Les Jeux olympiques ont-ils encore une raison d’être?

Par Mélanie St-Pierre

En ce février olympique, l’heure est au soutien pour nos athlètes canadiens, à l’espoir de médailles et de festivités pour le Canada. L’heure est également aux sorties publiques de nombreux acteurs du milieu sportif qui profitent du moment pour critiquer cet événement. Parmi eux, l’athlète Jean-Luc Brassard, médaillé d’or en ski acrobatique (bosses) aux Jeux olympiques de Lillehammer, en 1994. Celui qui a participé à quatre JO, en a long à dire contre ceux-ci. À la suite de ces nombreuses critiques, Le Collectif est allé discuter avec l’athlète olympique de bobsleigh et entraîneur de plusieurs athlètes de l’équipe canadienne de bobsleigh et de cyclisme sur piste, Yannik Morin, afin de connaître son opinion sur le sujet.

Les critiques de Jean-Luc Brassard

Jean-Luc Brassard ne croit plus au rêve olympique. Celui qui a refusé d’être chef de mission aux derniers Jeux de Rio reproche au Comité international olympique (CIO) d’utiliser la vulnérabilité des athlètes, qui représentent selon lui une main-d’œuvre bon marché, afin d’engranger ses coffres grâce, entre autres, aux droits de diffusion. Lors d’une entrevue accordée à Benoît Dutrizac dans le cadre de l’émission Les Francs-Tireurs, présentée à Télé-Québec, M. Brassard rappelle que le CIO est avant tout un organisme à but lucratif, ce que la population a tendance à oublier. Comme il le mentionne : « quand le comité olympique finit par octroyer le droit de présentation des JO à une ville, le comité ne met pas une cenne là-dedans, la construction des stades, c’est tous les citoyens et les citoyennes de cette ville-là qui les payent et tous les revenus vont au Comité olympique. »

En ce qui a trait au financement du sport, Jean-Luc Brassard ajoute, dans une entrevue accordée à Mario Langlois sur la chaîne 98,5 FM, que « notre gouvernement devrait arrêter de fonder ses principes de financement sur une entreprise privée ». Il explique que le financement du sport amateur au Canada découle d’un organisme qui s’appelle À nous le podium, qui base uniquement ses critères de financement sur les résultats olympiques. De ce fait, « notre propre financement est basé sur un seul événement! Une compétition dans laquelle, lorsqu’on regarde à rebours, on apprend qu’au cours des 30 dernières années, tout le monde était dopé ». À son avis, À nous le podium devrait plutôt se « baser sur le cumulatif de la saison et les résultats de coupes du monde. C’est beaucoup plus difficile d’être dopé pour six mois de compétitions que pour simplement un one shot deal comme les Jeux olympiques ».

La vision d’un coach olympien

Si l’on s’en tient aux opinions de Jean-Luc Brassard, il y a peu de raisons de célébrer la tenue des Jeux olympiques à PyeongChang. Afin de voir si la grogne de M. Brassard est partagée par d’autres acteurs du milieu sportif, Le Collectif a rencontré l’athlète olympique Yannik Morin. Propriétaire du Centre d’entraînement La Taule de Waterloo, il a participé aux JO de Salt Lake City en 2002 en bobsleigh et a aussi été membre de l’équipe canadienne de cyclisme sur piste. Il entraîne présentement plusieurs espoirs canadiens et il a accepté de nous donner son opinion sur les JO.

À l’instar de M. Brassard, certains aspects des JO l’irritent, telle l’association avec des commanditaires étant des entreprises de malbouffe, ce qu’il qualifie d’hypocrite de la part du CIO, ou de la « guerre de médailles » à laquelle se livrent les différents pays. Selon lui, le grand nombre de médailles obtenues par un pays ne fait que démontrer « que tu as supporté énormément un groupe d’individus », ça ne veut pas dire que l’ensemble du pays est bon. Comme il le note, « afin de comparer les pays entre eux, il faudrait évaluer tous les niveaux de la pyramide [sportive] ».

Le financement des athlètes

Concernant le programme de financement À nous le podium, Yannik Morin précise qu’il consiste en un financement pour le potentiel de médailles. « Ils se basent sur les résultats précédents pour essayer d’évaluer le potentiel de médailles. Les organisations nationales de sports reçoivent par la suite un montant en fonction du nombre potentiel de médailles. » Il ajoute que ce programme prône « une valeur qui ne nous ressemble pas du tout. Pour faire une analogie, c’est comme si une famille de trois ou quatre enfants, dont un enfant aurait du talent athlétique, prendrait son portefeuille d’activités familiales et le dirigerait exclusivement sur lui et que les autres n’auraient rien. Comme pays, c’est exactement ce qu’on fait présentement. Je trouve ça horrible ». Il ajoute que le problème, c’est que « ça nourrit le top de la pyramide et ça ne donne rien en bas pour la relève ».

L’avenir des JO

Nous avons finalement demandé à Yannik Morin quel est, à son avis, l’avenir des JO. Selon lui, « il va falloir qu’il y ait de nouvelles valeurs internationales, entre autres, en lien avec l’environnement, mais également des plafonds tant pour les salaires que les droits de diffusion. Que les JO ne soient plus une raison de faire de l’argent. Il faudrait que ce soit sans but lucratif ». De plus, il ajoute « qu’il faut que ça soit plus axé sur la rencontre entre les pays ». Il nous explique que le CIO essaie déjà de le faire, notamment avec les Jeux olympiques de la jeunesse où il n’y a aucun cumulatif de médailles, mais que c’est contradictoire avec les JO qui ont lieu présentement.

Au final, le désir du milieu semble être un retour à l’essence des JO, où l’accent serait mis sur les relations entre les pays, afin que les JO soient une fête du sport et non des commanditaires.


Crédit Photo @ Sarah Gobeil

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