Du conflit en Syrie aux testicules de Gino Chouinard, rien, mais alors rien n’est tabou pour Fred Dubé. Et semblerait qu’il a trouvé LA façon d’aborder tous les sujets avec humour, car même lorsqu’il s’en prenait aux personnalités que l’on aime, ou encore aux étudiants en communication de Sherbrooke – il a remis en question la légitimité des éventuelles carrières de ces jeunes –, les gens semblaient apprécier puisque les rires ont abondé du début à la fin du spectacle.

Engagé, vraiment?

Non, Dubé ne fait pas l’unanimité et ce n’est pas ce qu’il souhaite non plus. En tant qu’humoriste, il souhaite « prêter son micro aux sans voix ». Est-il engagé pour autant? Selon lui, non! Il s’est fait mettre dehors deux fois de Radio-Canada, s’amuse-t-il à souligner dans son spectacle : « Je suis donc plutôt désengagé je dirais! ». En effet, le comique devait agir à titre de collaborateur régulier à l’émission Les Échangistes de Pénéloppe McQuade qui prenait les ondes pour une première saison au printemps dernier. Après seulement deux participations, il aura été remplacé par France Castel. Bien qu’elle n’ait absolument rien à voir avec son style à lui, Fred Dubé se disait choyé que ce soit cette grande dame qui prenne sa place.

Quelles étaient les raisons de cette mise à pied fournies par Éric Salvail et son équipe de production? Il était trop marginal et son ton ne cadrait pas bien avec la formule de l’émission qui était d’ailleurs encore en rodage.

Quoi qu’il en soit, Dubé regarde en avant, et partout où il passe, il ne laisse personne indifférent.

Il choque.

Je qualifierais son spectacle de véritable claque au visage. Serait-ce parce qu’il donne des mots à une vérité que nous aimons tous garder bien enfouie dans les abysses de notre conscience? Peut-être bien. Mais je l’avoue, j’ai ri. Pas à en pleurer, mais j’ai ri. Et à la sortie de la salle ce soir-là, je me sentais rassuré. Rassuré de savoir qu’au Québec, il y a une place pour tous les types d’humour, que la liberté d’expression est en santé et que notre peuple a le sens de l’autodérision excessivement aiguisé.


Crédit photo © La Presse

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