Grandir en unissant nos différences

Par Pascale Tremblay

En plus de l'AGLEBUS, plusieurs autres associations ont pour mandat de promouvoir les droits LGBT+ et d'aider les minorités sexuelles en Estrie. Notre association collabore entre autres avec le Comité des identités et des orientations sexuelles et amoureuses libres du Cégep de Sherbrooke (CIOSAL) ainsi qu’avec la Bishop's University Pride Alliance (BUPA). Il est très enrichissant de pouvoir échanger avec ces différentes associations scolaires afin de socialiser.

L’AGLEBUS ne collabore toutefois pas seulement avec des organisations scolaires. Dernièrement, plusieurs membres de l’association Entre Elles, groupe de femmes homosexuelles de Sherbrooke visant à créer un sentiment d'appartenance, à s'épanouir dans son orientation sexuelle et à échanger en bonne compagnie, participent à nos activités. En plus d'être une ressource inestimable dans la prévention des infections transmises sexuellement, IRIS Estrie collabore également avec l'AGLEBUS lors de certaines activités afin de nous fournir généreusement un lieu de tranquillité où peuvent se dérouler nos événements. Le bar LGBT+ de Sherbrooke, L’OtreZone, est aussi un partenaire considérable. Depuis plusieurs années, le bar nous permet d'organiser des activités. Le propriétaire démontre même son soutien en offrant des tarifs réduits lors de certains événements. Cette entraide est précieuse pour les causes LGBT+ et c’est pour cette raison que nous tenons à souligner les liens qui ont été noués ces dernières années.

Témoignage de Benjamin B. :

J'ai décidé de vous faire un petit témoignage sur ma vie afin de vous présenter pourquoi l'AGLEBUS est importante pour moi. Le passage à l’âge adulte m’a toujours fait peur. J'étais déjà conscient que notre monde n’était pas parfait, la discrimination et l’intolérance y étant courantes. Dans mon cas, jeune homme homosexuel, grandir en assumant réellement qui je suis a été un réel défi dans mon cheminement personnel.

Au secondaire, là où nous commençons à ressentir pour la première fois ce que je pourrais appeler les pulsions sexuelles, j’ai été bouleversé. Mais qu'est-ce que cette boule dans le ventre, cette espèce d'euphorie poignante qui me donnait envie de vivre, de rencontrer, de parler, d'embrasser? Si seulement cette émotion s'était révélée pour une fille... Non, c'est un garçon qui, la première fois, m’a entrainé sur ce sentier terrifiant qu'est l'attirance sexuelle. Tout au long de mon secondaire, je me suis questionné et me suis créé des scénarios aussi imaginatifs les uns que les autres afin d'essayer de me convaincre que les garçons ne m'intéressaient pas. Malgré mes efforts pour me prouver que je n'étais pas gai, mes pensées semblaient me dire le contraire, ce qui m'affolait encore plus.

Arrivé au cégep, resté caché durant déjà quatre ans, je me suis dit que j'y arriverais encore… pour mon cégep et pour le reste de ma vie : je ne serai pas gai! Dans les corridors du cégep, je voyais de nouveaux visages, de belles filles, mais surtout de super beaux gars. Je n'avais pas le droit de les regarder, il fallait que je regarde les filles. Durant mes deux ans de cégep, ma case personnelle était juste à côté d'une affiche de Gai Écoute. J'avais tant envie d'appeler et de me vider le cœur, mais je n’en ai jamais eu la force.

Déjà six ans que je me questionnais sans cesse, que je me torturais l'esprit, que j'étais quelqu'un d'autre. À l'Université, j'ai eu mes premières expériences homosexuelles. J'étais curieux, j'avais envie d'avoir des réponses malgré mon inquiétude. Après avoir compris que j'avais encore envie d'en découvrir plus, je suis retombé dans le déni. J'ai tenté des expériences avec des femmes, mais ces relations n'ont pas fonctionné. Cela m'a enfin ouvert les yeux. C'est à ce moment que je me suis inscrit à l'AGLEBUS, le groupement des membres de la diversité sexuelle et de genres de l'Université de Sherbrooke. J'ai rencontré des gens qui me ressemblaient, qui partageaient des expériences similaires aux miennes et qui pouvaient me comprendre. J'ai pu me faire des amitiés solides et finalement m'impliquer moi aussi dans une cause qui me tient vivement à cœur.

À toutes celles et à tous ceux qui liront ce texte et qui se sentent touchés, je vous souhaite de trouver enfin le bonheur d'être vous-mêmes, d'arrêter de vous cacher, et soyez à fond la personne que vous voulez être. L'AGLEBUS et toutes ces expériences m'ont permis enfin de définir ce que je veux être au-delà de mon orientation sexuelle et de me faire grandir dans un environnement sécuritaire où je me sens libre et épanoui. Chaque personne a sa propre histoire, j'ai choisi de partager la mienne dans ce témoignage avec une volonté bien humble. Je ne souhaite pas juger la façon dont j'ai vécu mon homosexualité par rapport aux autres, je souhaite juste vous transmettre solidairement que l'AGLEBUS est une association qui a vraiment le mérite de nous aider à cheminer et de nous épauler dans certaines difficultés.

Malgré mes années plus sombres et tourmentées, j'ai appris à m'accepter et à m'aimer. Je suis fier de mon parcours, de qui je suis devenu et je suis fier de maintenant partager ma vie avec un homme que j'aime.


Crédit Photo ©  poz.com

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