Justin Trudeau de passage à Sherbrooke pour une consultation publique

Par Laurence Poulin

Alors que certaines voix s’élèvent contre la visite de notre premier ministre chez Aga Khan durant les vacances des fêtes et que la commissaire à l’éthique ouvre une enquête sur ce séjour, Justin Trudeau et son équipe ont décidé de ne pas aller au Forum économique mondial de Davos, mais plutôt d’entreprendre une tournée afin d’aller à la rencontre des électrices et électeurs. 

Ensaf Haidar et la tragédie ferroviaire de Lac-Mégantic

En ce mardi soir de janvier, alors que le gouvernement libéral en est à près d’un an et demi de mandat, Justin Trudeau est venu à la rencontre des citoyennes et citoyens de la région de l’Estrie au manège militaire de Sherbrooke. L’accueil des gens a été très chaleureux envers le premier ministre, et cela s’est traduit par l’enthousiasme des gens qui ont pu prendre la parole et s’adresser à lui. En effet, plus de 600 personnes, dont des gens de Lac-Mégantic, de Magog, d’Ayer’s Cliff et de Sherbrooke, ont pu partager leurs préoccupations au premier ministre. Un échange de questions et réponses s’est fait dans l’heure et quart qu’a duré l’assemblée. Une douzaine de personnes ont pu soulever divers sujets préoccupants pour eux.

Avant de laisser la parole aux électeurs, Trudeau a tenu à mentionner les efforts du Canada pour la cause de Raïf Badawi et sa famille lors de chaque rencontre avec le gouvernement d'Arabie Saoudite. Il a d'ailleurs rencontré Ensaf Haidar et ses enfants avant de commencer l'assemblée. Des applaudissements chaleureux ont été entendus pour la cause de ce blogueur saoudien. Ce fut pour Ensaf une chance inouïe de rencontrer pour la première fois Justin Trudeau et de lui parler de l'histoire de son mari.

La discussion s’est ouverte avec une militante qui voulait connaître les développements du gouvernement libéral sur le Projet énergie Est et sur les actions en terme de développement durable pour le Canada. Cette question fut en lien avec des manifestants présents à l’extérieur, brandissant leur banderole contre les pipelines et un meilleur accès aux logements sociaux. À cela, Trudeau a répondu que le Canada se doit d’être un pays juste pour tous et toutes, et qu’il y a un engagement avec les provinces pour qu’il y ait un plan pancanadien pour la réduction des gaz à effet de serre.

Une autre question a suivi et concernait la préoccupation humanitaire de Lac-Mégantic. Depuis quatre ans, la situation perdure pour les victimes de la tragédie ferroviaire. Le premier ministre a répondu qu’une rencontre était prévue avec le maire de cette région (au lendemain de cette assemblée). En effet, la solution pour cette population est la voie de contournement qui leur permettrait une certaine quiétude. À la suite de cette intervention, un autre homme s’étant impliqué après la tragédie a tenu à féliciter M. Trudeau pour son implication dans cette solution.

Alors que Sherbrooke est une des plus importantes villes étudiantes au Canada, une seule étudiante a pu faire part de l'importance de la recherche universitaire dans le milieu médical et dans le milieu scientifique. Trudeau a rapidement abordé l'importance de l'innovation et de la recherche universitaire. Une femme travaillant à l’immigration des nouveaux arrivants à Sherbrooke a tenu à faire part à Monsieur Trudeau des problématiques qui s’accompagnent dans certains cas tels que celui des Syriens arrivés à Sherbrooke. Ceux-ci sont dans l’impossibilité d’avoir une intégration complète en raison de difficultés administratives.

De la marijuana aux minorités linguistiques

La discussion s’est suivie avec un lobbyiste en recherche et développement pour la marijuana qui a demandé de se positionner sur sa légalisation prochaine. Trudeau a tenu à insister sur le fait que les jeunes ont trop facilement accès à la marijuana, voire plus facilement que l’alcool. Selon lui, un projet de loi afin de mieux encadrer et donc percevoir certaines sommes et les redistribuer aux centres de désintoxication ou encore aux recherches en marijuana médicale devrait être présenté au printemps prochain. Il a aussi tenu à préciser qu’il ne fallait pas décriminaliser trop rapidement afin de procéder de la bonne façon.

