sport-partydenoelPar Jean-Philippe Ouellette

Pour les non-initiés, le monde du hockey est un univers où s’amalgament jargon sportif et analyses poussées. Toutefois, les journalistes sportifs doivent souvent gaspiller leurs compétences en produisant du remplissage de mauvaise qualité. Le temps des Fêtes et ses conversations fastidieuses étant bientôt à nos portes, voici quelques trucs inspirés par cette vacuité médiatique pour parler de hockey sans trop vous y connaitre.

Premier truc : apprendre les termes de base

Tout d’abord, commencez par vous approprier un minimum de culture générale en hockey. Il faut connaitre les joueurs qui ressortent le plus souvent dans les médias. Carey Price, PK Subban, Andrei Markov et David Desharnais forment un bon échantillon puisqu’ils représentent toutes les positions sur le jeu. Il faut ensuite mémoriser quelques termes techniques comme « zone neutre », « tir frappé », « défensive » et « enclave ».

À partir de ce moment, vous pouvez utiliser ces termes pour commencer des phrases neutres comme « Subban, cette année, en zone neutre… ». Votre interlocuteur, appelons-le Réjean, pourra alors compléter votre énoncé avec quelque chose de sensé. Pour ceux qui douteraient de l’efficacité de la technique, je vous encourage à écouter une émission de sport de fin de soirée. Vous pourrez y remarquer la précision chirurgicale avec laquelle les panélistes, comme Patrice Brisebois – en tête -, ne terminent pas eux-mêmes leurs phrases. C’est l’équivalent linguistique des passes à l’aveuglette.

Deuxième truc : toujours être en accord avec l’autre

Les médias sportifs disposent de nombreux stratagèmes pour remplir leur temps d’antenne. La plus simple et la moins chère : les fameuses lignes ouvertes à la radio où les partisans produisent le contenu journalistique. Ne vous inspirez surtout pas de ces intervenants en exprimant une opinion trop tranchée. Ces gérants d’estrade ont la chance d’avoir comme opposition un animateur complaisant qui leur donne l’immunité, une fleur que ne vous fera probablement pas Réjean. De plus, ces intervenants offrent des réflexions qui paraissent peut-être simplistes, mais qui sont en fait étonnamment bien argumentées.

En fait, elles sont étayées au point d’impressionner le linguiste, philosophe et polémiste Noam Chomsky. Dans une récente entrevue, il s’est dit sidéré par la complexité et la créativité des réflexions des intervenants amateurs dans les lignes ouvertes. Pour la petite histoire, ce même Chomsky soutient la thèse que le sport, et tous les autres produits culturels, favorisent l’asservissement du peuple en le divertissant des vrais problèmes sociaux et politiques.

Troisième truc : spéculer, toujours spéculer

Question de prouver en partie le point de Chomsky, Mario Langlois a récemment dit aux amateurs de sports que les journalistes sportifs étaient excellents pour inventer des histoires de toutes pièces, et ce, afin de donner du poids à son histoire qui, elle (!), était vraie. Candidement, honnête ou cyniquement manipulatrice, cette déclaration offre l’une des clés de voute du fait journalistique sportif de mauvaise qualité : inventer des histoires et formuler des hypothèses. Pour bien spéculer, sachez quelques noms de joueurs et d’équipes et laissez Réjean mener la danse en acquiesçant souvent et en surenchérissant prudemment, quoiqu’il soit plus qu’accepté de se tromper lors d’une prédiction.

Tout peut être sujet à prévisions : les résultats d’une équipe donnée, le nombre de buts comptés par un joueur ou le prochain joueur à changer d’adresse. Dans les médias, les prédictions sont pertinentes lorsqu’elles sont appuyées sur une argumentation intéressante. Les innombrables rumeurs de transactions de sites comme HockeyBuzz et les inévitables prédictions basées sur des simulations de jeu vidéo sont des exemples de prédictions ennuyantes à mourir, mais qui peuvent vous aider à soutenir le rythme de Réjean.

Quatrième truc : potiner

Finalement, les nouvelles extrasportives sont une excellente manière de vous évader d’une conversation trop technique. La nouvelle Audi RS7 de David Desharnais, la poursuite de DC Comics contre le FC Valencia et son nouveau logo de chauve-souris ou les bravades médiatiques du footballeur Richard Sherman sont autant d’échappatoires efficaces qui peuvent vous permettre de dévier la conversation.

Prenez toutefois note que certains potineux sportifs équivalent aux amateurs de cinéma plus intéressés par la nouvelle coupe de cheveux d’Hugh Jackman que par ses films. Il est donc possible que vous vous retrouviez avec un sujet encore plus ennuyeux que la Coupe du monde junior de hockey : le chandail de Noël de Sidney Crosby. Ces tricots festifs, vendus par la LNH sous le nom d’ugly sweaters, ne sont pas un cadeau judicieux pour Réjean. Leur laideur pourrait bien le rendre furieux, vous empêchant de mettre en œuvre les trucs que vous avez appris dans cet article.

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