Par Alexia LeBlanc

Depuis les dernières semaines, des tensions importantes se font sentir entre Ottawa et les Premières Nations, comme en témoignent les nombreuses manifestations partout au pays. Opposés au gazoduc Coastal GasLink sur le territoire de la nation wet’suwet’en en Colombie-Britannique, les manifestants ont forcé l’arrêt de plusieurs opérations du réseau CN et de VIA Rail. De nombreux Canadiens sont venus à la défense de ce peuple autochtone, dont certains membres soutiennent avoir été écartés des décisions relatives à ce projet d’envergure.

La nation wet’suwet’en est un peuple qui habite en Colombie-Britannique, plus précisément sur la rivière Bulkley et autour des lacs Burns dans le nord-ouest de la province. Ces gens sont directement touchés par le projet de Coastal GasLink, qui veut la construction d’un gazoduc de 675 kilomètres qui transportera du gaz naturel de Kitimat jusqu’à Dawson Creek.

Le pipeline est censé traverser le territoire de ce peuple autochtone, mais plusieurs membres de la communauté s’inquiètent des risques associés aux dommages de ses terres et de ses eaux. C’est pourquoi, depuis le mois de janvier, des campements ont été installés pour empêcher les travailleurs d’avoir accès au site et, ainsi, les empêcher d’entamer la construction. Aujourd’hui, plusieurs personnes se sont ralliées au mouvement et la situation ne s’améliore pas.

Plusieurs critiques envers Ottawa

Ce n’est pas la première fois que le gouvernement canadien se fait reprocher son manque de considération envers les peuples autochtones. Lors de sa campagne en 2015, Trudeau avait décrit comme étant «primordial» le dossier concernant l’amélioration des relations entre Ottawa et les Premières Nations. Pourtant, certains événements laissent perplexes plusieurs personnes. On peut penser notamment à l’affaire Jody Wilson-Raybould, le dossier sur les avis d’ébullition d’eau potable, la question des femmes et des filles autochtones disparues et assassinées, etc. Bref, les manifestations depuis les dernières semaines s’ajoutent aux frustrations que vivent ces peuples à l’égard du gouvernement.

À ces critiques s’ajoute le fait que le premier ministre est actuellement à l’extérieur du pays, malgré cette crise interne assez préoccupante. Toutefois, lors d’une entrevue à Radio-Canada, Justin Trudeau a affirmé qu’il allait «avoir un appel avec plusieurs ministres pour faire un suivi sur ces enjeux, ces manifestations, à travers le pays.» Il a d’ailleurs eu une «longue conversation productive» avec le premier ministre de la Colombie-Britannique, John Horgan, mais, pour l’instant, aucune solution concrète n’a été présentée.

Il faut dire par contre qu’il s’agit d’une situation assez complexe. Trudeau ainsi que le ministre des Transports, Marc Garneau, ont tenu à rappeler l’importance de respecter les lois du Canada de façon «paisible».

Discordance entre les membres de la nation Wet’suwet’en

Un autre facteur s’ajoute à la complexité de ce dossier, celui du différend entre les membres de cette même nation. En effet, le conseil de bande élu a voté en faveur du pipeline, mais plusieurs chefs héréditaires s’y opposent.

Selon ces chefs, leur système de gouvernance a été modifié sans leur consentement. La Loi sur les Indiens aurait imposé aux peuples le système du conseil de bande, mais des membres Wet’suwet’en réitèrent l’importance du respect de leur système héréditaire. Un des chefs héréditaires wet’suwet’en, le chef Na’Moks du clan Tsayu, a tenu à rappeler qu’ils ont «le contrôle sur cette terre» et que la réalisation du projet sur leur territoire est contraire aux lois.

Les membres du conseil de bande ont été entendus par la compagnie et plusieurs politiciens impliqués dans le projet, mais les chefs héréditaires n’ont pas été consultés. Selon la chef Jackie Thomas, élue au conseil de bande, «il serait utile que le premier ministre Horgan et le premier ministre Trudeau se rendent à la maison des Wet’suwet’en, parlent aux chefs héréditaires et accordent une attention sérieuse à cette question.» Il y aurait peut-être moins de tensions aujourd’hui si cette démarche avait été entreprise avant.

Les membres de la communauté appuyant le projet le font surtout pour des raisons économiques. En effet, plusieurs travaillent pour la compagnie et le blocus les empêche de vaquer à leurs occupations.

Ce différend entre les membres de cette même nation devra donc se régler. Le problème en ce qui a trait au système de gouvernance rend le dossier encore plus compliqué et il ne s’agit pas du premier cas où il est difficile de trouver la façon la plus efficace de consulter ces peuples. Surtout en Colombie-Britannique, la ligne qui détermine qui détient l’autorité dans ces communautés est parfois très floue. Justin Trudeau s’est d’ailleurs prononcé sur le sujet récemment en déclarant «qu’il ne revient pas au gouvernement fédéral de décider qui parle pour vous [les Premières Nations]».

L’idéal, selon plusieurs représentants des peuples autochtones, serait un travail de collaboration entre Premières Nations et gouvernement canadien afin de rebâtir un système juste et efficient.

Une situation qui inquiète les chefs dissidents

Une ordonnance de la cour exigeant le libre accès au chantier du gazoduc a fait en sorte que la GRC a procédé à plusieurs arrestations. Le 14 février dernier, Andrew George Jr., un chef secondaire du Gidmt’en, qui fait partie du clan des ours wet’suwet’en, a appelé à une réunion de tous les clans en jugeant que la situation était rendue incontrôlable. Il a déclaré que «le récent conflit entre la GRC et les manifestants professionnels qui utilisent à tort l’ascendance des Wet’suwet’en comme moyen de faire avancer leur programme met en danger les membres de la communauté wet’suwet’en.» Selon lui, certains membres se font même intimider par des personnes supportant le projet du pipeline.

Bien que cette situation rassemble de plus en plus de gens partout à travers le Canada qui offrent leur soutien aux communautés touchées, les futures discussions liées au projet seront plus qu’importantes. D’un côté, Coastal GasLink indique que l’entreprise a tenté à maintes reprises d’entrer en contact avec les chefs héréditaires de la communauté. De l’autre, les chefs assurent qu’ils n’ont pas été consultés ni par la compagnie ni par le gouvernement. Cet embrouillement devra se régler dans les prochaines semaines, mais il s’agit sans aucun doute d’une occasion pour le gouvernement de démontrer son support envers les Premières Nations.


Crédit Photo @ The Globe and Mail

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