La face cachée de la religion à la pomme

Par Philippe Boudreau

Beaucoup d’entre vous aviez la date du mardi 9 septembre en tête. Pour quelle raison? Pour voir le PDG du groupe informatique américain «Apple», Tim Cook, dévoiler les nouveaux produits arborant la fameuse pomme. Les rumeurs avaient perduré durant de longs mois et voilà que l’iPhone 6 ainsi que son grand frère l’iPhone 6 Plus sont offerts sur le marché canadien depuis vendredi 19 septembre.

Les adeptes se précipiteront vers le « Apple store » le plus près, et ce, deux ou même trois journées avant sa sortie. Ils coucheront dehors toutes les nuits pour faire partie des premiers à entrer dans ce temple de la pomme. Ce phénomène, observable dans toutes les boutiques, se répète à la sortie de chaque nouveau produit, comme si cette pomme était un dieu tout-puissant qui contrôlait les consommateurs et que les employés du magasin représentaient ses apôtres.

Mais quel est le secret d’«Apple» pour qu’à chaque événement, le monde soit suspendu aux lèvres de celui qui montera sur scène? Tout est dans le marketing! En effet, il est pertinent de se poser des questions quant à la fidélité exemplaire que démontrent les clients d’«Apple» depuis toutes ces années.

Expert en marketing et auteur du livre « Emotional Branding », Marc Gobe déclare que la marque «Apple» réduite à sa plus simple expression est la clé de sa survie. Selon lui, ce succès « n’a rien à voir avec des produits innovants tels que l’iMac, l’iPod et l’iPhone ». Il affirme que « sans la marque, Apple serait mort. L’alimentation de leur image de marque est tout ce qui les maintient en vie. Ça n’a rien à voir avec les produits obtenus ».

Selon Gobe, la compagnie a su établir des liens profonds et durables avec ses clients. Leurs produits sont conçus pour rehausser la fierté du consommateur : « Prenez l’iPhone, il apporte une expérience émotionnelle et sensorielle à l’informatique », estime l’auteur. Ce dernier soutient aussi qu’«Apple» apportait une touche humaine grâce au charisme de Steve Jobs, qui affirmait que ses produits étaient vendus pour l’amour de la technologie en soi.

Quelque part, «Apple» a cherché à créer une relation avec le consommateur qui va au-delà de l’entreprise, comme si elle avait établi une relation culte entre les utilisateurs et la marque. Cette entreprise est devenue une grande tribu dont tout le monde est membre. Désormais, vous faites partie de la marque. Cette « tribu », comme l’appelle Gobe, donne-t-elle à la compagnie un pouvoir quasi religieux et absolu sur ses fidèles?

À chaque lancement d’un nouveau produit, la fièvre qui s’empare de tous les adeptes de cette religion technologique prend de l’ampleur. Par exemple, lors de sa sortie, l’iPhone avait déjà été rebaptisé par des journalistes comme « le téléphone de Jésus ». Trois ans plus tard, lors du lancement du premier iPad, l’hebdomadaire britannique «The Economist»a montré Steve Jobs entouré d’un cercle de lumière, tenant à la main un iPad sous lequel apparaissait cette phrase : « la tablette de Jésus ». En réaction à cette image caricaturale, «The Wall Street Journal»affirmait que « la dernière fois que les hommes ont montré autant de fascination pour une tablette, des commandements étaient gravés dessus ». Nous avons tendance à interpréter cette phrase d’une façon humoristique, mais lorsque la science s’en mêle...

Car même des chercheurs en neurologie ont découvert que chez un admirateur d’«Apple», les zones du cerveau activées lorsqu’on est confronté à un produit de la marque sont les mêmes que chez un croyant qui se tient devant des images religieuses!

Étudiantes et étudiants, essayons de ne pas subir le même sort que les 9 millions de personnes qui ont précommandé le iPhone 5S l’an passé à pareille date, record qui sera sans doute fracassé cette année. La tentation sera présente, mais est-ce qu’au coût de 879 $ (en moyenne), notre budget nous le permet réellement?

 

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