J’aurais voulu être une artiste… Rencontre avec Chloé Sabourin

Par Gabrielle Beaudry

Il y a de ces gens qu’on croise par hasard et qui nous impressionnent, nous touchent, nous marquent par leur candeur et leur sensibilité. Des gens terriblement talentueux, qui le savent, mais pas trop. On est chanceux lorsqu’on croise leur route à ce moment-là. Ce moment où ils savent qu’ils sont et seront toujours artistes, mais que la vie ne les a pas encore rattrapés. Claude Dubois racontait dans l’une de ses chansons la vie d’un businessman qui avait troqué ses ambitions artistiques pour un complet et une valise. Rencontre avec une jeune femme qui n’a pas perdu le sens de l’humour depuis qu’elle a le sens des affaires. 

Je donne rendez-vous à Chloé à la brûlerie du centro. Vêtue d’une blouse blanche et de jeans troués, elle engage la conversation sans même s’être encore assise. Le malaise de la première rencontre s’estompe en une demi-seconde. Ses cheveux sont savamment dépeignés à l’image de sa simplicité désarmante. Une entrevue de dix questions s’étire en une conversation de trois heures, au grand dam de mon copain qui fait les aller-retour pour remettre de l’argent dans le parcomètre.

« J’ai mon bureau en haut d’une tour »

Tout fraîchement sortie du programme Arts, lettres et communication du Collège Jean-de-Brébeuf, Chloé s’inscrit en architecture à l’Université de Montréal. Elle n’y restera que quelques jours : « J’ai réalisé que je n’aimais vraiment pas ça, que c’était trop technique, que ça relevait davantage du métier d’ingénieur que celui d’artiste. » Elle décide de se réorienter, deux jours après avoir entamé la session. Elle affirme ne pas trop savoir ce qui l’a poussée vers le droit, or elle sait depuis longtemps quel type de carrière elle aimerait entreprendre plus tard. « J’ai un côté plus intellectuel et un autre plus artistique, puis un de mes rêves a toujours été de posséder et de gérer une galerie d’art. » C’est en parlant avec ses parents, éternels complices, qu’elle détermine que le droit lui permettrait de développer les capacités nécessaires à la gestion d’une telle entreprise.

« J’aurais voulu être un artiste, pour avoir le monde à refaire »

C’est au cégep que Chloé s’est découvert une passion pour la peinture. « Là où j’ai eu la piqûre, c’est en Arts et lettres. Avant, je faisais un peu de céramique avec ma mère, parce qu’elle adore ça, je faisais aussi un peu de peinture, mais c’était plus pour des bricolages, si on veut. Puis, je suis arrivée et c’est vraiment mes professeurs qui m’ont un peu montré comment faire et qui m’ont dit que j’avais du talent et que je devrais le poursuivre. Dans ma tête, c’était un peu abstrait. Vu que ce n’était pas quelque chose d’académique, que c’était plus subjectif, j’avais de la difficulté à évaluer la valeur de ce que je créais. » Elle n’a que des bons mots pour ses professeurs, qui lui ont révélé son talent et qui l’encouragent, encore à ce jour, dans ses démarches artistiques.

C’est grâce à un projet de fin de DEC qu’elle est tombée amoureuse des grands formats et des portraits. « C’est la première fois que je faisais une peinture aussi grande. On devait peindre… je ne me souviens plus exactement le but du projet [rires]. Ce qui est vraiment drôle, c’est qu’au début, je dessinais mal les visages, mais j’ai appris à aimer comprendre comment mieux les dessiner avec des expressions différentes qui reflètent mes émotions du moment! » C’est par amour de cette technique, des ombres et lumières qu’elle procure au visage, que Chloé a fait de ce type d’œuvres son dada.

Lorsqu’elle parle de son processus créatif, Chloé s’emporte, laissant transparaître son côté rêveur : « Quand tu peins, tu ne penses à rien. Ça consiste littéralement en l’acte de mélanger des couleurs et de les appliquer sur une toile, c’est simple, mais c’est pourtant si libérateur. Ça me permet d’être dans ma bulle, d’écouter ma musique... C’est fou! Des fois, j’en parle et je me dis que les gens doivent penser que je suis folle. » Au contraire de Chloé, je dirais que ce n’est pas la folie, mais bien de la passion pure. La folie serait de ne pas se laisser émouvoir devant cette passion.

« Quand l’avion se pose sur la piste à Rotterdam ou à Rio »

Elle a grandi à New York, en faisant une escale à Montréal et Sherbrooke pour ses études. Une fois son barreau complété ce printemps, elle se concentrera sur son art pendant l’été avant de s’envoler pour Paris. La Ville lumière l’accueillera à bras ouvert pendant deux ans puisqu’elle poursuivra une maîtrise en gestion du marché de l’art (MBA). Ces multiples déménagements pourraient étourdir certaines personnes, mais Chloé n’est pas l’une d’elles. « Je l’ai tellement fait avec mes parents, puisqu’on a déménagé de pays en pays très souvent à cause de leur travail. Ça fait partie de moi depuis que je suis toute petite donc ça ne me stresse pas d’aller tout simplement où la vie me mène. »

Puis, après Paris? « Après Paris, je vais vraiment me lancer corps et âme dans ma carrière. Je vais me diriger vers la meilleure opportunité qui s’offre à moi, peu importe où elle sesitue. » Elle me confesse toutefois, entre deux rires, qu’un certain quelqu’un lâcherait un petit « aille » candide en l’entendant dire cela. Comme quoi, même si elle partira vers des contrées lointaines l’an prochain, tout porte à croire que son cœur restera bien au chaud quelque part ici. C’est en ce sens qu’elle est attachante. Elle ne cache pas qu’il y a des choses qu’elle devra mettre en suspens, malgré elle, mais elle est en paix avec sa décision de poursuivre sa passion à l’étranger. Comme quoi cette artiste courageuse fera un jour une femme d’affaires à la fois sensible et redoutable, à mon humble avis.

« J’aurais voulu être un artiste pour pouvoir dire pourquoi j’existe »

Ces gens qu’on croise par hasard et qui nous impressionnent, nous touchent, nous marquent par leur candeur et leur sensibilité. Ces gens terriblement talentueux, qui le savent, mais pas trop, dont on est chanceux de croiser la route à ce moment-là. Il y en a pour qui la vie change. Qui perdent le sens de l’humour au profit du sens des affaires. Mais pas Chloé. J’aime bien croire que les Chloé sont des étoiles filantes. Partout où la vie les mène, elles sont, pour les gens qu’elles rencontrent, un petit moment de lueur dans ce monde effréné. Elles ne font que passer, mais pendant un instant, un tout petit instant, elles nous font rêver.

Chloé Sabourin
Artiste peintre et future avocate
Site Web: https://www.sabourinchloe.com/about/
Instagram: https://www.instagram.com/chloe.sabourin/
Facebook: https://www.facebook.com/chloesabourinartist


Crédit photo © Chloé Sabourin

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