Par Janie Dussault

Ce n’est pas d’hier que les Américains désapprouvent les actions de la Corée du Nord tant sur la scène internationale qu’à l’intérieur de ses frontières. De la guerre de Corée jusqu’aux tweets du président américain actuel, les tensions entre les deux pays n’ont cessé d’accroître. D’ailleurs, la population américaine demeure sensible à cette manie qu’ont les États-Unis de diaboliser un état non occidental. Une étude effectuée en août 2017 par The Gallup Organization nous indique que 86 % des Américains sont hostiles envers le leader nord-coréen Kim Jong-un et son pays. Depuis, Donald Trump multiplie les déclarations incendiaires et dénonce à répétition la dangerosité de la Corée du Nord face à la sécurité internationale.

Truman et son endiguement

Il faut remonter à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, qui a laissé la place à d’importantes instabilités sur la scène internationale, pour voir apparaître les premières grandes tensions entre les deux pays. La menace que laissait planer l’expansion possible du communisme a poussé les Américains à placer rapidement leurs pions afin de s’assurer que la reconstruction de l’Europe se produise loin de toute tentation communiste venant du bloc de l’est. Le président américain Harry Truman, fervent anticommuniste, a mis sur pied une doctrine d’endiguement, la doctrine Truman, qui a servi à enrayer, bloquer et stopper toute avancée idéologique ou territoriale du communisme. Un des summums de cette doctrine fut la guerre de Corée qui a débuté en 1950, alors que les Américains, avec l’appui de l’ONU, sont intervenus militairement dans le but de freiner la progression communiste de la région du nord qui avait envahi la région du sud.

C’est ainsi, en plein contexte de guerre froide, qu’ont commencé les relations laborieuses entre la région du nord de la Corée et les États-Unis. Cette perception d’une Corée du Nord menaçante pour la stabilité mondiale va demeurer ancrée dans l’esprit des Américains, et ce, depuis plusieurs années.

Un ennemi à tout prix

Depuis son entrée officielle dans les relations internationales avec la Première, mais surtout la Seconde Guerre mondiale, les Américains ont toujours eu cette nécessité d’avoir à combattre l’Ennemi. Celui-ci s’est présenté sous plusieurs formes : le nazisme allemand, le communisme et bien sûr le terrorisme. Plusieurs présidents américains comme Truman, Reagan, Johnson et W. Bush ont joué ce rôle de grand justicier international en identifiant clairement un ennemi, un mal à éliminer. Ainsi, d’une certaine manière, ils ont réussi à sauver le monde et lui faire cadeau de la démocratie américaine. Sans surprise, la Corée du Nord fait donc partie de la liste de rivaux à surveiller, soit par son passé communiste, sa manière de gouverner et bien sûr pour l’arme nucléaire récemment développée. Le président américain actuel ne semble pas faire exception vis-à-vis ses prédécesseurs puisqu’il en vient à définir la Corée du Nord comme un danger qu’il faut à tout prix régler, quitte à l’éliminer. Même si celui-ci avait fait campagne en dénonçant la trop grande implication américaine dans des conflits internationaux, Donald Trump n’hésite pas à marginaliser et identifier Kim Jong-un comme étant l’ennemi à abattre.

L’arme nucléaire et crédibilité

Les dirigeants américains qui dénoncent continuellement l’État nord-coréen de s’être doté de l’arme nucléaire n’hésitent pas à prêter des intentions machiavéliques à Kim Jong-un et de l’accuser de mettre la sécurité du monde en péril. Aveuglés par cette fameuse mission viscérale qu’ont les États-Unis de vouloir sauver le monde et d’exporter la manière occidentale de fonctionner, le président Trump et son administration prêtent de mauvaises intentions aux Nord-Coréens sans jamais laisser place aux nuances, aux interrogations ou aux réelles intentions du dirigeant nord-coréen derrière son action. À son passage à l’émission Aujourd’hui l’histoire, l’historienne Juliette Morillot amène d’importantes nuances sur la volonté qui se cache derrière la question de l’arme nucléaire. Selon elle, la Corée du Nord n’aurait aucune intention d’utiliser cette arme et elle précise que sa confection sert essentiellement à se sortir d’une oppression subie, entre autres, par la nation américaine depuis la guerre de Corée et du coup, de se doter d’une sorte d’assurance vie. Les Nord-Coréens tiennent mordicus à garder cette arme afin de leur permettre de dialoguer d’égal à égal avec le reste du monde et bien sûr avec Washington, la capitale américaine.

D’importantes questions peuvent ainsi se poser sur les intérêts réels qu’ont les Américains à entretenir l’image d’une Corée du Nord diabolisée. Justifier les dépenses militaires faramineuses auprès de leur population? L’emplacement stratégique d’une base américaine en Corée du Sud tout près de la Chine, justifiée par la menace imminente de la Corée du Nord?  Ou encore l’éternelle mission de la Destinée manifeste qui appelle les Américains à sauver le monde? Il y a fort à parier que ce ne soit pas sous l’administration américaine actuelle que ce genre de question trouvera ses réponses.


Crédit Photo @ CNN

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