« Gone Girl », un « thriller » mirobolant

cultureGonegirl-sourcegowith-theblog.com-LABONNEEn ce qui a trait à Gone Girl, une question me taraudait : est-ce que David Fincher réussira à livrer une œuvre digne de ses plus grands succès (Fight ClubThe Social NetworkSe7en)? Force est d’admettre que je suis maintenant soulagé. Fincher a encore gagné son pari.

Par Alexandre Blanchard

Gone Girl, basé sur le roman du même nom de Gillian Flynn, raconte l’histoire d’un couple bien particulier. Nick Dunne (Ben Affleck) passe une journée des plus ordinaires jusqu’à ce qu’il rentre chez lui pour y découvrir une scène de crime : sa femme, Amy Dunne (Rosamund Pike) a vraisemblablement été enlevée par des ravisseurs.

Par la force des choses, Nick Dunne est rapidement considéré comme le principal coupable. Mais plus l’enquête avance et plus le mystère s’épaissit au rythme de l’intrigue qui s’intensifie et se complexifie. On se rend vite à l’évidence que la réalité s’avère beaucoup moins limpide qu’elle n’y parait à première vue.

Et c’est là la plus grande force du film. Gone Girl nous entraîne dans un marasme d’indices et de signes trompeurs qui nous aspirent dans les abimes de l’histoire. Dans ce thriller passionnant, l’immersion est à son comble d’autant plus que l’enquête est menée de manière à ce que nous puissions nous-mêmes tenter de la résoudre au moment précis où elle se déroule sous nos yeux. La performance du duo Affleck/Pike se révèle somptueuse et magistrale et devient la pierre angulaire de ce phénomène.

Il y a manifestement un minutieux travail effectué pour bâtir un crescendo émotionnel qui nous amènera rapidement jusqu’au tiers du film. Après cela, coup de théâtre à la Fincher : l’histoire part dans une tout autre direction qui vient ajouter encore plus de dimension à un récit déjà fort sophistiqué. Alternant flash-back, narration et moments présents, le rythme du film est impeccable, rafraichissant, et nous tient en haleine pendant 149 minutes.

La dynamique du couple occupe une place centrale dans le récit. On perçoit un amour difficile empreint de ratés et de coups retors, ponctué de périodes de désespoir mutuel. Tout cela vient jouer sur notre attachement aux divers protagonistes.

D’ailleurs, avec Gone Girl, Fincher joue avec ses sujets (en l’occurrence nous). Le scénario nous emmène tantôt à prendre pour un personnage plutôt qu’un autre, tantôt à s’identifier à un protagoniste dont le film nous avait préalablement convaincus qu’il était immoral et menteur.

Que serait un film de Fincher sans cette magnifique patte artistique si particulière? Les admirateurs du visuel de The Social Network seront heureux d’apprendre que le nouveau bijou de Fincher lui ressemble beaucoup. Que ce soit par la longueur des plans, le cadrage ou encore les décors, on s’y retrouve facilement et c’est toujours aussi agréable.

La musique, bien qu’elle ne soit pas assez présente, frappe fort et de manière superbe, surtout lors des dialogues flash-back du couple Dunne. Seul petit problème, le mixage audio semble avoir été parfois mal effectué tellement le bruit ambiant et la trame sonore viennent brouiller les dialogues. Un autre problème se situe du côté de la lumière : certains plans semblent trop sombres alors que d’autres arborent des contre-jours gênants et (forcément) involontaires.

Bien qu’étant un drame, Gone Girl se présente avec une bonne touche d’humour très bien répartie. Encore ici, on sent l’influence du grand frère spirituel The Social Network.

Gone Girl se termine avec un climax fort impressionnant et nous laisse sur une conclusion somme toute assez ouverte. L’œuvre gagnera à être visionnée plus d’une fois pour s’assurer de capter toutes les subtilités présentes dans le récit. Construit de manière rafraichissante, enivrant et fichtrement prenant, le dernier bébé de Fincher est un incontournable du cinéma cette année et se mérite un billet dans la catégorie du meilleur film de l’année à la cérémonie des Oscars.

6.3 / 7

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