Par Annabelle Héroux 

L’itinérance a doublé à Montréal, passant de 3000 à 6000itinérants depuis le début de la pandémie. Après l’adoption de la mesure du couvre-feu, le premier ministre François Legault avait refusé de faire exception pour les personnes sans domicile sous prétexte que n’importe qui pourrait se proclamer itinérant 

Selon le gouvernement, cette exemption aurait compliqué l’application de la mesure sanitaire. C’est alors que le Réseau solidarité itinérance Québec (RSIQ) a réuni trois partis doppositionet ainsi uni leurs forces afin de remédier à cette injustice. Quatre réseaux et regroupements québécois rejoints par les porte-parole de l’opposition en matière d’itinérance, de pauvreté et de services sociaux conjuraient à François Legault dentendre raison.  

Événement tragique 

Bien que ce soit évident qu’il y avait un problème majeur, Paule Robitaille, députée de Bourassa-Sauvé près de Montréal, avait cité le décès tragique d’un itinérant autochtone, Raphaël André, qui a perdu la vie dans une toilette chimique, et ce, à deux pas d’un refuge fermé. Elle demandait au premier ministre d’admettre lepoignantes répercussions sur cette communauté de cette nouvelle contrainte.  

Le fait qu’il y avait une exception prévue pour les propriétaires de chiens, mais qu’il n’y en avait guère pour les personnes en situation d’itinérance était complètement grotesque. Le refus du gouvernement démontrait clairement une ignorance menaçante de la réalité de gens sans domicile fixe.  

Ces personnes ayant déjà des difficultés accablantes, à l’évidence qu’ils se sont retrouvés dans la ruen’avaient pas forcément la possibilité de se trouver une place dans un refuge après 20h. Le fait de ne pas avoir voulu accorder à cette population la possibilité d’errer dans les rues après le couvre-feu représentait sans aucun doute une menace à leur sécurité et à leur santé.  

Risque de surdoses 

D’ailleurs, une autre problématique de cette nouvelle mesure sanitaire faisait surface : les itinérants n’ayant plus accès à des sites d’injections supervisés après 20h, cela encourageait certaines personnes à procéder à des injections de drogue seules et les risques de surdoses étaient alarmants.  

De surcroît, plusieurs études ont démontré un accroissement des surdoses depuis le début de la pandémie au Québec. Une pétition lancée par le Parti québécois (PQ) sollicitant que les sans-abris soient exemptés du couvre-feu avait déjà atteint 20000signatures.  

Avis de Valérie Plante  

Lors d’un point de presse, M. Legault a déclaré qu’il «trouvait malheureux de voir certaines personnes vouloir nous diviser, essayer de dire qu’il y a des bons et des méchants, qu’il y en a qui aiment les itinérants et d’autres qui ne les aiment pas». Il affirmait d’ailleurs que «les policiers ne s’amusent pas à donner des contraventions aux itinérants. Leur objectif, cest de les amener au chaud.»  

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a réagi, quant à elle, en faveur de l’exemption des personnes sans domicile fixe. «Je ne sais pas si je dois me sentir visée par la déclaration du premier ministre, mais je peux dire qu’on ne veut pas diviser personne. On connaît bien la situation en ville, et la détresse, on la voit dans les refuges. Il y a des soirs où des lits sont disponibles, d’autres soirs, non. Ce n’est pas de vouloir diviser, c’est de devoir faire preuve d’humanité».  

Valérie Plante a par ailleurs confirmé que les refuges, les haltes-chaleur et les hôtels réquisitionnés pour desservir les itinérants de la métropole ont atteint «100% de leur capacité.» Malgré les appels répétés des oppositions à Québec et de MmePlante, le gouvernement refusait toujours d’exempter les dépourvus de logis du couvre-feu. 

Petite victoire 

Finalement, c’est par le déploiement de beaucoup d’efforts et des tribunaux que l’on a réussi à faire entendre raison à M.Legault en date du 26janvier 2021Effectivement, les sans-abris pourront rester dehors après 20h sans craindre dêtre mis à lamende par la police. C’est dans une ordonnance de sauvegarde rendue mardi dernier que la juge de la Cour supérieure du Québec, Chantal Masse, suspend lapplication de larticle29 du décret numéro2-2021 quant aux personnes en situation ditinérance. La Clinique juridique itinérante, qui a déposé la demande en contrôle judiciaire, sest réjouie de la décision de la juge Masse.


Crédit photo @ Robert Skinner

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