Halfpipe plus haut, risque plus grand

Par Laurie Marchand

J’suis pas particulièrement bonne en analyse sportive. J’suis même pas particulièrement intéressée par les sports télévisés habituellement. J’pensais donc jamais vous écrire au sujet des Olympiques, mais les sports d’hiver et le snowboard, ça vient me chercher un peu plus, d’autant plus que l’ambiance olympique m’a fait découvrir The Crash Reel, un documentaire sur le snowboard et les chutes.

The Crash Reel, c’est l’histoire du snowboard ces dernières années. C’est l’histoire de Kevin Pearce qui talonnait le grand Shaun White avant de se fracasser le crâne en effectuant une figure. C’est l’histoire d’une gang de gars qui repoussaient les limites de leur sport toujours un peu plus. C’est l’histoire d’une fédération qui encourage les modules plus escarpés et les figures toujours plus dangereuses et c’est aussi l’histoire d’une foule qui en veut toujours plus. Surtout, c’est l’histoire d’un gars qui a eu bien du rattrapage à faire pour reprendre une vie normale.

Voilà! En gros Crash Reel c’est ça.

Mais c’est aussi une grosse re´flexion qui suit. La hauteur des halfpipes aux Olympiques a presque doublé depuis l’entrée du sport dans cette compétition en 1998 à Nagano. On parlait alors d’une demi-lune de 11,5 pieds de haut (3,5 mètres) et de 49 pieds de long (15 mètres). La semaine dernière, c’est dans une demi-lune de 22 pieds de haut (6,7 mètres) et de 66 pieds de long (20 mètres) que les athlètes ont concouru.

Dans un point de vue journalistique plutôt qu’éditorialiste, je vais tout de même tenter de relativiser ces chiffres. En allongeant les murs et la longueur de la demi-lune, on a aussi adouci la pente de celle-ci. Les athlètes profitent donc alors d’un atterrissage plus doux qui pardonne plus facilement les erreurs. Le hic, c’est que ça permet aussi plus de vitesse et donc des manœuvres plus périlleuses.

Qu’on s’entende, même si le parcours pardonne plus, le risque que prend un snowboarder de faire un backwards triple cork (triple salto arrière) est beaucoup plus grand que lorsque le parcours permettait tout au plus des 1080 ° pour les plus agiles. Et les athlètes, en bons compétiteurs qu’ils sont, repoussent sans cesse ces limites. Ils sont eux même, d’une certaine façon, responsables du degré de dangerosité qui augmente d’année en année.

Évidemment, la foule en veut elle aussi toujours plus. Des sauts plus hauts, des saltos qui s’accumulent, une vitesse plus élevée, des modules plus vertigineux, tout y est pour couper le souffle aux fans qui en redemandent. Les sponsors en profitent pour faire bonne figure lors des événements et pour encourager les prouesses périlleuses. Faut dire que la Fédération internationale de snowboard laisse tout ça aller sans trop de restrictions. Ni trop de protection pour ces athlètes qui, la majeure partie du temps, ne sont pas couverts pour les accidents et les décès. Il n’y a que lors des compétitions officielles que leurs assurances les protègent, mais il est bien évident que pour s’y rendre aux compétitions, il faut s’être pratiqué rien qu’en masse auparavant et avoir tenté tous les sauts les plus complexes précédemment. Les risques de blessures sont tout aussi présents sinon plus, même si la police d’assurance ne suit pas!

Et l’équipement de protection lui, il a l’air de quoi? Eh bien! il a l’air d’un petit casque de rien du tout qui absorbe les chocs de moins de 27 km/h. Pas super rassurant quand on analyse que les planchistes dans le halfpipe glissent presque toujours au-dessus des 30 km/h.

J’essaie de comprendre ce qui se passe avec ce sport-là et je suis un peu bouche bée. Moi qui profite de chaque tempête de neige pour dévaler les pentes, je ne conçois pas comment on peut lésiner sur la sécurité des athlètes. J’avoue que je n’ai pas toujours adopté l’attitude la plus sécuritaire moi-même. Mais après m’être sonnée une fois juste un peu, ben mon casque je le mettais et des jumps et des reels, je prenais ça molo.

Mais ceux à qui c’est le métier de faire ça tous les jours, y’en ont pas, eux autres, des règles de sécurité?

Oui la compétition et le dépassement des limites, mais à quel point? Au point de perdre des facultés cérébrales comme Kevin Pearce ou bien mourir comme l’espoir olympique Sarah Burke?

Le snowboard a progressé en 20 ans comme nul autre sport, mais peut-être est-il rendu à l’âge d’or ce sport-là et devrait-il stagner un p‘tit peu, juste pour la sécurité des athlètes!...


Crédit photo © www.ndjglobalnews.com

Partager cette publication