La culture du backpacking

Par Guillaume Marcotte

Qu’est-ce que le voyage backpack? Simplement, comme le nom l’indique, il s’agit de visiter un ou plusieurs pays avec sur son dos un sac à dos. Bien qu’il n’existe pas de barème concernant la capacité du sac en question, tous s’entendent pour dire que l’objectif est de voyager le plus léger possible.

Ainsi, beaucoup de voyageurs favoriseront l’achat de vêtements sur place si la destination en est une abordable, alors que d’autres se résoudront à laver fréquemment leurs vêtements au cours du voyage. Pour ce qui est de l’aspect hygiénique, les bases sont de mise, quoique le minimum soit encore une fois favorisé : savon de corps, shampoing, brosse à dents, pâte à dents et déodorant constituent presque l’entièreté de la trousse de beauté de la plupart des voyageurs.

À la suite à ces courts préparatifs, c’est billets d’avion en main, passeport en poche et sac sur le dos que le voyageur quitte la province et traverse les frontières vers d’autres horizons. Et c’est à ce moment précis, quand toute impression de similitude, de répétitivité, et jusqu’à un certain point, de lassitude s’efface, que le voyage commence vraiment.

Le Boeing décolle et le voyageur se dit que le retour est loin devant, qu’il soit dans une semaine, dans un mois ou dans une année. Puis le transit se termine, le voyageur quitte cette zone de fuseau horaire incertain qu’est l’avion. Il sort de l’aéroport un peu éreinté par les longues heures de vol, sans autres repères que ses deux pieds, sans autres visages familiers que son potentiel compagnon et sans autres plans que de voir le monde ou, à tout le moins, de voir une petite parcelle de notre belle planète bleue.

Le premier matin est le plus bizarre, le plus dépaysant. Le voyageur ouvre les rideaux, observe son entourage déréglé de sa réalité et sourit : « L’aventure m’attend. » Le tourbillon l’attrape au passage, le propulsant dans sa valse violente, exaltante et excitante. S’enchaînent ensuite les destinations, les nouvelles rencontres, les bières, les « drinks » typiques dont on entend seulement parler, les nuits courtes, les nuits inconfortables, les nuits qui n’en sont pas vraiment. Tombent ensuite les gouttes de sueur, les frissons dans le dos, les rires à la tonne. Viennent enfin les discussions d’une autre destination déjà, les discussions de ces cultures si riches, si variées, si merveilleuses, les discussions qui marquent le voyageur pour toute sa vie, car il n’existe de mots plus justes et plus vrais que ceux de deux personnes abandonnées à elles-mêmes dans une contrée inconnue et avec pour seule préoccupation la vie.

Si voyager était une profession, je présume que ce serait le métier le plus prisé de tous. Il faut l’expérimenter pour le comprendre absolument. On y voit des paysages à couper le souffle : des plages plus paradisiaques et plus jolies que les clichés des dépliants des compagnies de resorts, des forêts plus denses et plus vertes que nos forêts québécoises, des montagnes qui percent le sol de nulle part comme un couteau. On y rencontre des êtres humains qui nous accueillent dans leur vie ne serait-ce que pour quelques minutes, mais qui sont chaleureux et vrais. On y vit des expériences hautes en intensité et en couleurs.

Je crois que, si une leçon est à tirer de ces vacances, c’est que la beauté du voyage n’est pas forcément la destination, quoique celle-ci joue pour beaucoup. Il s’agit de connecter, de vivre de brefs, vifs et magiques accrochages avec des gens de pays différents qui ont en commun avec nous cette vulnérabilité du voyageur. On s’agrippe à eux, parce qu’ils nous sont familiers d’une drôle de façon. On s’ouvre, on se libère de nos inhibitions, on se laisse aller, on suit le courant et on navigue la vie comme on devrait toujours le faire : sans y réfléchir plus que trois secondes. Une seconde pour appréhender, une autre pour accepter et une dernière pour foncer.

Alors, pourquoi pas? Le voyage backpack a cela d’avantageux qu’il est simple, flexible et accessible. De nos jours, les frontières sont celles de notre courage : choisir la destination est facile, organiser le voyage est facile et accumuler l’argent est facile. Il n’y a donc aucune raison de ne pas se lancer si on le souhaite. Ne suffit alors que de s’y dédier corps et âme.


Crédit photo © Guillaume Marcotte

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