Hubert Reeves dans La Terre vue du cœur : une mise en garde de la 6e extinction planétaire

Par Rachel Whalen

Le documentaire La Terre vue du cœur, réalisé par Iolande Cadrin-Rossignol est maintenant à l’affiche dans la plupart des cinémas québécois et sollicite la mobilisation citoyenne. Il s’agit d’un cri d’alerte, narré et imaginé par Hubert Reeves.  Ce film documentaire est alarmant, mais aussi porteur d’un espoir contagieux.

À Malicorne, dans un petit village de la Bourgogne-Franche-Comté en France, Hubert Reeves nous raconte comment la nature est précieuse et qu’elle a déjà été plus luxuriante, ici, sur son domaine, il y a trente ans. Astrophysicien et grand vulgarisateur scientifique, Reeves, se balade dans son immense jardin étant autrefois une ferme et explique que la vie est vieille de plus de 3 milliards d’années et qu’elle est maintenant menacée par une 6e extinction. Mais cette fois-ci, la menace n’est pas d’origine naturelle, c’est plutôt l’humanité qui domine, contrôle et manipule la nature qui la voue éminemment à sa perte. Ainsi, selon Reeves, les décisions de toutes mobilisations citoyennes ou diplomatiques seront primordiales, sans quoi l’économie ne pourra plus être exercée, celle-ci reposant sur l’exploitation viable de la nature…

De concert avec les affirmations d’autres biologistes, militants, philosophes, botanistes, géographes, permaculteurs et même cinéastes sous-marins, l’auteur énumère des catastrophes climatiques, environnementales, et raconte des déséquilibres dévastateurs des écosystèmes ainsi que de sanglantes histoires de maltraitance animale. La Terre vue du cœur est pour Hubert Reeves, un regard sur la Terre et ses richesses, mais surtout un regard conscient de l’interdépendance de tous les êtres vivants et que l’homme n’est que l’un d’eux. Le spectateur voyage dans les profondeurs de la mer, dans l’aride climat de l’Arctique, et dans de foisonnantes jungles. On y découvre la bioluminescence de certains spécimens aquatiques, les arbres géants et leur timidité (le respect de l’espace entre eux), mais aussi les émotions des animaux.

Les loups du parc national de Yellowstone

La catastrophe du parc national de Yellowstone nous rappelle une grave erreur de l’homme. À l’époque, on croyait que l’expulsion des loups du parc faciliterait la circulation des touristes, mais l’élimination complète de ces derniers a été la source d’un problème majeur : toute l’échelle de prédation a été bousculée. La population de wapitis s’est vu exploser, une famine a été entrainée par la rareté de leur nourriture, et ainsi de suite. Finalement, des loups ont dû être réintroduits dans le parc national de Yellowstone, certains d’entre eux provenaient du Canada.

Agriculture dévastatrice

L’élevage étant responsable de plus de 18 % des émissions de gaz à effet de serre, revoir le modèle agricole internationale redonnerait du souple à la nature et serait un énorme avancement dans la réduction de l’émission de gaz carboniques réchauffant notre atmosphère. Des animaux entassés, n’ayant aucun moment de bonheur, comme on le décrit dans le documentaire, ne sont qu’exploités. Les bêtes nourries au grain (diètes imposées par les hommes) sont naturellement portées à se nourrir de foins et de végétaux. Ainsi, au lieu de réserver de grands espaces agricoles pour générer assez de grains pour nourrir les bêtes, qui sont entassées dans un autre endroit, on pourrait les remettre en liberté dans un champ où nourriture, bêtes et liberté se retrouvent. Cela est sans parler du transport à l’international de l’utilisation de pesticides et fertilisants ravageurs. Par ailleurs, Reeves soulève que la quantité de viande consommée par personne en Occident est passée de 60 kilos en 1960 à 90 kilos aujourd’hui. Quelques statistiques comme celle-ci ponctuent le documentaire.

L’indifférence humaine

L’indifférence de l’homme à l’égard de la nature remonterait au passage de l’époque paléolithique à celle du néolithique. Longtemps, l’esprit des animaux et de la nature était vénéré, mais soudainement, l’homme se sédentarisant, finit par accorder plus d’importance aux divinités humaines réduisant peu à peu l’importance des pouvoirs de la nature. Puis l’homme, résidant de plus en plus en ville, finit par avoir des contacts de plus en plus rares avec la nature.

Responsabilité individuelle

Bref, même si la plus grande menace pour la nature est l’homme, c’est à lui que revient le pouvoir de renverser la situation et de redonner à la nature la possibilité de l’approvisionner de manière respectueuse et viable. Reeves termine en disant que le retour à l’équilibre entre homme et nature peut se concrétiser par de petits gestes ne serait-ce que l’installation de toits verts, de jardins communautaires, ou encore par la popularisation de l’utilisation des transports en commun. Il souhaite que la nature regagne en valeur affective plutôt que monétaire.

En terminant sur la mélodie de Plus rien des Cowboys Fringuant, ce film documentaire montre tout l’espoir que porte Hubert Reeves et sollicite l’importance de la mobilisation citoyenne parce qu’en fin de compte, la 6e extinction est l’inaction.


Crédit Photo @ irbv.umontreal.ca

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