La douce violence des cachettes

tom2-tt-width-604-height-400Je ne crois pas pouvoir partir en peur et affirmer que Xavier Dolan est le prochain maitre du thriller psychologique. Du Dolan c’est du Dolan, c¸a ne se quitte pas ainsi. Cela dit, le jeune cine´aste d’a` peine un quart de sie`cle se sort dro^lement bien du de´fi qu’il s’est dernie`rement lance´. Apre`s avoir travaille´ de concert a` l’adaptation d’une pie`ce de the´a^tre e´crite par Michel Marc Bouchard, le re´alisateur nous offre depuis le 28 mars dernier Tom a` la ferme, le 4e accord de la me´lodie dolanesque.

Angie Landry

Tom est un jeune publicitaire de la me´tropole qui se rend dans un village sorti de la map pour assister aux fune´railles de son amoureux. A` des milles de comprendre la vie dans laquelle son copain vivait avant de quitter la ferme familiale pour Montre´al, Tom se voit confine´ a` l’interminable distance se´parant Agathe (Lise Roy), la me`re du de´funt, et la connaissance re´elle de la re´alite´ de son fils. Submerge´ par les coups d’un deuil avorte´, le jeune homme est mene´ par l’intimidation de Francis (Pierre-Yves Cardinal), le fre`re de son amoureux, qui de´sire a` tout prix garder secre`te la relation homosexuelle qui liait son frangin a` Tom.

Il avait de´ja` e´te´ mentionne´, depuis son passage marque´ a` la Mostra de Venise, que la nouvelle œuvre du re´cipiendaire de la critique internationale se de´marquait de fac¸on incomparable a` ses derniers be´be´s. Il aurait e´te´ fort improbable de pre´voir que la suite des J’ai tue´ ma me`re (2009), Les amours imaginaires (2010) et Laurence Anyways (2012) du jeune re´alisateur aurait emboite´ le pas au thriller psychologique qui teintait la pie`ce de the´a^tre d’abord e´crite par Michel Marc Bouchard et joue´e en 2011 au The´a^tre d’Aujourd’hui.

Si inattendu soit-il que Dolan ait pris d'assaut ce genre cine´matographique, il n’en demeure pas moins que l’agilite´ technique et sce´naristique de Tom a` la ferme vient rendre a` son re´alisateur de nouvelles lettres de noblesse et lui

tend une perche pour monter au rang des habiles cine´astes. D’abord muni d’un guerrier de la direction de la photographie (Andre´ Turpin), d’un re´cit ficele´ conjointement avec Michel Marc Bouchard et d’une mise en sce`ne re´gle´e au quart de tour, Dolan a de quoi mettre sur la table un projet qui marche dans les traces du grand Alfred Hitchcock. Me^me si le principal inte´resse´ se de´fend d’avoir voulu rendre hommage au cine´aste ame´ricain, les re´fe´rences de´bordent de l’eau de la sce`ne de douche jusqu’a` la folle ambigu¨ite´ du grand fre`re qui rappelle e´trangement le Norman Bates du ce´le`bre Psycho (1960).

Ce qui distinguera Tom a` la ferme des autres films du jeune habitue´ de Cannes, outre son genre, demeure le ro^le crucial du ro^le principal, joue´ par le re´alisateur lui-me^me. Maintes fois critique´ pour s’autodonner de la job, Xavier Dolan disparait pluto^t et se laisse fondre dans une peau qui ne se lance pas dans de grandes lance´es poe´tiques ou des crie´es philosophiques comme J’ai tue´ ma me`re pouvait en regorger. Les confrontations alie´nantes du bourreau en poursuite contre Tom, les discours de manipulation et les violentes vole´es rec¸ues l’entrainent a` se diviser lui-me^me entre l’appel a` la ve´rite´ ou la re´silience d’e^tre vaincu par les « crosschecks » au visage, par la panne se`che des larmes du deuil et par la de´chirure de l’e´go-cocu.

J’aurais voulu avoir la section Culture au complet pour vous parler du dernier film du jeune homme-orchestre cool et branche´ du cine´ma que´be´cois. Ma mise en page et moi vous sugge´rons d’amener vos foufounes a` la Maison du Cine´ma de Sherbrooke pour mieux nous comprendre. Parce qu’environ 600 mots c’est pas assez pour de´crire la douce violence de s’agripper a` un banc de cine´ma pendant une heure trente, a` avoir plus peur de s’imaginer victime des cachoteries que de voir l’autre courir dans un champ de ble´ d’Inde pour sauver sa vie.

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