La bigorexie, une pratique nourrie par le sexisme?

Par Léonie Faucher

Provenant du mot anglais « big » pour grand et « orexie » pour désir, la bigorexie se caractérise comme un trouble psychologique qui provoque la sensation de ne jamais être assez gros, créant un besoin de gain musculaire insatiable. Bien qu’occasionnant des effets néfastes pour la santé physique et psychique, ce trouble est de plus en plus répandu. D’ailleurs, la problématique, influencée par le sexisme, se développerait en majorité chez les étudiants masculins.

L’antithèse de l’anorexie  

La bigorexie est décrite comme un désir compulsif de mettre son corps en situation de conditionnement physique. Néanmoins, cette définition n’est pas explicite, puisque le type d’entraînement effectué joue un rôle clé dans l’identification d’un trouble d’ordre physique. En effet, l’anorexique s’entraînera selon un programme axé sur le cardiovasculaire permettant une perte de poids plus grande. À l’opposé, le bigorexique s’entraînera selon un programme musculaire plaçant la prise de masse musculaire, et ainsi de poids, à l’avant. Le cardio ne figure pas dans la priorité des bigorexiques, puisque l'entraînement cardiovasculaire ne vise pas la prise de masse et donc, est un obstacle à leur grossissement. D’ailleurs, les personnes atteintes de ce problème viseront tout ce qui peut les aider à augmenter leur volume : entraînements longs, nourriture, suppléments alimentaires et parfois drogues. Malgré que la bigorexie soit reconnue par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le DSM (manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) n’a pas encore, dans la cinquième édition du moins, émis la bigorexie comme trouble.

Qui est touché?

D’abord perçue chez les athlètes adeptes de la musculation de type culturisme, la bigorexie touche d’année en année un plus grand nombre de personnes, notamment dû au manque de prévention. C’est les jeunes hommes d'environ 19 ans qui fréquentent les gymnases et pour lesquels l’apparence est cruciale qui sont les plus présents dans les diagnostics. En effet, entre 10 et 53 % des athlètes en entraînement musculaire dans le monde présenteraient des symptômes à différents niveaux de la bigorexie. Bien qu’une majorité d’hommes en souffrent dans leur quête d’une silhouette mince à la musculature disproportionnée, les sportifs, hommes ou femmes, amateurs ou professionnels, sont touchés. Cependant, les hommes homosexuels sont plus à risque, puisqu’ils présenteraient une plus grande insatisfaction corporelle. Néanmoins, la pression sociale exposant le corps utopique pour plaire à autrui demeure un problème qui en affecte plus qu’un.

Quand sexisme rime avec actualité  

L’évolution du rôle féminin dans la société a affecté le rôle de l’homme. Les femmes étant plus présentes dans les milieux professionnels, les hommes ont vu leur statut traditionnel ébranlé; alors l’insécurité quant à leur identité masculine pourrait expliquer en partie la popularité croissante de l’hypermusculation adoptée par une majorité d’hommes. Denis Pedneault, kinésiologue, culturiste et enseignant à la Faculté d’éducation physique et sportive de l’Université de Sherbrooke, a remarqué que le trouble n’est pas aussi publicisé que l’anorexie, comme si plus était fait concernant les problématiques semblant toucher les femmes. Il mentionne d’ailleurs que les hommes éprouvent parfois plus de difficultés à avouer leurs faiblesses et qu’ils partagent moins leurs problèmes, en plus des difficultés éprouvées à demander de l’aide. Cette demande d’aide est parfois perçue comme un échec dû à l’exposition de leur vulnérabilité. Généralement, l’homme voudrait devenir plus fort et plus gros, et la femme voudra devenir plus mince et fragile. Un duo parfait entre Barbie et Ken!

Superman n’existe pas

Dans le domaine des publicités en prévention de comportements malsains, l’anorexie occupe une couverture médiatique importante où les femmes sont sommées de ne pas suivre les idéaux féminins, par exemple les mannequins (pensons aux publicités de Dove ou la femme doit s’accepter comme elle est, peu importe son physique). Cependant, les jeunes hommes sont aussi aux prises avec des modèles masculins qui leur créent également des complexes. Par exemple, les films de superhéros qui ont envahi le marché cinématographique avec des entreprises comme Marvel et DC Comics. Les films d’action avec des hommes présentant des corps musclés et découpés incitent logiquement les jeunes hommes à se créer une image illusoire du corps parfait de l’homme viril en 2018. D’ailleurs, c’est en faisant tout pour le posséder qu’ils risqueront de développer des problèmes tels que la bigorexie. Denis Pedneault, dans son article Drogues et anabolisants, un peu d’honnêteté s’il vous plait, critique les croyances populaires selon lesquelles les acteurs hollywoodiens et athlètes connus sont naturels : « D'une façon ou d'une autre, vous devez tous accepter le fait que la majorité des athlètes que vous idéalisez, des vedettes que vous chérissez et des douche bags que vous voyez au gym se droguent et que les photos que vous voyez sont retouchées! » Dans cette mesure, les hommes complexés devraient réaliser que le commerce de l’image implique des dédommagements monétaires et des suivis avec des professionnels de la santé pour les acteurs par exemple qui doivent prendre des kilogrammes de muscles pour certains rôles.

Le DSM 5 : des catégories à revoir

Dans le DSM-5, la bigorexie n’est pas mentionnée explicitement. Par contre, elle peut s’apparenter à une forme de dysmorphophobie. Ce trouble concerne les personnes préoccupées excessivement par une anomalie d’une partie spécifique de leur corps. Bien souvent, cette anomalie n’est pas ou très peu remarquée par l’entourage. Donc, la bigorexie, sous son deuxième nom, la dysmorphie musculaire, serait une dysmorphophobie impliquant une préoccupation quant à l’image corporelle ou la masse musculaire. Néanmoins, la bigorexie inclut davantage l’impression continuelle d’être trop petit, entraînant une volonté de gain musculaire. Alors, la catégorisation de ce problème serait intéressante à revoir pour plus d’exactitude.


Crédit Photo @ Laurie Demers

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