Hochelaga, terre des âmes : quand la fiction rencontre la réalité

Par Katrine Joncas

Lundi le 15 janvier dernier a eu lieu la première du film Hochelaga, terre des âmes à la Maison du Cinéma de Sherbrooke. Le Collectif était présent pour couvrir l’évènement et ainsi découvrir un film qui ne laissera aucun Montréalais indifférent.

Atmosphère temporelle

L’histoire débute au Stade Percival-Molson alors que deux équipes universitaires de football s’affrontent : les Redmen de McGill contre les Gaiters de Bishop. Jusque-là tout semble bien réel. Mais, au beau milieu de la partie, alors qu’un des joueurs était sur une lancée, le ballon en main, se frayant un chemin à travers tous les joueurs qui se posaient sur son chemin, un affaissement se crée au milieu du terrain, emportant ainsi le joueur au fond d’un gros trou.

À la suite de cet évènement, Baptiste Asigny, jeune archéologue d’origine mohawk, décide d’entamer des fouilles sur le sujet. C’est alors que le terrain devient un réel site archéologique, où le sol est déterré et analysé en profondeur afin de découvrir de nombreuses histoires bien cachées.

Le film est présenté à travers des voyages dans le passé et des retours au présent, laissant l’auditoire découvrir l’histoire de Montréal et les nombreux personnages qui y sont passés. Dans les moments qui occupent le présent, c’est Baptiste qui a la parole alors qu’il présente sa thèse, résumant ainsi les cinq dernières années de fouilles qu’il a effectuées sur le terrain. En présentant les objets clés qui ont servi de véritables preuves dans ses recherches, ses explications nous ramènent constamment dans le passé et nous dévoilent la découverte de Montréal. Tous les objets trouvés lors de sa fouille sont associés à une histoire qui est ensuite racontée par l’entremise de retours en arrière. Premièrement, la plaque de fonte retrouvée sur le terrain de football est associée à la vie d’un colon français que l’on voit s’amouracher d’une Iroquoise par qui il a été conquis, mais qui meurt péniblement d’une fièvre inguérissable. Suite à cette histoire, Baptiste développe sur les prochains objets déterrés, soient des armes. C’est alors qu’un retour en arrière nous capture pour nous raconter l’histoire de patriotes, alors en fuite des loyalistes, cachés chez une dame nommée Madame Walker, dévoilant ainsi la présence des Canadiens anglais. Finalement, la dernière découverte de Baptiste, soit un crucifix, s’avère être le dévoilement d’un élément crucial de l’histoire : la rencontre de Jacques Cartier avec les Iroquois qui vivaient alors dans Hochelaga. Cet épisode de l’histoire parvient réellement à illustrer le moment où Jacques Cartier a pris possession de la métropole en plantant majestueusement une croix sur le Mont-Royal et en énonçant haut et fort : « Je déclare ce lieu le Mont-Réal ». Ce dernier objet découvert empare l’archéologue et ses collègues d’un soulagement inespéré puisque c’est cette trouvaille bien précise qui confirme l’emplacement de Hochelaga, le village Iroquois. Sur l’élaboration de cette dernière découverte qui conclue alors l’histoire de Montréal, Baptiste termine son exposé, remercié par ceux qui l’écoutaient. Le film se termine de cette manière touchante, après avoir fait un hommage incroyable aux Premières Nations, sans qui aucun d’entre nous ne serait présent aujourd’hui.

La première mondiale du film a eu lieu à Montréal en septembre dernier dans le cadre du 375e anniversaire de la ville. Lors de la première à Sherbrooke, lundi dernier, Samian, l’acteur et rappeur qui interprète le personnage de Baptiste Asigny dans le film, était présent afin d’introduire le film aux gens présents dans la salle. La salle remplie était entre autres constituée de gens trop curieux pour attendre la sortie officielle du film. Aussi, des places étaient réservées pour quelques personnes qui assistaient à cet évènement en tant que média. Lors de son introduction, Samian s’est adressé au public en mentionnant qu’il avait déjà habité la ville de Sherbrooke, dévoilant du même coup le souvenir qu’il garde de la ville. À travers quelques blagues, il se présente et parle du film qui pour lui est une grande réussite. Il qualifie d’ailleurs le réalisateur, François Girard, de poète.

Clairement, le film arrive à dévoiler des vérités longuement demeurées secrètes quant à l’histoire de la ville de Montréal. La véracité des éléments historiques qui sont inclus dans le long métrage contribue à en faire une réussite. En fait, le mélange entre le réel amené par la présence de vrais faits historiques, et la fiction intégrée par l’emplacement de la fouille archéologique crée une recette parfaite pour mettre en lumière la réalité méconnue de l’histoire de la métropole. Les allers-retours entre le présent et la présentation des faits historiques sont bien calculés, ce qui permet aux spectateurs de bien comprendre l’évolution de l’histoire. Tous les éléments sont introduits de façon précise, et parviennent donc à créer un ordre chronologique entre les découvertes de l’archéologue, représentant le monde fictif, et les éléments historiques qui sont, quant à eux, tout à fait réels. Ceci est sans mentionner le visuel très crédible des passages historiques qui illustrent vraisemblablement l’histoire telle qu’on se rappelle l’avoir appris dans nos cours du secondaire. Bien des souvenirs surviennent à l’écoute de ce film, et beaucoup d’empathie peut aller vers les Premières Nations, qui sont les toutes premières à avoir découvert ce bout de pays.

Hochelaga, terres des âmes est définitivement un incontournable cet hiver. D’ailleurs, le lendemain de la première à Sherbrooke, le film se voyait recevoir huit nominations pour

les prix Écrans canadiens 2018, entre autres pour la meilleure direction artistique, ainsi que pour les images et la musique originale. De toute évidence, le film réussira à charmer les Québécois et parviendra du même coup à enseigner quelques vices cachés de l’histoire à travers ses images et ses éléments historiques qui en fascineront plus d’un. La sortie est prévue le vendredi 19 janvier 2018, et vous ne voulez pas manquer ça!


Crédit Photo @ Hochelaga, Terre des Âmes

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