God Save The Queen : so long, farewell

Par Gabrielle Beaudry

La beauté des dernières fois, c’est qu’on ne peut jamais prédire qu’elles vont l’être. Comme lorsque dans un concert, le chanteur entame les dernières paroles de la dernière chanson ou comme lorsqu’on aperçoit quelqu’un pour la dernière fois. Ce n’est qu’avec du recul qu’on peut se dire que cette fois était l’ultime, le point final de ce chapitre.

Mon périple anglais tire à sa fin. C’est difficile de l’admettre, mais c’est pourtant vrai. Bien que je doute que vous soyez encore plusieurs à me lire, je ne peux m’empêcher d’être nostalgique en écrivant ce dernier article. Je suis d’autant plus nostalgique quand je pense au chemin que j’ai parcouru au cours des derniers mois, aux sens propre et figuré.

J’ai visité de nombreuses villes des Midlands avec ma garde rapprochée d’expatriés préférés. J’ai bravé le froid et la tempête à Édimbourg avec ma nouvelle amie Nina. J’ai pris Londres d’assaut avec ma famille. Je m’envole ce week-end à Prague pour des retrouvailles bien méritées avec ma bonne amie Roxane, suivi d’une escapade italienne à Milan avec ma Noémie pour faire quelques musées et surtout, engloutir des tonnes de pâtes fraîches. Puis, un petit tour à l’île de Malte avec mon ami Max pour se faire dorer un peu au soleil.

J’ai survécu à la pluie anglaise et mis fin au cycle incessant des rhumes et grippes qui affligeaient mon pauvre système immunitaire. J’ai appris à jouer du coude pour commander une pinte et à compter jusqu’à dix en hollandais. J’ai arrêté de cuire mes pâtes avant de mettre ma lasagne au four. J’ai développé mon goût pour le café en poudre. J’ai constaté, à ma grande surprise, que les chiens anglais étaient beaucoup mieux élevés que les nôtres. Puis, j’ai élaboré des systèmes complexes de corde à linge dans ma chambre de résidence.

Je me suis fait de nouveaux amis, et je me suis ennuyée de ceux de longue date. J’ai multiplié les appels Facetime et Skype avec la mère patrie. J’ai envoyé des photos par courriel à mes grands-mères pour leur prouver que j’étais toujours en vie et qu’en prime, je m’amusais beaucoup. Je me suis sentie aux premières loges de l’actualité lors de l’empoisonnement de l’ex-agent double russe Skripal et la naissance du nouveau prince, mais très loin de chez moi lors de l’attaque à la voiture-bélier à Toronto. J’ai crié et sacré lors d’un match nul opposant Leicester à Southampton. J’ai même été témoin de la « Trudeaumania » un peu partout où j’allais…

Maintes personnes m’avaient dit que cet échange me changerait pour toujours. J’avais accueilli leur remarque poliment, en tentant, tant bien que mal, de ne pas rouler les yeux.  Or, quand je repense à ce moment où j’ai mis les pieds dans l’avion à destination de Londres et que je le compare au moment présent où j’écris ces lignes, je ne peux m’empêcher de leur donner raison. Aussi quétaine que cela soit-il, je ne suis plus la même Gabrielle qu’avant. Turns out qu’à force de provoquer la vie à grands coups de voyages, cette même vie réplique en nous faisant tout remettre en question.

Au fil des derniers mois, j’ai beaucoup voyagé. Pourtant, ce ne sont pas les voyages qui sont responsables de mon changement, mais plutôt les rencontres que j’ai faites en cours de route. Des jeunes aux yeux pétillants, impliqués dans leurs communautés, m’ont redonné foi en ma génération. Malgré les frontières physiques et langagières qui nous séparent, des rêves et des inquiétudes universelles nous unissent. À la lumière de mon périple européen, je suis d’avis que l’ouverture d’esprit demeure la meilleure arme face au cynisme collectif. Il ne faut surtout pas avoir peur de dire tout haut ce que plusieurs pensent tout bas, puisqu’une fois qu’on prend parole, de puissants mouvements sociaux naissent.

Voyager, c’est rencontrer des gens d’un peu partout dans le monde, mais c’est surtout devoir leur dire adieu sans savoir si on les reverra un jour. Le 11 juin prochain, je tenterai tant bien que mal de trouver un peu de beauté dans cette dernière fois.


Crédit Photo @ Gabrielle Beaudry

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