Par Véronik Lamoureux

La population avait été prévenue : il y aurait fort probablement une deuxième vague de COVID-19 à l’automne. En effet, à peine le temps de remonter leurs «swim aids» sur leurs bras secs, les Québécois se retrouvent à nouveau recouverts de l’écume de cette deuxième vague qui, même annoncée, demeure la source d’un découragement collectif palpable. Psychologiquement, à quoi peut-on s’attendre pour cette période? Mauvais moment à la piscine à vagues ou promenade peinarde en pédalo? Un mot ou deux sur la santé mentale en temps de pandémie.

À peine entré dans la deuxième vague de cette triste mésaventure humaine, le Québec semble plus divisé que jamais. Si le profilage racial constitue une réalité affolante, un nouveau concept découlant du contexte de pandémie s’ajoute, soit le profilage pandémique. Complotiste, anti-masque, promasque, mouton… autant de termes qui nous rappellent que l’être humain a une fâcheuse tendance à se réfugier dans des cases, lorsqu’éprouvé. Pour ou contre, croyant ou non, mouton ou lion… l’important est d’être classé.

Toutefois, pour parler de ces profils, il faut d’abord s’intéresser à la psychologie en temps de pandémie, et c’est exactement ce qu’a fait le psychologue Steven Taylor, professeur à l’Université de la Colombie-Britannique : « Ce que nous voyons cette fois-ci, c’est exactement la même chose que nous avons vue durant le SRASSRAS, le Zika et les pandémies précédentes. Seulement, cette fois-ci, tout se passe plus rapidement à cause des médias sociaux. » Dans un article publié sur le site de Radio-Canada le 20 juin dernier, on parlait de désinformation et on distinguait trois profils psychologiques davantage enclins à partager ces fameuses « fake news » en temps de pandémie.

Profil 1 : les confinés de la ligne 1-888

Suzanne, Sainte-Adèle, IGA Extra. Le 22 janvier 2020, elle a acheté une boîte de pogos sur laquelle figurait un petit logo rond qui, réflexion faite, ressemblait beaucoup au dessin du virus de la COVID — 19 : « je l’avais vu venir, c’était évident que ça allait finir par arriver », lance la dame sur un ton assuré. Suzanne jure que c’est exact et regrette amèrement d’avoir jeté ladite boîte au recyclage. Si ce genre d’événement laisse pantois, il est aussi normal de se demander quel contentement les citoyens du style « Nostradamus » retirent de leurs prévisions. « Les gens recherchent des indices selon lesquels on l’avait vu venir pour en faire une situation plus prévisible et donc plus contrôlable. C’est une façon de reprendre le contrôle sur son environnement. », indique Steven Taylor.

Billy est bassiste dans un mauvais groupe rock et pratique dans le garage d’un mec louche. Mélanie est immédiatement séduite par le « swag » de Billy, mais sa mère ne l’aime pas. Un vendredi soir, Billy laisse Mélanie via Messenger avec un « smiley » mal choisi et un message mal écrit. Mélanie est dévastée : son bassiste (bien que mauvais) l’a quittée. Sa mère approche et lui dit : « je l’avais vu venir, c’était évident que ça allait finir par arriver. » Mélanie est toujours dévastée, Billy est encore un con. Leçon de cette histoire : la clairvoyance n’est en aucun cas synonyme de contrôle.

Profil 2 : les minimalistes

« C’est juste une grosse grippe, arrêter de nous faire peur avec sa », écrit Georges en dessous d’une publication de la CAQ sur Facebook. Quand il est question de décor, le minimalisme est salvateur. Quand il est question d’une pandémie mondiale, la minimalisation est plutôt dangereuse. Dans cette phrase, le mot « juste » en avant de « grippe » accroche l’œil traumatisé du lecteur ex-contaminé par une « grosse grippe ». Visiblement, à part ses multiples grippes d’homme, Georges n’a probablement jamais contracté l’influenza. Cependant, en cliquant sur son profil, on peut voir qu’il est presque docteur : c’est qu’il travaille au docteur du pare-brise. Nous voilà tous rassurés.

« Une partie du problème est qu’en comparaison avec la grippe de 1918, la COVID-19 est une épidémie cachée, c’est-à-dire que l’on ne voit pas de cercueils empilés dans la rue ou de corbillards qui circulent avec des cercueils entassés. C’est le genre de choses qu’on a vues durant la pandémie de 1918 », ajoute le Pr Taylor. « Puisqu’on ne voit pas les corps, cela peut mener certaines personnes à graduellement minimiser l’importance de la COVID-19. Cela explique en partie le laxisme dans les mesures de distanciation sociale. »

Profil 3 : ceux qui ont trop écouté Black Mirror

Lyne prend place dans sa Corolla. Soudainement, son iPhone s’illumine et lui indique que son lieu de travail est à seulement 12 minutes de route. Sans se poser trop de questions, elle roule en chantant « Tel est mon destin » de Céline Dion. Sur l’heure du dîner, elle partage à Solange et Marie-Hélène sa crainte d’être vaccinée et qu’on lui injecte une micropuce qui permettrait au gouvernement de la retracer où qu’elle soit.

Qu’on soit un désinformateur volontairement ou non, la pandémie demeure une période qui n’est pas évidente. Elle réveille une insécurité profonde, un sentiment d’incertitude et une peur que l’humain cherche par tous les moyens à inhiber. Comme la vague coïncide avec l’automne gris-brun, il est d’autant plus important d’être attentifs aux signaux qui indiquent que la santé mentale est mise à rude épreuve. Dans cette optique, l’université a publié cette semaine un rappel des ressources à la disposition des étudiants et des étudiantes qui souffrent de symptômes d’anxiété ou de dépression en lien (ou non) avec la pandémie.

Si les personnages inventés plus haut peuvent (et ont pour objectif) de faire rire, la fragilité de votre santé mentale est un sujet sérieux. Au moindre doute, n’hésitez pas à contacter le réseau d’Aide à la vie étudiante de l’Université de Sherbrooke.

Référence : https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1713555/desinformation-fausses-nouvelles-covid-19-coronavirus-psychologie-pandemies-decrypteurs

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