God Save The Queen : Une session d’études universitaires au pays de la Reine Élisabeth

Par Gabrielle Beaudry

Il y a des gens qui réfléchissent maintes fois avant de prendre une décision et qui pèsent judicieusement les pour et les contre, puis tranchent de façon éclairée. Je ne suis pas ce genre de personne. Mes décisions précèdent mes réflexions. C’est ainsi qu’il y a plus d’un an, j’ai décidé sur un coup de tête de m’inscrire pour une session d’étude à l’étranger dans la ville de Leicester en Angleterre. Ce n’est qu’une fois assis dans l’avion, à la lumière des gratte-ciels de Montréal dans le hublot à ma gauche, que j’ai réalisé l’ampleur de la chose.

L’art que je maîtrise le plus est certainement celui de la procrastination. Mes préparatifs pour mon périple de plus de cinq mois en sont un exemple flagrant. Ce n’est qu’aux alentours de 15 h le jour même de mon départ que je boucle ma valise. S’ensuit la route (parsemée de nids de poule et de routes très grossièrement déneigées) pour se rendre à l’aéroport Trudeau avec mes parents et ma sœur. Puis, le check-in où l’agente d’Air Canada ne prend même pas la peine de peser ma valise en m’avouant, entre deux clins d’œil complices et un « yolo » plus que narquois, qu’aujourd’hui est sa dernière journée de travail. Finalement, les adieux que j’écourte en tentant de retenir tant bien que mal mes larmes devant le douanier qui semble être tout sauf ému devant nos au revoir.

Mon avion se pose à Heathrow vers 8 h le lendemain matin. N’ayant dormi qu’une toute petite heure durant mon vol, j’en profite pour faire une sieste dans l’autocar qui me mène jusqu’à Leicester. Ancienne ville romaine des Midlands de l’Est, Leicester est la onzième plus grosse ville d’Angleterre, comptant un peu plus de 300 000 habitants. Elle est également une des villes anglaises les plus multiculturelles et est l’hôte d’une équipe de soccer plutôt connue : les Foxes de Leicester. J’arrive à ma résidence étudiante en fin d’après-midi. J’y partage un flat avec quatre autres étudiants, plus précisément des lads anglais, comme le diraient les Brits. Fait cocasse, je n’ai, à ce jour, rencontré que deux des quatre lads. Je ne peux m’empêcher de me questionner quant à la nature de leur existence : réelle, imaginaire ou tout simplement inexistante.

Je m’efforce à défaire ma valise et de prendre une douche avant de m’accorder une sieste plus que méritée. Or, j’arrive difficilement à fermer mes yeux. Ma nouvelle réalité me frappe tel un coup de poing en pleine face. Je suis dans un pays qui m’est pratiquement inconnu et je ne me suis toujours pas fait un seul ami. La trame sonore de ma nouvelle vie pourrait facilement être All by Myself de Céline Dion. Je me sens soudainement très seule à l’autre bout du monde de ma petite banlieue montréalaise plus confortable qu’une bonne vieille paire de pantoufles.

Une présentation de bienvenue pour les étudiants internationaux est prévue le lendemain matin. Je m’y rends en me donnant comme mission d’être la plus sympathique possible. On nous explique que ce semestre sera une des plus belles expériences de notre vie. Je ne peux m’empêcher de demeurer sceptique face à cette affirmation. Je rencontre finalement un autre Canadien, un dénommé Jacob de l’Université Queen’s. Puis, trois Hollandais se mettent à nous parler, Max, Anniek and Eveline. Lea, une Italienne, se joint également à notre conversation. On dine tous ensemble au Student’s Union qui comprend un lieu de rencontre et une cafétéria administrés entièrement par les étudiants de l’Université. Je propose de jouer à « boulette » pour briser la glace. Les autres embarquent et les fous rires s’enfilent.

Je perds la notion du temps. On se rend dans un pub pour prendre des verres et manger un fish and chips. Il s’agit certes de l’essence même du cliché anglais, mais il faut bien commencer quelque part. Les anecdotes de nos pays respectifs s’enchaînent et tous semblent particulièrement heureux et soulagés de s’être faits des amis aussi rapidement. L’anecdote la plus notable de la soirée est certainement celle de Max qui nous confie que son emploi étudiant est celui de porteur de cercueil. Pas si drôle vous me direz? Il fallait y être (et avoir bu quelques Guiness).

Notre groupe d’expatriés se retrouve finalement dans mon dorm room pour jouer à des jeux de cartes hollandais, que je ne comprends toujours pas d’ailleurs. C’est alors, entourée de jeunes inconnus devenus amis en moins d’une journée, que je réalise que cela fait longtemps que je n’ai pas été aussi profondément et simplement heureuse. Comme quoi parfois, les meilleures décisions sont celles que l’on prend sur un coup de tête.

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