Des frissons de Vancouver à St-Glin-Glin

Par Sébastien Binet

Les Jeux olympiques, c’est un peu le summum de la compétition de sport. Du sport amateur au sport professionnel, c’est la compétition sportive par excellence et évidemment, une des bonnes raisons d’éviter une ou deux journées de soleil même en plein mois d’août. Au fur et à mesure que la compétition avance, on s’imagine qu’elle durera jusqu’à l’infini. Les jours de compétition s’enchainent et on finit par oublier qu’un jour, on devra retourner à notre routine. C’est malheureusement ce qui s’est produit dimanche dernier lors de la journée de clôture de ces olympiades d’été : un grand vide créé par l’absence des Jeux et la semi-dépression pré-retour à l’école. Et oui, je suis comme ça, j’aime les vacances.

Pour éviter cette semi-dépression (comme si c’était vraiment possible d’y arriver), j’ai décidé de recenser mon plus beau souvenir des Jeux olympiques. Bien sûr, l’année 2016 nous a donné des moments plus qu’excitants. De Simone Biles qui a ravi le monde entier jusqu’à Penny Oleksiak ou Andre DeGrasse qui ont prouvé que l’expérience n’était qu’un facteur de performance parmi tant d’autres, les Jeux, on s’en rappelle à travers nos souvenirs.

C’était à l’occasion des Jeux olympiques de Vancouver en 2010. C’était évidemment en hiver et comme lors de tous les Jeux d’hiver, la compétition de hockey masculin se terminait généralement lors de la dernière journée, un dimanche. Le match pour la médaille d’or, Canada contre États-Unis. Le rêve quoi. Tout aurait été parfait… jusqu’à ce que je comprenne que ce dimanche était un dimanche de travail. J’étais désespéré. Impossible de l’enregistrer. Impossible de le regarder. La tristesse m’a alors envahi.

J’étais à l’époque pompiste dans une petite station-service de village qui visiblement semblait vouloir me faire comprendre que je serais fort probablement un des seuls humains qui ne regarderait pas le match à ce moment. Les rues désertes, la température froide sur fond de douce neige qui tombait, c’était magique. L’heure du match approchait à grands pas et au fur et à mesure que les minutes s’écoulaient, mon sourire fondait telle la neige au printemps. Les rares clients que j’avais se faisaient un plaisir de me rappeler que ce soir, j’étais seul au monde. Tous sauf un. Sous ses airs d’Hagrid un peu farouche, c’est ce client dur d’approche et un peu imprévisible qui m’avait appris que la partie allait être diffusée à la radio ce soir-là. Mon sauveur!

C’est donc après avoir vécu des heures d’angoisse que tout bonnement cet homme m’avait appris que ce soir-là, je n’avais pas tout perdu. J’allais au moins pouvoir me laisser bercer par la douce voix du commentateur qui allait me faire vivre le moment en temps réel, ici, entre les quatre clients qui avaient osé braver ce froid de février un dimanche soir.

Ce souvenir, c’est celui du match. Celui qu’on s’imagine regarder sur le bout de notre siège. Celui qu’on se rappelle sans même avoir vu les images. Je pouvais vivre l’émotion différemment. Je patinais avec les joueurs, je tirais, mais surtout j’espérais. J’espérais gagner avec eux. Vivre un brin d’émotions et m’imaginer en tout bon sportif avec eux sur la glace à tout donner pour cette médaille. Lorsque le commentateur s’est écrié en prolongation : « IL TIRE ET COMPTE! », j’ai eu des frissons. Pas des petits. Ceux qui reste. Ceux qui te donnent froid en milieu d’été. Je savais à ce moment que ce que je vivais, c’était pareil pour tous les chanceux qui avaient pu le vivre dans leur salon avec les images. Mais moi, c’était une voix. Une seule personne qui me faisait triper dans ma station-service un peu perdue. C’était magique.

Ce souvenir, je le garde peut-être parce que j’aimais le hockey. Je crois aussi que la beauté des Jeux olympiques réside dans les surprises et les déceptions d’athlètes qui se préparent pendant si longtemps pour l’apogée de leur carrière qui se passe aux quatre ans. Pour moi, la tristesse, c’était de ne pas pouvoir assister à ce match. Ma surprise est arrivée en sens inverse. La déception qui laissait place à la surprise pour finalement me faire vivre mon plus beau moment des Olympiades. C’est un peu cela les Jeux. Au travers des problèmes politiques et des difficultés sociales, le sport reste toujours pour nous faire pleurer, de joie comme de tristesse. Une chose est sûre par contre, c’est à ce moment que j’ai compris qu’un souvenir, il est toujours meilleur quand l’émotion y met son grain de sel. Un souvenir sans frisson, c’est bon, mais jamais autant qu’un but de Sidney Crosby en prolongation d’une finale olympique. Et vous, c’est quoi votre meilleur souvenir?


 Crédits photo © Zimbio.com

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