Les jeux de hasard et d’argent : une passion saine ou une obsession?

Par Dorian Paterne Mouketou

Grand nombre de chercheurs font état des répercussions que peuvent avoir les jeux de hasard et d’argent (JHA) sur la population générale. Que ce soit aux jeux de poker ou de loteries, les joueurs peuvent développer une obsession pouvant être malsaine. Les étudiants, eux, ne sont pas épargnés. Ils seraient même plus à risque.

Mettre les choses en perspective d’abord

Il y a à peine une semaine, l’Université de Sherbrooke publiait un texte de Sophie Payeur du Département de physique. L’article portait sur l’obsession pouvant être causée par les jeux de poker. Le poker est le troisième JHA auquel s’adonnent 5 % des Québécois. Cet article a été inspiré par l’étude de la psychologue et candidate au doctorat en sciences de la santé et chercheuse à la Chaire de recherche sur la toxicomanie de l’Université de Sherbrooke, Mme Adèle Morvannou. La thèse de doctorat que Mme Morvannou soutiendra le mois prochain porte sur « la passion qui anime, parfois à leurs dépens, les mordus du poker ». Questionnée par Le Collectif sur les effets des JHA, la chercheuse à préciser : « Il faut savoir que ce n'est qu'une minorité des joueurs de JHA qui rencontrent des problèmes de jeu (entre 1 et 3 % selon les études). Pour la majorité, les JHA restent une activité de divertissement qui leur apporte bien-être, détente, socialisation, plaisir, excitation... »

Les étudiants universitaires : les plus vulnérables

« Parmi les individus touchés se trouvent justement les étudiants universitaires. Ils sont reconnus pour être plus à risque de développer des problèmes que les joueurs de la population générale », souligne Mme Morvannou. Une étude récente réalisée auprès de 2000 étudiants de premier cycle d’universités québécoises par la Pre Sylvia Kairouz de l’Université Concordia peint un portrait qui confirme les propos de Mme Morvannou. Selon cette étude, « l’achat de billets de loterie et les paris de poker figurent parmi les activités de jeu les plus populaires chez les étudiants universitaires ». Comme chez la population générale, une partie des étudiants court des risques liés aux jeux. « On estime que près de 4,7 % des étudiants identifiés comme joueurs au cours de la dernière année présentent un risque modéré de connaitre des problèmes de jeu ou de développer des problèmes reliés au jeu », énonce le projet de recherche de la Pre Kairouz.

Une minorité de joueurs touchés, mais de lourdes conséquences

Si les proportions annoncées par les spécialistes sont faibles, les répercussions que peuvent avoir les JHA sont toutefois graves. « Pour ceux qui vivent des conséquences négatives, l'impact sur la vie du joueur peut être sérieux aux niveaux économique (endettement, faillite personnelle, etc.), familial (conséquences des mensonges, manipulation, vols, etc.) et de la santé (insomnie, dépression, anxiété, crise suicidaire, maux de dos, etc.) », a expliqué la chercheuse en toxicomanie, Mme Morvannou. Elle soutient que les conséquences ne concernent pas que le joueur, mais également sa famille, ses amis, ses collègues et même son employeur. Toujours selon elle, les joueurs peuvent développer d'autres problèmes que le jeu, notamment la consommation excessive d'alcool ou encore la détresse psychologique.

Outils disponibles pour les étudiants

Trouver une bonne solution nécessite de cibler la provenance du problème. De ce fait, dans quels aspects des JHA les étudiants sont-ils les plus vulnérables? « Un autre point important à avoir en tête est que les dépenses de jeu les plus élevées chez les étudiants se font sur Internet, particulièrement au poker », stipule Mme Morvannou. Internet représente le plus problématique des facteurs de dépendance ou d’obsession. Que faut-il faire? La doctorante avance que « des outils de prévention devraient être créés afin de leur permettre de se rendre mieux compte du temps passé sur les JHA et de l'argent dépensé sur Internet, ou encore limiter l'accès aux sites de poker en ligne pour cette population. Une campagne éducative sur les JHA ciblant les jeunes pourrait aussi être lancée. » Les recommandations de la Pre Kairouz vont dans le même sens : « Il est important que les messages préventifs mettent de l’avant le risque accru des problèmes associés au jeu solitaire et aux paris sur des JHA effectués sur Internet. »


Crédit Photo ©  Les jeux d'argent et de hasard

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