Il Cavaliere de l’inde´pendance

P9 ledevoir.comLa candidature de Pierre Karl Pe´ladeau au Parti que´be´cois a totalement de´chaine´ les passions. Depuis trois semaines, il s’est a` peu pre`s tout dit a` son sujet. Plusieurs (y compris ceux qui l’invective`rent lors du lockout au JdM) ont applaudi son geste et ont clame´ haut et fort le retour de la coalition arc-en-ciel dans le camp souverainiste. A` l’oppose´, certains ont appele´ au boycottage des services offerts par Vide´otron.

Gianluca Campofredano

Bref, il ne reste qu’un nombre important d’e´lecteurs qui se posent la question le´gitime a` savoir si l’entre´e en sce`ne de PKP en politique active placera celui-ci en conflit d’inte´re^ts avec le ro^le qu’il occupe dans la proprie´te´ de Que´be´cor inc..

Qui dit vrai? Le questionnement des citoyens est-il pre´cipite´ ou bien fonde´? Puisque ce n’est pas tous les jours qu’un multimillionnaire se lance en politique, cette candidature ne´cessite une analyse en profondeur pour e^tre en mesure d’en faire une critique approprie´e.

Avant tout, il faut rappeler la valse a` mille temps de PKP sur sa (non) candidature au PQ. Le 26 fe´vrier dernier, a` quelques jours de son comingout a` l’ancienne gare de St- Je´rome, M. Pe´ladeau de´clarait encore devant la Chambre de commerce de Le´vis qu’il ne se pre´senterait pas aux prochaines e´lections (et la` on ne parle me^me pas de toutes les rumeurs de´menties au cours de 2013). Mais qu’est-ce qui causa un tel changement de cap? Est-ce les sondages en de´but d’anne´e favorisant la re´e´lection majoritaire de Marois ou bien est-ce la possibilite´ que son poste soit laisse´ vacant apre`s le 7 avril? Non, me diriez-vous, c’est pour l’amour de la nation (car la souverainete´ du Que´bec est un projet ambidextre).

Donc, c’est tel un Tommie Smith aux Jeux de Mexico en 1968 que PKP fit sa profession de foi le poing leve´. A` propos, il me semble que l’adjectif souverainiste soit utilise´ a` toutes les sauces peu importe la situation. Loin de moi l’intention de de´finir les crite`res pour e^tre un « vrai bleu ». Toutefois, je crois que de parler des avantages (aux niveaux e´conomiques, politiques, environnementaux, etc.) pour le Que´bec de devenir un pays est le strict minimum pour un candidat qui se dit inde´pendantiste. A` moins de me tromper, je n’ai pas encore entendu un seul argument en faveur de la souverainete´ sortir de la bouche de Pe´ladeau. A` l’inverse, PKP a donne´ 5 000 $ (entre 2005 et 2008) au PLQ et 3 000 $ (2007) a` l’ADQ. Que voulez-vous, il n’y a que les fous qui ne changent pas d’ide´e!

Apre`s avoir traite´ du co^te´ politique de la candidature de l’ex-mari de Mme Snyder, parlons maintenant de ce qui de´range beaucoup de citoyens. Pe´ladeau sera-t-il notre Berlusconi que´be´cois? Je ne l’espe`re pas et je crois que les probabilite´s sont tre`s faibles. Disons simplement que les visites de certains de nos politiciens a` Sagard font partie d’un registre un peu moins burlesque que les Bunga Bunga organise´s a` la villa d’Arcore. De plus, les dizaines de proce`s, gaffes internationales et de´clarations irrationnelles du Cavaliere font de ce dernier un personnage politiquement inimitable. Or, la question ici n’est pas de savoir si PKP pre´parera des parties fines a` Tremblant, mais de juger de l’e´thique de son entre´e dans l’are`ne politique.

Voici quelques faits que plusieurs personnes ignorent. Berlusconi de´tient la 6e fortune italienne, alors que la famille Pe´ladeau occupe le 14e rang que´be´cois a` ce chapitre. L’entreprise te´le´visuelle (Mediaset) de M. B re´colte 39 % des parts de marche´ alors que Groupe TVA s’accapare de 24,4 % de l’audimat (14,4 % pour la SRC). Ensuite, le groupe de presse du Cavaliere contro^le respectivement 31 % et 45 % du marche´ e´ditorial et journalistique, tandis que pour Groupe Livre Que´becor Me´dia et Sun Media, les parts sont de 18 % dans l’e´dition et 48,6 % pour ce qui est de la presse francophone (a` titre comparatif, les journaux francophones de Gesca re´coltent 38,6 % du marche´ au Que´bec). Pour finir en beaute´, Berlusconi est proprie´taire de « l’A.C. Milan » (club italien de football professionnel) alors qu’il ne manque que l’accord de la LNH pour que PKP fasse l’acquisition d’une e´quipe qui sera locataire du futur amphithe´a^tre de Que´bec, dont la gestion sera exerce´e par « Que´becor Me´dia » pendant 25 ans.

Donc, dans la mesure ou` nul ne semble contester la puissance du personnage, quelle solution pre´coniser? La fiducie sans droit de regard, la vente d’actions ou son absence du conseil des ministres? Selon moi, la meilleure solution est que monsieur Pe´ladeau s’e´loigne le plus loin possible de l’appareil public.

Si c’eu^t e´te´ Desmarais a` la place de PKP, quelle aurait e´te´ la re´action de ses partisans? Il faut croire que ce qui est bon pour pitou n’est pas bon pour minou.

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