La question des minorités linguistiques a ensuite été soulevée par une dame demandant à recevoir des services médicaux en anglais alors qu’elle est unilingue anglais. Selon le premier ministre, toute personne qui parle une des deux langues devrait pouvoir se sentir chez elle, et ce, partout au Canada. Cependant, il a contourné la question et a dévié vers le cas des juges de la Cour suprême qui se doivent de parler les deux langues officielles. Bémol important : étant dans la province du Québec, Trudeau a dit trouver important de répondre à tous en français pour que la majorité de l’audience comprenne, bien que certaines questions étaient posées par des unilingues anglais...

Trump, le libre-échange et les entreprises locales

La discussion s’est enchaînée avec une autre question en anglais à propos de l’impact de l’élection de Donald Trump aux États-Unis sur le travail au Canada. Le député de Papineau a tenu à rappeler que les économies du Canada et de son voisin du sud sont étroitement liées et que 35 États américains dépendent du commerce et de l’exportation du Canada. Il a réitéré l’intégration des deux économies et l’importance de la mondialisation du Canada et du libre-échange avec l’Asie. Selon lui, il faut protéger les acquis du commerce international tout en conservant un équilibre respectueux et ferme dans les discussions avec le prochain président entrant en poste le 20 janvier prochain. Le maire d’Ayer’s Cliff, village situé à une trentaine de minutes de Sherbrooke, a fait part de l’importance des entreprises locales dans son comté et que c’était la base de sa communauté. Pour Trudeau, les petites entreprises ont autant d’avenir à l’international, puisque bien souvent, des marchés comme celui de l’Asie sont très intéressés par les produits locaux tels que le vin de glace. Il a rappelé que le brand du Canada est reconnu comme gage de qualité à l’international et qu’il y a énormément de consommateurs qui veulent ce genre de produits.

Fêtes religieuses et transport ferroviaire Sherbrooke-Montréal

Une dame issue de la communauté musulmane a débuté en disant l’honneur qu’elle avait de pouvoir rencontrer et s’exprimer à notre premier ministre. Elle demandait à ce que les jours liés aux fêtes religieuses de sa communauté soient reconnus. Monsieur Trudeau n’a pas réellement répondu à sa question, mais a plutôt soulevé l’importance d’accepter la différence comme source de force puisque, au final, plus de choses nous unissent que nous divisent. La discussion s’est dirigée vers le transport collectif, soit la demande d’un homme de Magog voulant faire la promotion des bénéfices d’un transport ferroviaire entre les villes de Magog, Bromont, Sherbrooke et Montréal pour désengorger la circulation dense vers Montréal. Le gouvernement fédéral s’est dit partenaire pour travailler avec la province et que des investissements majeurs (180 milliards pour la prochaine décennie) seraient versés. Justin Trudeau s’est donc dit à l’écoute des préoccupations des municipalités.

Immigration et réfugiés syriens

La discussion s’est close sur la thématique de l’immigration. Il y a eu le témoignage d’une femme d’Ayer’s Cliff voulant accueillir plus de réfugiés, mais que selon elle, la ville manquait de ressources. À cela, Trudeau a dit que c’était admirable de voir l’ouverture des gens de l’Estrie à l’égard des réfugiés et des immigrants. Pour lui, les Canadiennes et Canadiens doivent garder confiance en notre système et donc que les processus liés à l’immigration se doivent d’être justes et équitables : tous devraient passer rigoureusement les tests de sécurité et les tests médicaux et on doit s’assurer que leur vie ici soit la meilleure qu’ils puissent avoir pour leur avenir. Il a réitéré l’importance de l’équilibre et que c’était essentiel de protéger l’atout qu’est l’ouverture canadienne face à l’immigration. Enfin, un jeune immigrant afghan s’est dit honoré de parler à notre premier ministre, que pour lui, c’était « a dream come true », et que sa vie à Sherbrooke lui redonnait espoir en l’humanité vu les difficultés dans son pays d’origine. Il a remercié Justin Trudeau pour sa présence, sans oublier de lui demander de prendre une selfie avec lui.

Trudeau a fermé cette assemblée en rappelant quelles sont pour lui les trois dynamiques des réfugiés. D’abord, il y a l’importance de travailler avec des pays comme la Jordanie, qui est limitrophe à la Syrie et une des principales terres d’accueil des réfugiés issus de la crise syrienne. Ensuite, il a rappelé la nécessité de donner des possibilités à ces nouveaux arrivants. Finalement, le Canada se doit selon lui d’être plus présent dans les conflits, par des résolutions politiques et diplomatiques, et que c’est notre responsabilité, en tant que pays qui en a les capacités, de contribuer à un monde plus stable.


Crédit photo © Laurence Poulin

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