La conquête de l'Est

Par Lucas Bellemare

Au cours du premier débat uniquement en français de l'histoire du Parti conservateur du Canada ayant eu lieu cette semaine, deux facteurs ont retenu l'attention : la piètre performance de certains candidats dans la langue de Molière et l'entrée dans la course de Kevin O'Leary le jour suivant. Le présent article a comme objectif de présenter une vision globale des thématiques, enjeux et promesses; privilégier le fond à la forme.

Dès le départ, Maxime Bernier est la cible d'attaques. Se positionnant pour l'abolition de la gestion de l'offre en agriculture, il se fait interpeller principalement par Steven Blaney, qui lui est en faveur du maintien du système. Suite à cela, une question du public concerne la position des candidats sur l'immigration. Il y a un consensus général sur le fait que l'immigration doit se faire en corrélation avec les besoins économiques, que l'intégration des immigrants par l'emploi doit être la priorité. Des divergences émergent quant aux moyens et à l'aspect sécuritaire. D'un côté, Kellie Leitch veut qu'un immigrant sur dix doive passer une entrevue face-à-face avec un agent de l'immigration, afin de filtrer les valeurs canadiennes. Pierre Lemieux propose de réduire les objectifs d'immigration pour mettre l'accent sur la sécurité tout en s'assurant de la maîtrise du français ou de l'anglais des nouveaux arrivants. De l'autre côté, Michael Chong se montre plus permissif sur ce sujet, affirmant que des mesures restrictives entraîneraient les communautés ethniques dans les bras du Parti libéral du Canada.

Le premier thème général traite de la fiscalité. Le sujet de la gestion de l'offre est revenu sur la table. Cette fois, tous les candidats ont pu se positionner sur la question, et le résultat est sans équivoque : tous sauf Maxime Bernier défendent le système. C'est cependant contre Andrew Scheer que se déplacent les attaques de Steven Blaney. Celui-ci accuse l'ancien président de la Chambre, et qui avait reçu l'appui de quatre députés québécois la semaine précédente, de ne pas défendre assez ni la gestion de l'offre ni le troisième lien entre Québec et Lévis. Scheer taxe son interlocuteur de malhonnête. Le second sujet du thème traite du rapport entre la taxation des contribuables et les services reçus. L'ensemble des candidats propose globalement une réduction des taxes et impôts. Erin O'Toole, Maxime Bernier et Rick Peterson font des promesses connexes pour améliorer le système de santé ou les transferts, alors qu'Andrew Saxton propose de compenser les baisses de taxes par des crédits d'impôts, le fractionnement du revenu et le doublement du régime d'accession à la propriété.

Une seconde question du public concerne l'accord du bois d'œuvre et l'arrivée à la présidence de Donald Trump. Chris Alexander propose comme moyen de négociation dans ce dossier un appui canadien aux États-Unis sur la scène internationale, qui pourrait prendre la forme d'un retour de l'implication militaire du Canada contre le terrorisme. Andrew Saxton, Mike Peterson et Steven Blaney considèrent que le règlement de cet accord avec le président Trump doit se baser sur une position de force.

Le second grand thème, celui de la sécurité, commence avec l'éternelle questionnement de l'équilibre entre liberté individuelle et sécurité nationale. Kellie Leitch, Pierre Lemieux, Lisa Raitt et Rick Peterson évitent la question en mettant l'accent sur l'importance de la sécurité. Andrew Scheer, Steven Blaney, Andrew Saxton, Erin O'Toole et Maxime Bernier parlent de l'importance d'équilibrer les deux concepts. Ce dernier propose que l'accord d'un juge doive être nécessaire pour que les services de sécurité enquêtent sur un individu. Chris Alexander met l'accent sur la nécessité d'établir des sanctions contre les États qui financent le terrorisme. La position de Michael Chong est de créer un nouveau comité permanent sur la sécurité nationale, qui serait indépendant du premier ministre. Quant à Brad Trost, il ne considère pas qu'il existe un tel dilemme.

La seconde question, sur le même thème, concerne la position des candidats sur une potentielle réintroduction d'une loi votée sous la gouverne de Stephen Harper, qui permettait au gouvernement de révoquer la citoyenneté de personnes coupables de terrorisme. Là-dessus aussi, il ne semble pas avoir consensus. Erin O'Toole se positionne en faveur de la réintroduction de cette loi, tout comme Chris Alexander, Steven Blaney et Pierre Lemieux. Face à eux, Michael Chong, Deepak Obhrai, Lisa Raitt et Maxime Bernier s'y opposent. D'une manière plus mitigée, Andrew Scheer, Kellie Leitch, Brad Trost, Rick Peterson considèrent que la réintroduction de cette loi ne devrait pas être une priorité, qu'il existe d'autres moyens plus efficaces pour assurer la sécurité.

Une troisième question du public traite de l'approche des aspirants envers les Autochtones. Si presque tous parlent d'une volonté de relation amicale et respectueuse envers les Premières Nations, Steven Blaney affirme vouloir démanteler le système des réserves. Les interventions de Rick Peterson et Chris Alexander condamnent cette idée. Une dernière question du public concerne les moyens pour améliorer les résultats du parti au Québec. Pour Maxime Bernier, les moyens pour battre Justin Trudeau sont les baisses d'impôts et un programme clair. Kellie Leitch met l'accent sur le vote des femmes, Michael Chong promeut les gains dans les centres urbains et redonne l'importance au dossier de l'environnement. Les autres candidats accordent l'importance au bilinguisme et aux valeurs conservatrices. Le débat se termine par une attaque de Kellie Leitch contre Maxime Bernier sur ses dépenses, alors qu'Andrew Saxton et Lisa Raitt en profitent pour se mettre en valeur.

Ce débat a en général permis une plus grande clarté des programmes pour certains candidats. Des aspirants non québécois ont eu la chance de faire certaines promesses, alors que d'autres ont maintenu une certaine brume.  Au moment où ces lignes sont écrites, l'homme d'affaires et ancien dragon Kevin O'Leary se lance officiellement à la chefferie du parti. Le prochain chef du Parti conservateur sera choisi à la fin du mois de mai.


Crédit photo © Radio Canada

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