La barbe en guise de publicité

Par Charles Dubé

La toison grise arborée par le leader du NPD est-elle en voie de le mener au pouvoir? Au cours des dernières années, nous avons assisté à un véritable retour en force de la barbe. Celle-ci, qui était autrefois associée à l’image du hippie amateur d’herbes et d’épices en tous genres, est désormais répandue partout et portée par de nombreuses célébrités.

Lebron James, John Legend, Leonardo DiCaprio, Chris Hemsworth et Drake ne sont que quelques-uns de ceux qui se sont prêtés au jeu récemment. Par contre, s’il y a un domaine où la barbe n’a pas toujours été reçue positivement, c’est bien la politique. En effet, il faut reculer de 121 ans avant de voir un barbu à la tête du gouvernement canadien. Et Mackenzie Bowell n’avait même pas été élu premier ministre, il avait simplement agi à titre d’intérim après la mort de John Thompson. Aujourd’hui, à quelques semaines des élections fédérales, le vent serait-il en train de tourner? C’est ce que l’on pourrait croire, à en juger par la popularité grandissante de Thomas Mulcair (34,2% des intentions de vote aux derniers sondages). Et il ne se contente pas de la porter, sa barbe, il s’en sert à des fins publicitaires!

Depuis le début de la campagne, des articles promotionnels à l’effigie de la fameuse barbe de Mulcair ont été mis en circulation. On a notamment pu le voir à la parade LGBT de Montréal du mois dernier avec une petite affichette illustrant uniquement sa barbe (voir photo). Des macarons ont également été distribués, sur lesquels on peut lire : « Beard, a part of it. ». Il s’agit là d’une décision audacieuse, mais peut-être pas aussi farfelue qu’elle semble l’être. Miser sur son élément de différenciation pourrait permettre à Thomas Mulcair de se distancier de ses concurrents, et ainsi de faire reconnaître le NPD comme un symbole de changement. D’ailleurs, un sondage Léger publié le 15 août dernier montre que le parti se positionne de très bonne manière sur cet aspect : selon les électeurs, il est, à 33%, le parti qui incarne davantage le changement (ses rivaux principaux suivent avec 19% et 11%).

Qu’en pensent les experts?

Certes, la décision d’utiliser la barbe de Thomas Mulcair à des fins publicitaires est originale, mais concrètement, peut-on vraiment s’attendre à ce qu’elle apporte des votes supplémentaires au NPD? Pour Marc D. David, expert en relations publiques et professeur à l’Université de Sherbrooke, il s’agit simplement d’une mise en valeur de l’élément de différenciation du leader. « Il a toujours porté la barbe, même alors qu’il était ministre; on l’a connu ainsi », a-t-il expliqué en entrevue avec Le Collectif. « Ce n’est pas comme s’il se l’était fait pousser uniquement comme un attribut de campagne, c’est uniquement un élément sur lequel on capitalise, sans représenter un inconvénient ou un avantage. » De son point de vue, la société est « rendue ailleurs » en ce qui a trait à la barbe, les courants de la mode permettraient aujourd’hui à un politicien de pouvoir la porter sans nécessairement être perçu négativement.

Cependant, tous ne s’entendent pas sur ce sujet : une étude publiée en juin dernier par l’Université de l’État de l’Oklahoma montre que les électeurs, en particulier les femmes et les féministes, ont tendance à voir les candidats politiques barbus d’un mauvais œil. Ils les voient comme étant plus masculins et plus conservateurs sur les questions des droits des femmes. Ils sont donc moins portés à voter pour ceux-ci. Reste à voir si la promesse de changement du NPD leur fera changer d’avis.

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