Par Hanna Krabchi

Je la trouve drôle notre mémoire collective au Québec. C’est peut-être le fait que je la vois comme un concept fourre-tout, qui me fait un peu rigoler. Le fait qu’on l’utilise trop souvent comme bon nous semble et surtout, comme bon en semble à nos politiques. Son caractère fabriqué, qui s’adapte à tout contexte. Ou peut-être que ce qui m’amuse, c’est le fait que nous ayons tellement vécu notre devise au singulier qu’on oublie des fois de quoi on doit se souvenir ensemble.

Loin de moi l’idée de faire une critique scientifique de l’évolution de notre mémoire collective québécoise. Je n’en ai pas les outils, et surtout moins le temps (#VieÉtudiante). Mais, je trouve primordial que l’on ait une réflexion sur certains aspects de celle-ci. Comme le définit l’historien Denis Peschanski dans le Journal CNRS, le concept de mémoire collective, c’est essentiellement les événements et les représentations sociales du passé qu’une société perçoit comme structurant la construction de son identité collective. Trois termes sont à retenir selon moi : représentations sociales du passé, construction et identité.

Ces termes ont leur importance, car dans leur histoire, les Québécoises et Québécois se sont servis de la commémoration comme moyen d’affirmation de leur individualité, voire d’existence dans l’espace nord-américain majoritairement anglophone. On l’utilisait par fierté et pour revendiquer une identité à part entière. Seulement, cette instrumentalisation de la mémoire, qui fut nécessaire à certains moments, est forcément biaisée et limitée. Comprenez-moi bien, c’est l’essence même de la mémoire collective que de ne pas être un recensement de tous les faits historiques d’un groupe social, bien au contraire.

Mais les « laissés pour compte » de cette mémoire ne sont pas idiots. Et elles et ils se font de plus en plus entendre. Dans un contexte social moderne trouble, notamment avec les constants débats sur l’identité nationale, les valeurs québécoises et l’interculturalisme, multiculturalisme et autres termes du genre, nous ne pourrons plus nous cacher longtemps derrière cette vision d’un Québec blanc d’antan, si beau et folklorique dans sa colonisation et sa ségrégation.

Devoir se souvenir du louable, certes pour l’espoir et l’estime, mais aussi du blâmable, pour apprentissage et réforme. Car la construction de notre mémoire collective ne se sera pas faite sans inégalités. Sans l’oubli encore frappant des femmes, des minorités culturelles et surtout des autochtones dans notre représentation mémorielle. Elle ne se sera pas construite sans se perdre par moment, dans la marchandisation de celle-ci et dans la futilité des débats que d’autres lui ont infligés. Elle ne se sera pas construite sans ce que je considère des erreurs, mais qu’heureusement nous pouvons réparer.

Mais bon. Dans ce court texte de réflexion, je n’aurais finalement pas dit grand-chose ni répondu aux questionnements que je propose; j’aurais même perdu cette phrase pour vous le faire remarquer. Mais ce n’était de toute manière pas mon objectif. J’ai plutôt essayé, à coup d’environ vingt modestes phrases, de pousser la porte de la réflexion quelque peu. Parce que pour notre génération, le présent est déjà passé. Il est donc temps de se demander ce qu’on veut donner au souvenir.


Crédit photo © Wikipedia

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