Le 27 mars dernier, Netflix mettait en ligne, sur sa plateforme numérique, Jusqu’au déclin, un drame réalisé par Patrice Laliberté, mettant en scène des talents du cinéma québécois. Un groupe de sept personnes sont réunies dans une base conçue pour l’autosuffisance construite par Alain, joué par Réal Bossé, afin d’apprendre les rouages du mode de vie des survivalistes. 

Par Simon RD

Sérieusement, quel timing ! En cette période de pandémie et de confinement, la date de sortie ne pouvait pas mieux tomber : un film sur le survivalisme, non, mais bien joué ! Le synopsis du film n’est pas très compliqué : un groupe de personnes apprenties survivalistes, qui suivent depuis longtemps les vidéos du vétéran Alain sur internet, vont passer un week-end dans son campement afin d’apprendre les techniques de survie et d’autosuffisance. Il faut le dire, « méchante fin de semaine », qui se finit dans le sang et dans les coups de feu, à l’image d’une superproduction américaine. Pour être honnête, le film est très bien réalisé et le budget est là : le cinéma québécois s’habille en cinéma américain pendant une heure et vingt environ.

 

Prises de vue imprenables

Les prises de vue et la qualité des images sont assez surprenantes. Durant une première écoute, on se laisse facilement emporter par la qualité de la production. En même temps, on reconnaît un style québécois dans la façon de filmer les visages expressifs des personnages et aussi les silences bien orchestrés durant quelques séquences. Rendons à César ce qui appartient à César, l’aspect technique du film est bien réalisé.

 

Marc Beaupré

Aussitôt qu’on voit Marc Beaupré, on sait que c’est lui qui va jouer le rôle du psychopathe. Pourquoi ? Parce que c’est pratiquement toujours lui qui joue ce rôle ! Il le fait bien et c’est très bien comme ça (sauf si cela fait partie de l’intrigue). Toutefois, force est d’admettre que Marc Beaupré est un acteur parfait pour ce rôle et qu’il l’a joué avec brio. De surcroît, Netflix est une plateforme internationale, donc un spectateur étranger va assurément adorer sa performance et ce n’est pas aussi ça le but, faire briller le cinéma québécois à l’international par l’intermédiaire de Netflix ? On s’en reparlera !

 

Morale de l’histoire

Le fond de l’histoire porte à la réflexion, quant à la pensée survivaliste entre autres. Au début de l’histoire et à travers les discours, tous ont l’air à l’aise avec l’idée d’être armé, personne n’est fou et tout le monde semble avoir « le contrôle ». Les survivalistes, dans le film, ont une vision réaliste et humaine du monde. En revanche, d’une minute à l’autre et au moindre incident, tout bascule lorsque François, joué par Marc-André Grondin, se fait accidentellement pulvériser par des explosifs ! Alain ne veut pas que les ambulanciers et les policiers viennent et découvrent son terrain et ses armements : la fin de semaine finit considérablement dans le carnage. Alors, le secret quant à l’emplacement du camp devient plus important que l’être humain. Pensez-y ! Alain se protège contre le monde matérialiste que génère le capitalisme, mais accorde finalement plus d’importance à son matériel qu’à l’être humain. Enfin, on porte aussi un regard critique quant aux armes à feu et à la fragilité émotive de l’être humain, mais ces points sont tellement évidents qu’ils vous sauteront aux yeux.

 

Allo, la souveraineté culturelle !

Le film Jusqu’au déclin est un film satisfaisant. Toutefois, Netflix a-t-il produit un film pour le bien de la souveraineté culturelle québécoise ? J’ai juste un petit malaise, juste un petit. D’un côté, c’est une superproduction réalisée au Québec, avec des acteurs québécois et un réalisateur québécois : c’est un bon début, il faut bien commencer quelque part. C’est agréable, il y a l’hiver, les montagnes, les skidoos, Alain. Mais est-ce que le film a vraiment mis de l’avant la culture cinématographique québécoise, ou l’équipe a-t-elle juste produit un style de film hollywoodien québécois à la va-vite ? En mon sens, on n’est pas à « Québec-wood ». J’ai trouvé personnellement que le film allait beaucoup trop vite, et qu’il fallait arriver le plus vite possible au carnage, aux coups de feu et au sang. Moi, j’aurais voulu connaître Alain davantage : son passé, sa réalité, pourquoi est-il devenu un survivaliste et sa vraie vision du monde ? J’ai connu un Réal Bossé psychologique dans 19-2, il est capable d’en prendre ! Bien que le film soit bien réalisé, ce dernier n’était ni de culture ni d’idéologie québécoise. Notre cinéma aime parler des vraies choses, de la vraie vie, de la psychologie des êtres humains. Le cinéma québécois n’est pas un grossier film de 80 minutes ou les effets spéciaux et les explosions font partie des éléments excitants du film. Peut-être suis-je de mauvaise foi. Peut-être que dans le fond, ce n’est qu’un début.

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