God Save The Queen : Bons plans à Nottingham

Par Gabrielle Beaudry

J’entame maintenant ma troisième semaine en sol anglais et je dois dire que mon adaptation se déroule plutôt bien. J’arrive, la plupart du temps, à traverser la rue sans me faire happer. Mon système immunitaire semble s’être endurci face au froid et à la pluie incessante. Une file faramineuse ne se forme plus derrière moi à la caisse lorsque, faute de connaissance en matière de monnaie anglaise, je cherche frénétiquement dans mon portefeuille une autre pièce qu’une ou deux livres sterling.

Mes jours de néophyte étant chose du passé, j’ai décidé de m’aventurer hors de Leicester. C’est ainsi que j’ai mis le cap sur la ville de Nottingham par un dimanche curieusement ensoleillé pour ce pays dont la météo est habituellement plus que merdique. Le début de la fin de semaine avait été plus ardu pour certains membres de mon groupe d’expatriés bien-aimés que pour d’autres. Nous avions passé la soirée de vendredi à jouer à des jeux de cartes hollandais. Si vous voulez mon humble avis, ces jeux sont un peu comme la pluie anglaise; quand tu penses qu’il n’y en a plus, bien il y en a encore. Lea avait été contrainte, malgré elle, de se déhancher avec un espagnol plutôt comique du nom de Juan Carlos, dans une cuisine à la salubrité douteuse. Puis, le samedi matin, Max m’avait convaincue de prendre part au jeu libre de basketball du centre sportif. Il faut savoir que Max est un nageur et rameur accompli à la carrure plutôt imposante. Or, cet athlète hollandais ne semblait pas avoir été mis au courant de l’accoutrement usuel pour un match de basket informel. C’est ainsi qu’il s’est présenté au gymnase, tout fièrement, en cuissards d’aviron un peu trop moulants et blancs. Ce fût certainement un des moments les plus glorieux de sa courte vie à ce jour et je n’ai toujours pas encore fini d’en rire.

Bref, nous nous rencontrons (Lea, Eveline, Max et moi) à 9 h tapant à la gare de Leicester. Fait intéressant, une railcard est disponible pour les 16-25 an (au coût de 30 pounds) et permet de réduire d’un tiers tous les billets de train en Angleterre pour une durée d’un an. Une quarantaine de minutes de transport nous permettent d’arriver à Nottingham, ville notamment célèbre pour son rôle dans la légende de Robin des Bois. Une statue à l’effigie de cet illustre personnage a été érigée à l’entrée des escaliers qui mènent au Château de Nottingham. Le château trône sur un regroupement de grottes secrètes et surplombe la ville. Une vue à couper le souffle récompense les randonneurs du dimanche qui s’y aventurent. Nous déambulons dans un quartier aux allures bourgeoises bohèmes dont les maisons typiquement anglaises sont plus belles les unes que les autres. Puis, nous nous dirigeons tant bien que mal vers notre principale attraction de la journée : le Wollaton Hall, Gardens & Deer Park.

La route vers le parc ne fait que mettre en lumière notre manque flagrant de sens de l’orientation. Je commence sérieusement à penser que Google Maps devrait m’offrir une commandite pour mon échange étudiant. Si l’un parmi vous a des contacts, je demeure à votre disposition. Le Wollaton Hall est un manoir élisabéthain, datant des années 1580, qui abrite maintenant les deux musées principaux de Nottingham : le Nottingham Natural History Museum et le Nottingham Industrial Museum. Les musées étant certes intéressants, on s’y rend davantage pour les acres interminables de verdure parsemés de terrains de golf et de cerfs insouciants. On apporte son goûter et sa couverture carottée et on perd la notion du temps en grignotant ou en lisant en bonne compagnie. Fait cocasse : Lea a insisté maintes fois pour que l’on achète une salade entière et n’en a finalement mangé que deux feuilles (soigneusement nettoyées d’ailleurs). Certains lurons osent même apporter du vin (transvidé dans une bouteille d’eau) pour rendre l’après-midi un peu plus festif. Sourires (et soleil, si vous êtes chanceux) garantis.

Tout juste avant la pénombre, nous quittons le parc en direction du centre-ville. Les rues pittoresques entourées de bâtiments aux parois curvilignes se succèdent dans le Old Market Square et le Nottingham Lace Market, ancien épicentre de la production mondiale de dentelle. Nous décidons de trinquer à cette escapade autour d’une pinte de cidre dans un des pubs les plus vieux d’Angleterre : Ye Olde Trip to Jerusalum. Véritable expérience visuelle et gustative, cet endroit, dont le toit est parsemé d’une généreuse couche de mousse verte, prend racine à l’intérieur d’une grotte au pied du château. On conclut finalement la soirée dans un resto de burger sans prétention (Annie’s Burger Shack), mais ô combien rassasiant. Puis, on se dirige vers la station de train avec pour destination la ville qui devient un peu plus de jour en jour notre « chez-soi ». Assise dans le train, les jambes meurtries par les 20 kilomètres parcourus à la marche, la nostalgie d’une journée plus que parfaite s’empare de moi. Je tends un écouteur à Max, qui partage mon amour inconditionnel pour Taylor Swift, et je m’assoupis en regardant le paysage des Midlands à la noirceur défiler devant mes yeux.

N.B. J’ai finalement rencontré mon troisième flatmate. La nature de l’existence du quatrième demeure toujours incertaine. À suivre…


Crédit Photo @ Gabrielle Beaudry

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