Fuck : démystification

Par Jonathan Asselin

Le f-word demeure un mystère pour les chercheurs, puisqu’il existe peu de traces écrites de ce mot. En effet, bien qu’il semble avoir près de mille ans, fuck a toujours été un mot hautement sacrilège (je devrais ajouter : avant notre ère).

Il est aujourd’hui un nom, un verbe, un adjectif, un adverbe et fait partie de plusieurs expressions populaires comme What the fuck ou I don’t give a fuck. Au Québec, on l’utilise comme on dit « merde » ou comme un sacre. De plus, il a l’avantage d’être fucking stylé et facile à prononcer. Parmi ses nombreuses significations, il veut entre autres dire « baiser » (to fuck), « emmerder » (fuck the police) ou « arnaquer » (I got fucked).

Depuis moins d’un siècle, toutefois, on s’expliquait l’existence du mot fuck via des légendes urbaines. Deux de ces mythes semblent avoir repêché plus de poissons que les autres. Dans un premier cas, on croyait qu’il s’agissait de l’abréviation For Unlawful Carnal Knowledge, mots qu’on aurait affichés publiquement devant la demeure de ceux et celles qui auraient commis l’adultère, pendant le Moyen Âge. Fait cocasse : Van Halen a fait paraître un album, en 1991, qui s’intitulait For Unlawful Carnal Knowledge.

La deuxième origine inventée de fuck était Fornication Under Consent of the King. Selon cette version, l’ampleur outrageuse du mot fuck devenait démesurée. On croyait que le f-word venait d’une loi impériale selon laquelle les soldats britanniques, en temps de guerre, avaient le droit de violer les femmes des ennemis afin d’anéantir le reste de fierté des vaincus. Ce deuxième mythe sur les origines du mot fuck en a convaincu plus d’un (je m’inclus).

Petite anecdote : au secondaire, une enseignante d’anglais qui nous avait entendus jurer à maintes reprises avait averti tout le monde qu’elle ne tolérerait pas qu’on répète ce mot dans sa classe. Elle a interrompu le cours pour nous faire une leçon d’histoire en expliquant pourquoi, lorsqu’on disait « Fuck, j’ai échappé mon crayon », on perpétuait la mémoire de millions de femmes violées pendant des guerres sanglantes, il y a de cela des siècles. Si elle avait su qu’elle s’était fait avoir et qu’elle nous a tous emmenés dans le même bateau…

Snopes, un site qui enquête sur certains mythes, nous expose un long article qui, sans aller en profondeur, explique plusieurs arguments valables qui défont les deux mythes cités plus tôt. Ses vraies origines restent nébuleuses, comme presque tout ce qui date de quelques siècles et dont les écrits ne nous sont pas parvenus. La théorie la plus crédible est qu’il serait issu de l’allemand, du suédois ou du néerlandais et qu’il serait apparu quelque part (peut-être même avant) aux alentours du XVe siècle. Selon ces origines, il aurait trois sens primaires : forniquer, frapper et faire des mouvements de va-et-vient. Malgré tout, les historiens et chercheurs ont retrouvé certaines occurrences du mot fuck dans certains écrits qui remontent jusqu’au XIIIe siècle. Par exemple, le nom John Le Fucker ou le surnom d’un palefrenier d’Edward Ier, Fuckebegger. Par contre, selon la médiévaliste Kate Wiles, ces apparitions seraient sans lien avec le fuck qui nous intéresse et qui a un lien avec l’acte charnel.


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