Par Mireille Vachon

Personne n’est à l’abri de la désinformation — ou de la mésinformation* — principalement à l’ère des réseaux sociaux où il est possible de partager n’importe quel contenu en un seul clic. Comment distinguer le vrai du faux, la nouvelle de la fake news, les sources fiables des sources douteuses ? Le Collectif s’est penché sur ce fléau et sur certains trucs pour apprendre à être le maître de l’information fiable et véridique.

« La désinformation est un véritable fléau. Notre époque, avec les moyens de communication extraordinaires qui la caractérisent, lui permet de se propager à la vitesse grand V », a déclaré Catherine Lafrance, ancienne directrice générale de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) en avril dernier, au début de la pandémie.

Consciente de ce problème grandissant et très présent en temps de pandémie, la FPJQ a donc mis sur pied le projet COVID-19 : dépister la désinfo/COVID-19 : track the facts en partenariat avec l’Agence Science-Presse (ASP). L’objectif ? Fournir à la population une série d’outils pour faire le tri entre le vrai et le faux, car les fausses nouvelles nuisent non seulement à la compréhension des enjeux de la pandémie par les citoyens, mais elles ont aussi un impact sur la santé publique, peut-on lire dans le communiqué de l’annonce du projet.

« C’est donc en attaquant de front ces fausses informations qu’on a davantage de chances de rejoindre le public le plus vulnérable et de valoriser l’importance de l’expertise journalistique de qualité et des données scientifiques dans la lutte à la désinformation », a affirmé de son côté Josée Nadia Drouin, directrice générale de l’ASP, par voie de communiqué.

Dans le cadre de ce projet, les deux organismes ont également publié une série de capsules avec l’humoriste Louis T, qui explique avec humour comment les raccourcis mentaux peuvent jouer des tours, et il donne des trucs pour éviter de tomber dans le panneau des fausses nouvelles.

D’autres initiatives existent pour aider la population à lutter contre la désinformation, comme le programme #30 secondes avant d’y croire de la FPJQ et le Détecteur de rumeurs, un outil de vérification des faits et d’éducation aux médias développé par l’ASP.

Recherches à l’UdeS

Une équipe multidisciplinaire de l’Université de Sherbrooke (UdeS) a entamé une étude internationale au printemps dernier sur la réponse psychologique et comportementale face à la pandémie et sur l’influence notamment des stratégies de communication et du discours dans les médias traditionnels et sociaux.

Un sondage réalisé auprès de 600 personnes (300 au Québec et 300 hors du Québec) entre le 8 et le 11 avril a fait ressortir plusieurs faits saillants. Par exemple, 52,7 % des répondants sont conscients d’avoir été exposés à une nouvelle qui s’est révélée fausse au sujet du coronavirus et 38,4 % estiment que leur gouvernement leur cache des informations importantes entourant le coronavirus. Quelque 15 % estiment que l’industrie pharmaceutique est impliquée dans la propagation du coronavirus, alors que 21,3 % croient qu’il existe déjà un médicament contre la COVID-19.

« De ces résultats préliminaires, on peut déduire que minimalement une personne sur dix au Canada fait une lecture complotiste de la pandémie actuelle », a mentionné une des membres de l’équipe de recherche, Marie-Ève Carignan, dans ce même article de l’Université. « Quand on croise ces données entre elles, on remarque que les réponses associées au complot sont liées les unes aux autres. Elles forment une conviction organisée, marquée par la méfiance à l’endroit de la science et des autorités gouvernementales », a ajouté la cochercheuse et professeure spécialiste de la communication de risques et de crise ainsi que des enjeux sociopolitiques liés aux médias.

Une autre étude de l’UdeS réalisée au début de l’automne a toutefois permis de constater qu’il y a moins d’adeptes des théories complotistes au Canada qu’ailleurs dans le monde.

En effet, seulement 17,7 % des répondants présentent une adhésion à l’indice conspirationniste, ce qui fait du Canada le deuxième pays (après la Belgique) où les répondants sont les plus sceptiques face à ces théories, ont constaté les chercheurs. À titre comparatif, l’étude montre que les pays où les répondants adhèrent le plus à l’indice conspirationniste sont les Philippines (47,7 %), l’Angleterre (35,9 %) et les États-Unis (34,7 %).

« Bien que nous soyons préoccupés par l’adhésion très rapide à certaines idées conspirationnistes en lien avec la COVID-19 et par la présence de ce phénomène au Canada et au Québec, ces nouvelles données révèlent que la situation semble plus préoccupante ailleurs dans le monde », a affirmé Mme Carignan, également directrice du pôle Média de la Chaire UNESCO en prévention de la radicalisation et de l’extrémisme violents.

Les Décrypteurs

Radio-Canada a sa propre équipe de journalistes qui luttent contre la désinformation depuis mai 2019. Les Décrypteurs ont pour mission « d’aider les citoyens à démêler le vrai du faux sur les réseaux sociaux, analyser les mécanismes qui contribuent à la propagation des fausses nouvelles et mettre en lumière certains phénomènes web émergents ».

En effet, Alexis De Lancer, Jeff Yates, Marie-Pier Élie, Nicholas de Rosa et Bouchra Ouatik sont à l’œuvre pour démystifier des informations fausses ou encore démentir des propos qui circulent sur internet.

L’équipe privilégie les suggestions de l’auditoire, et avant de choisir un sujet, elle regarde la viralité et le risque potentiel de la fausse nouvelle, avait indiqué Jeff Yates en entrevue à l’émission de radio Boréale 138.

« Les réseaux sociaux sont une technologie assez récente, et je pense qu’en tant que société, on n’a pas encore mis en place les comportements les plus sains pour utiliser cette technologie-là. […] C’est vraiment un enjeu de société et ça commence avec la sensibilisation à nos propres comportements sur les réseaux sociaux », avait-il ajouté.

Comment s’en sortir ?

Même les personnes les plus confiantes en leur capacité à démêler le vrai du faux peuvent se faire berner par une fausse nouvelle.

Voici quelques indices et trucs suggérés par les Décrypteurs dans une activité en ligne qui peuvent indiquer qu’on est en présence d’une fausse nouvelle et qui aident à éviter de tomber dans le panneau de la désinformation.

  • Il y a présence de fautes d’orthographe ;
  • Il y a absence de légende sous la photo ;
  • Une seule source d’information parle de la nouvelle (sauf si c’est une exclusivité ou une enquête) ;
  • Le nom du média ne concorde pas avec le nom de l’URL ;
  • Lire les articles au complet avant de partager (pas seulement le titre, par exemple) ;
  • Ne pas partager une nouvelle sans être certain qu’elle est véridique, car on ne sait jamais la portée qu’elle peut avoir.

Bref, il n’y a pas de solution miracle pour échapper à la désinformation, mais l’important est d’user d’esprit critique et de s’informer auprès de plus d’une source pour mettre toutes les chances de son côté !

*La mésinformation est une information innocemment fausse, causée par l’ignorance ou la distraction, tandis que la désinformation est intentionnelle. (Encyclopédie L’Agora, 2020)


Crédit Photo @ Simon RD

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