Genèse : la rencontre

Par Jasmine Godbout

« Origine et développement des êtres », voilà la première définition du Larousse de Genèse, le titre du dernier long métrage de Philippe Lesage. Depuis le 15 mars, la Maison du Cinéma présente le film, où le demi-frère et la demi-sœur de Guillaume, Charlotte et Félix, et lui-même, vivent leur première histoire d’amour, et du même coup, une quête d’identité et de sexualité.

Amour intemporel

Le drame de 129 minutes transmet efficacement trois récits d’amours de jeunesse. En parallèle avec sa demi-sœur, Guillaume fait preuve d’une grande honnêteté et développe des stratégies, comme tenter de se joindre à l’équipe de hockey du gars sur qui il tripe, pour se rapprocher de lui. Charlotte réalise que son chum, elle ne l’aime pas tant que ça, puis elle traverse dans un monde de party avec un copain plus âgé. Chacun de leur côté, tous deux vivent un épisode assez dramatique.

Félix, plus jeune que les deux autres, rencontre sa douce Béatrice (Émilie Bierre) dans un camp de vacances. C’est dans ce dernier acte, introduit par la même chanson folklorique que celle chantée par Guillaume et sa classe, que le titre prend tout son sens. Moins forte et dramatique, la partie reste ma foi touchante. Audacieux, Lesage transporte le public complètement ailleurs. Qui sont ces nouveaux personnages? Où le lien se trouve-t-il? On comprend peu à peu ce qui les rattache : la rencontre et leur bravoure.

Par ailleurs, l’époque à laquelle le film se situe reste assez floue. Sentiments, fébrilité, force du désir et questionnement personnel sont des thèmes intemporels. Qu’on soit en 1998 ou en 2018, l’histoire s’installe (trop) tranquillement, emmenée par la musique envoûtante. Outre quelques scènes de sexe, voilà pour quelles raisons il s’adresse à tout public âgé de 13 ans et plus.

Les trois piliers

Théodore Pellerin (Guillaume) porte bien son chapeau de pensionnaire extraverti. Toujours plus impressionnant que dans ses récents rôles, l’acteur se distingue par son jeu, sa prestance, ses imitations, et encore plus. Une mention spéciale doit lui être donnée, car, primé deux fois (à Montréal et à Namur), il transperce l’écran.

Crédibles et attachants, Charlotte (Noée Abita), plus en amour avec un gars plus vieux qu’avec son chum actuel, souhaitant être dans un « couple ouvert » et Félix (Édouard Tremblay-Grenier), présent dans les premiers films de Lesage, dont Les démons (2015), campent aussi leur rôle à merveille.

À eux trois, les acteurs portent le long métrage sur leurs épaules. Bien que pertinentes et bien exécutées, les apparitions de nombreux Québécois connus, comme celles de Pierre-Luc Funk (chum de Charlotte), de Mylène Mackay (professeure d’anglais), d’Étienne Gallois (ami de Guillaume et apparu récemment dans Avant qu’on explose) et de quelques autres, n’atteignent pas le niveau de jeu des personnages principaux.

Authentique et primé

Un sentiment d’appartenance se crée à travers l’écran. Des « c’est tellement moi, ça!», risquent de sortir à plusieurs reprises de la bouche des spectateurs. Pour ses qualités cinématographiques sur différents plans, le film est à voir. Grâce à sa façon « semi autobiographique » de raconter l’amour, la jeunesse et l’adolescence, et ce, sans aucune gêne et en puisant dans ses souvenirs, Philippe Lesage empreint le récit d’authenticité.

Ce n’est pas sans raison que depuis sa sortie en compétition officielle au Festival international du Film de Locarno, Genèse a été primé sept fois en Espagne, au Mexique, à Montréal et en Belgique. Un succès québécois.


Crédit Photo @ Fun Film Distribution

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