Par Judith Doré Morin

«''Sin bolsa por favor.'' Elle me regarde, confuse. ''No necesito una bolsa, tengo mi mochilla'', dis-je, en pointant mes mandarines puis mon sac à dos. Je pars avant qu'elle ne puisse me répondre quoi que ce soit. Définitivement, je dois être la première personne qui ose refuser son sac de plastique. Je me laisse à nouveau perdre dans les dédales du marché. Je tourne à gauche, puis à droite. Des chats salivent devant un étalage de poissons. Je tourne à droite, puis à gauche. Je tombe face à face avec une centaine de cochons d'Inde. Je suis bien heureuse d'être végétalienne ».

La première fois, je me suis levée et j'ai regardé par la fenêtre afin de savoir d'où provenait la chanson. Il n'y avait qu'un camion de vidange, je ne comprenais pas. Ici, impossible de savoir le jour ou l'heure où le camion passera. Ainsi, dès que la chanson de la « basura » ou que la clochette se fait entendre en haut de la rue, une course folle se déclenche dans la maison pour sortir les vidanges. Loin d'être une tâche déplaisante, j'appellerais cela un sport extrême.

Mode de vie jetable

Ma mère revient du dépanneur, situé à moins de 30 m, avec un sac en plastique noir bien rempli. À l'intérieur, j'y trouve un sac de carottes, un sac d'épinards et un poulet entier dans un autre sac en prévision du dîner. En fait, afin d'amasser quelques soles, ma mère cuisine de grandes quantités de nourriture qu'elle vend au collège que fréquentent ma sœur et mon frère.  Toutefois, si elle ne transporte pas ses chaudrons et ses autres contenants dans des sacs, de même que si elle n'apporte pas d'assiettes et de fourchettes jetables, elle n'aura aucun client.

Des sachets de shampoing aux sachets de café instantané, en passant par les rasoirs jetables et les emballages de biscuits, les objets à usage unique font partie du paysage urbain à Ayacucho. Ils se retrouvent tous rapidement au site d'enfouissement, à moins qu'ils n'aient été déchiquetés auparavant par des chiens affamés.

Objectif Zéro Déchet

Le centre de tri des matières recyclables et compostables de la ville se trouve à moins de deux kilomètres de San Melchor. Pourtant, aucun service de collecte de ces matières n'y est offert. J'ai ainsi compris qu'il était inutile d'encourager les membres de la communauté à trier leurs matières résiduelles, tel que demandé par notre partenaire sur le terrain. Le nettoyage des rues peut s'effectuer pour des raisons sanitaires, mais pour l'environnement, ce sont des efforts en vain. Un déchet reste un déchet, peu importe où il est jeté.

Que ce soit au Québec ou ailleurs, en stage ou en voyage, j'en conclus qu'il vaut mieux utiliser le mouvement Zéro Déchet comme outil de sensibilisation auprès des communautés qui nous accueillent. Et, pour ce faire, il n'y a que trois étapes à suivre: refuser, réduire et réutiliser.


Crédit Photo @ Judith Doré Morin

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