Par Ariane Lacerte

Le 12 janvier 2020 marquait les 10 ans du séisme qui a ravagé l’un des pays les plus pauvres au monde, Haïti. Le choc de magnitude 7.3 sur l’échelle de Richter a laissé derrière lui des milliers de maisons en poussière, des monuments historiques en ruines et une population en larmes et en deuil. De nombreuses cérémonies ont eu lieu dimanche dernier pour se rappeler ce triste événement. Malgré l’aide internationale reçue lors du séisme, Haïti a-t-il réussi à se reconstruire dans les 10 dernières années?

12 janvier 16 h 53

C’est à 16h53 minutes et 10 secondes à l’heure locale que le sol a tremblé en Haïti. Une douzaine d’autres secousses de magnitudes s’étalant entre 5 et 6 ont été enregistrées quelques heures après le premier séisme. Le premier tremblement de terre a été le plus ravageur, laissant derrière lui un bilan de plus 280000 morts, 300000 blessés et 1,3 million d’Haïtiens sans logis, a confirmé Marie-Laurence Jocelyn, ministre des Communications à cette époque.

«Bien sûr, à 16 h 53, ce furent 35 secondes interminables de pure terreur à éviter les objets, qui me tombaient dessus dans ma chambre d’hôtel», déclare Chantal Guy, dans sa chronique Haïti, Ô Haïti pour le journal La Presse.

Ces 35 secondes ont semblé éternelles pour les 1,8 million de personnes vivant dans le secteur touché. Plus de 60 % du système de santé haïtien a été détruit lors du séisme, ce qui a rendu la mission presque impossible pour les secouristes. Les routes étaient détruites, l’aéroport n’avait plus qu’une seule piste d’atterrissage et la tour de contrôle n’était plus fonctionnelle. Les moyens de communication étaient aussi interrompus, ce qui a causé bien du tort à la communauté internationale qui s’est déplacée pour venir en aide.

Tous pour un

Le 25 janvier a eu lieu une rencontre des ministres de plusieurs pays à Montréal. Les États-Unis, Haïti, le Canada, l’Argentine, le Brésil, le Chili, le Costa Rica, l’Espagne, l’Uruguay, la France et la communauté caribéenne se sont réunis au siège social de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) pour discuter de la reconstruction du pays dévasté. Cette première conférence a ouvert la porte à une autre rencontre, qui a eu lieu le 31 mars au Siège des Nations Unies à New York. Les organisateurs de la conférence internationale à New York pensaient amasser environ 3,5 milliards de dollars pour aider à la reconstruction d’Haïti. Dans les faits, c’étaient 9,9 milliards de dollars que les pays donateurs ont promis ce jour-là.

«Aujourd’hui, la communauté internationale a répondu présente, de manière spectaculaire, aux côtés d’Haïti et de son peuple», s’est félicité le chef de l’ONU Ban Ki-moon à l’issue de la conférence internationale des donateurs.

Haïti a touché 5,3 milliards au cours des deux premières années suivant le drame.

À plus petite échelle, les habitants des États-Unis qui voulaient contribuer à la reconstruction du pays pouvaient texter «Haïti» au 90999 et une somme de 10 $ était prélevée à leur compte via la Croix-Rouge. Près de 5 millions de dollars ont été amassés en seulement 48 heures.

Comme la ville de Montréal est un important centre de la diaspora haïtienne, plusieurs groupes d’entraide et de nombreuses cellules de crise psychologique ont été mis sur pied pour venir en aide à la communauté tout au travers du drame. Un téléthon québécois d’une durée de deux heures et trente minutes intitulé Ensemble pour Haïti a permis d’amasser plus de 6,5 millions de dollars.

Où est l’espoir, 10 ans plus tard?

Avec le changement de décennie, Haïti a-t-il réellement réussi à remonter la pente? De nombreuses maisons ne sont toujours pas rénovées et le principal hôpital du pays est toujours en reconstruction. Mais où sont passés les 10 milliards de dollars pour reconstruire le pays? 10 ans plus tard, le pays est toujours en crise politique et économique, sa reconstruction est maintenant considérée comme un échec.

«Au lendemain du séisme, on a eu une grande réponse sur tout ce qui était traumatologie, puisqu’il y avait énormément de blessés. Aujourd’hui, les blessures n’ont pas la même origine : malheureusement, plus de 50 % des blessés que nous recevons sont des traumatismes par balle», rappelle Sandra Lamarque, cheffe de mission de Médecins sans frontières en Haïti.

Même si sa pauvreté a reculé et touche maintenant 59 % de la population, Haïti reste un pays très pauvre. En 2017, il était 149e sur 182 en matière d’Indice de développement humain (IDH), il occupe maintenant le 168e rang sur 189. Les bidonvilles s’accumulent et occupent toujours une partie importante de sa capitale, Port-au-Prince. Cette ville est toutefois dotée d’hôtels luxueux bâtis dans le cadre de la reconstruction suite au séisme…

Selon le Fonds monétaire international (FMI), Haïti connaissait en 2017 un taux de croissance de 1,5 % et une inflation de 14,7 %. Deux ans plus tard, l’inflation a dépassé les 20 % et l’économie connait une récession avec une réduction du PIB de 1,2 %.

Nou pap dòmi : l’espoir

À la suite d’une nuit où plusieurs militants ont dormi devant la Cour des comptes, le mouvement pacifique Nou pap dòmi (nous ne dormons pas) est né. Ce mouvement, principalement composé de la jeunesse haïtienne, a comme mission de faire disparaitre la corruption et de réécrire la Constitution haïtienne. Ces jeunes, qui se surnomment les                «petrochallengers», sont à l’origine du soulèvement populaire qui perdure depuis des mois déjà. Leur nom tire son origine d’un scandale de corruption impliquant un détournement de fonds, acquis grâce au pétrole, qui devaient initialement être consacrés au développement du pays. Dans cette affaire, des centaines de millions de dollars ont disparu des fonds publics et les factures sont introuvables.

Dans ce pays en pleine crise, la jeunesse se mobilise chaque semaine pour bloquer les rues de Port-au-Prince et tente de faire entendre sa voix pour avoir un avenir juste et vrai.


Crédit Photo @ Radio-Canada

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