La dernière grève de l’AGEFLESH : un dossier à clarifier

Par Katrine Joncas

La grève étudiante de la Faculté des lettres et sciences humaines (FLESH) qui a eu lieu du 18 au 22 mars derniers en a peut-être mêlé plus d’un. En effet, suite à la grève du climat du 15 mars dernier, certains étudiants ont pu se demander la nature de cette nouvelle grève et son origine, qui concerne en fait beaucoup les étudiants et étudiantes au doctorat en psychologie et en travail social. Était-ce une grève pour le climat, à nouveau? Une nouvelle grève pour la rémunération des stages en éducation? La communauté étudiante de la FLESH a probablement été confrontée à des questions du genre au cours des dernières semaines. C’est pourquoi je me suis entretenue avec Raphaëlle Paradis-Lavallée, porte-parole du Regroupement des étudiants et étudiantes au cycle supérieur en psychologie de l’Université de Sherbrooke (REESPUS), qui a clarifié le sujet.

Récapitulation

Avant tout, clarifions un peu les choses. Bien que l’AGEFLESH, l’association des étudiants et étudiantes du premier cycle en lettre et sciences humaines, ait fait preuve de soutien en se lançant dans la grève il y a deux semaines, ce sont surtout les étudiants et les étudiantes en travail social ainsi qu’au doctorat en psychologie qui désiraient faire pression sur le gouvernement. En effet, la communauté étudiante du doctorat en psychologie se bat pour obtenir la rémunération de leurs deux dernières années de doctorat, qui représentent l’internat. Dans cette résidence de 1 600 heures échelonnées sur deux ans, les futurs psychologues prennent en charge 80% de la tâche d’un psychologue professionnel. Comme l’explique Raphaëlle Paradis-Lavallée, cela peut être comparable à la résidence que les résidents en médecine doivent accomplir après avoir terminé la portion scolaire de leurs études.

En 2016, les étudiants en psychologie avaient également déclenché une grève pour les mêmes raisons, mais ils n’avaient pas tout gagné. Suite à cette grève, le gouvernement a accepté d’octroyer 250 bourses aux très longues études de 25 000$ pour tous les étudiants du Québec, c’est-à-dire environ une bourse pour deux étudiants, acheminée par tirage au sort. Réalisant cette injustice et voyant certains de leurs collègues obtenir plusieurs milliers de dollars, et d’autres, pas le moindre sou, les étudiants se sont alliés pour défendre cette injustice et ainsi permettre aux prochaines cohortes d’être davantage soutenues financièrement.

Des mesures concrètes

Après avoir envoyé des lettres, des communiqués et tenté de planifier des rencontres, sans succès, le regroupement étudiant devait prendre un moyen plus dérangeant pour défendre sa cause. Durant la semaine de grève de la mi-mars, un rassemblement a eu lieu, mercredi le 20 mars, devant l’Assemblé nationale afin de solliciter l’attention des politiciens. Le but premier de cette intervention était que le problème de manque de bourses soit discuté en Chambre d’assemblée. Présentement, le gouvernement au pouvoir refuse d’aborder le sujet comme distinct des autres stages non-rémunérés et le budget sorti récemment ne réserve aucune somme supplémentaire pour les résidents qui débuteront leur internat en septembre.

Cette grève a tout de même permis aux revendicateurs de bourses de rencontrer le chef de cabinet de Jean-François Roberge, ainsi que Sylvain Roy et Gabriel Nadeau-Dubois. D’ailleurs, ce dernier a même tourné la roue de fortune créée par certains étudiants afin de savoir s’il aurait 25 000$ ou 0$. La porte-parole du REEPSUS mentionne qu’il a été parmi les chanceux, alors que l’aiguille s’est arrêtée sur la plus grosse somme. De plus, Marwah Rizquy, porte-parole du Parti libéral en matière d’éducation, a proposé le 21 mars dernier une motion afin que le problème de manque de bourses soit adressé à l’Assemblée. Toutefois, malgré l’appui des autres partis, la CAQ refuse d’en discuter : « La CAQ semble favorable, mais le problème n’est pas une urgence pour eux, » mentionne Raphaëlle Paradis-Lavallée.

Et pour la suite

Même si les résultats ne sont pas visibles dans l’immédiat pour les universitaires en psychologie, il demeure qu’une belle participation a pu se faire sentir de la part de la communauté étudiante de Sherbrooke. Considérant que les étudiants et étudiantes en internat sont parfois dispersés un peu partout sur le territoire du Québec, le fait que plusieurs se soient mobilisés pour cette cause mercredi le 20 mars souligne leur grande volonté pour que leur domaine professionnel et leur travail soit reconnu par le gouvernement, mentionne Raphaëlle Paradis-Lavallée. La porte-parole du REEPSUS souligne également que malgré l’appui de l’opinion publique en égard à la cause, c’est la CAQ qui doit bouger. De ce fait, les prochaines étapes auront des impacts encore plus significatifs, puisque « le dossier n’est pas prioritaire pour le gouvernement jusqu’à temps [que le regroupement] devienne dérangeant, » mentionne Raphaëlle Paradis-Lavallée. Une grève illimitée a déjà été votée à l’Université Laval pour l’automne 2019 pour les étudiants qui réaliseront leur internat à ce moment. Cet écart temporel entre les deux grèves est expliqué par la complexité de ne pas se présenter en stage au cours d’une session entamée. Déclencher une grève en début de session évitera aux patients que les étudiants auraient rencontrés d’être gravement affectés par ce moyen de pression. Qui sait, les futurs psychologues de l’Université de Sherbrooke pourraient peut-être éventuellement suivre le mouvement de leurs collègues de Québec.

Une discipline importante

Pourquoi revendiquer des bourses supplémentaires? Effectivement pour une question de justice entre tous les étudiants et étudiantes, mais également pour donner de la crédibilité aux professionnels de la santé psychologique. La santé mentale est extrêmement importante, tout comme l’est la santé physique. La non-rémunération des stages au doctorat en psychologie, comparée à la rémunération des stages en médecines, peut laisser croire qu’il est évident que les étudiants en médecine accomplissent du travail, alors que les tâches des résidents en psychologie ne sont pas du travail, mais cette idée propagée est totalement fausse. En effet, les résidents en psychologie réalisent le même travail qu’un ou qu’une « vraie » psychologue. Les deux seuls éléments qui diffèrent sont le nombre inférieur de patients vus par les résidents et la vérification de leur travail par un superviseur. De plus, de moins en moins de postes de psychologues sont disponibles puisque plusieurs sont comblés par des travailleurs sociaux, ce qui diminue la reconnaissance du travail unique apporté par les psychologues, souligne Mademoiselle Paradis-Lavallée. Autrement dit, la perception du métier joue un grand rôle dans cette affaire.  

Pour la suite, il ne reste plus qu’à espérer que cette grève et les mesures entreprises par ces futurs docteurs en psychologie fassent bouger les choses assez pour que la profession soit mieux reconnue auprès de la société québécoise.

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