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OPINION/             Le 29août dernier se tenait une manifestation pour le «définancement» du service policier, en direct de la place du Canada à Montréal. Le motif : prendre une partie de l’argent financé pour la sécurité et la transférer pour aider et lutter contre la discrimination. Par surprise et sans préméditation, certains manifestants ont décidé de mettre l’antifrancophone sur le plancher. À bas le roi, le roi est mort, Macdonald fut déboulonné au nom du racisme. Le 29août dernier, le père de la confédération de notre Ô Canada a perdu la bouleRaciste envers les communautés oui, mais John A. Macdonald était aussi un anti-francophone, de sorte que Louis Riel n’a pas eu de passe-droit, il ne faut pas l’oublier. N’oublions pas surtout que nous aussi avons fait face au colonialisme et au racisme pour notre langue : Speak White! 

Par Simon RD 

 

John A. Macdonald et les Canadiens français 

John A. Macdonald fut l’un des Pères de la Confédération canadienne. Il est arrivé en politique au moment où celle-ci démontrait une instabilité indéniable au pays «des montagnes Rocheuses». Il a d’ailleurs été un des grands acteurs de projets d’envergure pour le développement du plus beau pays du monde. On peut notamment penser au chemin de fer transcontinental du Canada… le fameux chemin de fer. On dira ce qu’on voudra, l’histoire veut que Sir Macdonald, durant environ ses 20premières années de carrière en politique, aimât tout de même les Québécois canadiensfrançais. Ce n’était pas l’amour fou, mais Macdonald aimait beaucoup avoir, d’un côté, l’admiration du monde anglophone, et de l’autre, celui de monde francophone. On parle d’une tactique très «politique», force est de l’admettre.  

De plus, Macdonald, le 1er premier ministre du Canada, qui était conservateur soit dit en passant, rejoignait beaucoup la classe religieuse du Québec jadis. De surcroît, l’homme politique aimait le caractère très religieux de la société québécoise à l’époque. Alors, pourquoi le peuple québécois entretient-il aujourd’hui une haine envers ce cher et honorable John A. Macdonald? Serait-ce pour cette phrase gravée à jamais dans l’esprit des Québécoises et Québécoistout juste avant la mort de Louis Riel, soit «Louis Riel sera pendu même si tous ces chiens du Québec aboient en sa faveur»? Comment cette relation s’est-elle effritée entre John A. Macdonald et la plèbe du Québec? 

Le chat sort toujours du sac 

Louis Riel était une personne très éduquée. Dû à son talent à l’école et à son soyeux parler français, l’homme métis a fait des études à Montréal. Originaire du Manitoba, il était l’un des défenseurs de la culture métisse partout au Canada. D’ailleurs, francophones québécois et communautés métisses entretenaient une relation très proche et amicale. Probablement grâce au temps des coureurs des bois et au lien linguistique, bien sûr! Or, après une violente bataille sanglante contre l’ordre, qu’on appellera la rébellion du Nord-Ouest, le Père du Manitoba a été accusé de trahison envers le Canada et obtenu la peine de mort par pendaison. 

Déjà à ce moment, on sait très bien que le Canada anglais procède à des tactiques d’assimilation des francophones. Les habitants de la belle province voient en la peine de mort de Louis Riel une haine des Canadiens anglais et de John A. Macdonald envers les francophones. À ce moment, John A. Macdonald est vu comme le bourreau des francophones. Louis Riel sera exécuté en novembre 1885. 

La statue est-elle tombée au mauvais moment? 

Avons-nous gaspillé ce moment qui aurait pu être historique? Certes, il y a eu la loi sur les Chinois, l’instauration d’orphelinats pour les Autochtones, événements tragiques et dont on ne peut faire abstraction, mais John A. Macdonald est devenu le bourreau des Canadiens français. Dans les fantasmes les moins exagéréson aurait pu voir cette statue tomber le jour de la Saint-JeanBaptiste, la fête des Patriotes ou encore même le jour de l’indépendance du Québec. Les fantasmes peuvent aller aussi loin et être aussi irréalistes et fantasmagoriques!  

Sans blague, soyons indulgents envers nous, qui avons aussi été victimes du colonialisme anglais, du racisme et des tentatives délibérées d’assimilation. Peut-être et sûrement l’avons-nous eu plus facile que beaucoup de peuples qui ont subi le colonialisme et le néocolonialisme, et qui le subissent encore aujourd’hui. 

Aujourd’hui, une bonne partie des gens aime et/ou aimerait qu’on puisse vivre dans un monde d’amour et de partage entre toutes les communautés et, surtout, entre communautés discriminées. Nous savons de toute façon la douleur de la discrimination, car nos ancêtres l’ont vécue et nous la vivons sans même le savoir encore aujourd’huiToutefois, le 29août, nous avons décidé de déboulonner une figure colonialiste au nom d’autres communautéssans même le faire pour nous vraiment. Nous pouvons dire que nous avons quelque chose de bien et de défenseur en nousLes colonisés à la rescousse des colonisés. Surtout, après réflexion, force est de constater que l’histoire appartient à tous.  

Des politiciens très politiques 

 Justin Trudeau, le parti conservateur, François Legault, et même Jean-François Lisée ont été choqués par le déboulonnement de ce morceau de bronze. C’est le monde à l’envers. Bon pour les conservateurs, ce n’est pas surprenant, mais François Legault et même Jean-François Lisée, ça, c’est le boute du boute. 

D’accord, on peut comprendre l’importance historique, mais quelle humiliation envers la nation québécoise d’avoir cette figure toxique dans une grande place en plein Montréal. L’endroit où l’ouvrier canadienfrançais se battait pour sa langue depuis des centaines d’années. Une statue comme celle-là va dans un musée et non sur un piédestal. C’est tellement vulgaire. Allez, peuple québécois, admire le colonialiste anglais, admire l’assimilation, admire le racisme anti-francophone. Je t’aime Canada «le plus meilleur pays du monde» (merci, Bob, merci, Falardeau). 

On entendait des ministres fédéraux dire que sans Macdonald, il n’y aurait pas eu de Canada. D’une perspective très blanche Rest of Canada, c’est un drame, voire une histoire d’horreur que d’imaginer un monde sans Canada, voire Kanata. Toutefois, d’une perspective autochtone, un peuple ayant vécu un génocide culturel et humain, cela doit être presque un souhait, une larme de plus.  

Alors, les ministres semblent avoir encore fait du capital de sympathie dans le but de plaire à tous. Ironiquement, c’est la même stratégie que John A. Macdonald utilisait auprès des anglophones et des francophones. Sauf erreur, un jour, cette stratégie pourra jouer contre nous, car la nature ressort toujours et le fabuleux et très aimé Macdonald l’a appris à ses dépens. 

Enfin, l’idée ici n’était pas de minimiser l’impact que subissent les groupes discriminés et racisés, mais plutôt d’illustrer la relation qu’avait Macdonald envers les francophones et de démontrer que les Québécois aussi ont subi pendant longtemps les coups durs du colonialisme anglo-britannique. Ce déboulonnement était non seulement contre le colonialisme, mais aussi au nom de la liberté des peuples, pour la paix et le vivreensemble.    

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