La crise des réfugiés : Un statut à redéfinir

Par Gabrielle Comeau

Le 12 mars dernier avait lieu à l’Université de Sherbrooke la conférence Crise des réfugiés, crise d’humanité : état des lieux d’une impuissance collective, au cours de laquelle le chargé de cours de la Faculté de droit et de l’École de politique appliquée, Jonathan Kuntz, proposait une réflexion sur des façons de mieux agir lorsqu’il est question de réfugiés.

En travaillant avec la Croix-Rouge depuis une douzaine d’années, Jonathan Kuntz a eu l’occasion d’œuvrer comme bénévole pour l’accueil des réfugiés. Sa réflexion sur la situation en est d’ailleurs teintée, alors qu’il propose d’humaniser le concept de réfugié pour mieux comprendre un phénomène qui fait les manchettes depuis quelques années.

Des définitions qui posent problème

Jonathan Kuntz insiste : la définition du concept de réfugié acceptée par l’ONU n’est pas assez inclusive, alors qu’elle laisse plusieurs réalités de côté.

Pour obtenir l’aide internationale et être considéré comme réfugié, un individu doit avoir quitté son pays parce qu’il en a été chassé. Sont inclus dans cette définition les gens qui émigrent pour une raison qui n’est pas économique ou environnementale.

M. Kuntz offre toutefois une autre définition qui tient compte, quant à elle, de toutes les personnes qui doivent quitter un territoire parce que leur vie est menacée. Ainsi, quelqu’un qui quitterait son pays parce que l’économie ne lui permet plus de se nourrir, ou encore quelqu’un qui devrait plier bagage en raison du manque d’eau potable serait considéré réfugié.

Pour illustrer les lacunes de la définition adoptée par l’ONU, le conférencier présente l’exemple d’un habitant de l’Afrique du Sud. Comme expliqué lors de la conférence, la vie de l’Africain est menacée en raison de la rareté de l’eau dans son pays. Toutefois, même s’il implore l’aide en tant que réfugié, ce dernier ne se verrait pas accorder ce statut, ainsi que les mesures d’aide qui lui sont associées.

L’humain avant les statistiques

Avec un concept officiellement défini de façon peu inclusive, la pertinence des chiffres dans le cas des réfugiés est, selon M. Kuntz, à relativiser. Même si plusieurs statistiques sont disponibles sur le sujet, ces dernières ne tiennent compte que d’une certaine portion de l’enjeu, d’où la primordialité de le réfléchir autrement.

Jonathan Kuntz souligne d’ailleurs que les chiffres ont pour effet de déshumaniser la situation. Même s’il concède que parfois, les travailleurs du milieu n’ont pas le choix pour épargner leur santé psychologique, le conférencier insiste sur le fait qu’il est important d’humaniser cet enjeu : « Un réfugié, c’est un humain, et on les accueille avec toutes les limitations qu’on connaît », a-t-il d’ailleurs souligné.

En effet, au-delà des statistiques, les personnes qui arrivent au pays sont traitées comme un problème, alors qu’elles pourraient être une richesse. Pour M. Kuntz, il faut savoir s’occuper de ces réfugiés en tenant compte du fait que ce qui est vrai chez nous ne l’était pas forcément chez eux. Ils ne peuvent être traités comme des chiffres, leurs parcours individuels étant tous bien différents : « C’est en comprenant leur parcours de vie qu’on pourra les accompagner pour réapprendre à vivre au pays », conclut d’ailleurs le conférencier.

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